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CHAPITRE IV

LE ROI a INTRUS « (Juillet-Oclobre I80S)

La nouvelle de Baylen pamenl i Madrid. — Joteph évacue pr^ipiUmmcDl la ville (30 juillet). — lUFectioDa. — Betnile «ur Sui^a. — Déoour*^ ment dci miniitres : abandon du corpi diplQn]sti(|ue. — On *e réfugie derrière l'Ebre.

Enlhouiiainie populaire i Madrid. — Caslsfioi le réterve. — Eatrâe et mauvaiie eanduile det Valencicns. — Le conseil de Catiille aAnule toua les acle» du gouvernemenl ■ Intrui, ■ — Indiacipline de» troupes (ranqaiie*. — Barcelose livrée aux Utidela tialiena. — l.ellre de Thomas Morla au général Vèdel.

Napoléon envoie en Amérique M. de Sasieney auprès de M, de Lioiers, *ice-roi de la Plala. — Échec de celte miaaion, — Soulèvemcnl patriotique de loutei le* colooica eapagnolea qui proclament Ferdinand VIL

Lea troupes de la Boniana eo Danemark, . — Refus de prêter le sermenl k Joaepb. — Évasion facilitée par lea Anglais.

Poaitions des armées espagnoles. ~- Conseil de guerre à Madrid. — Anarchie; pensée d'un régeni : l.éopold de Bourbon. — Projets et oETrel du duc d'Orléans. — Junte suprême b Aranjuei (25 tepteuibre). — Ouverture des séances, personnel el miniatrea. — Alliance avec l'Auglelerrc. — Députés dea Atturies. députés de Séiîlle à Londres. — Enlhoutiaame en faveur de l'Eapogne; aecours de toute nature envoyéa. — Wellealcy eo Portugal; capitulation de Cintra. — Nombreux agcnU anglais dans l'a péninsule. — 1^ roi Joaepb à Vitloria. — Meaurca Hnancièrcs dcsuslrcutce. — Tenlalivea pacibquea dca « joiéphislcs -, lellrc de d'Orquijo A l'évéque d'Orcnze.

— Imprudentes mesures mililaires de Joseph. — Menaces de l'Empereur.

— Étneule i Madrid contre l'ambassadeur Sirogonoff.

Les dëpéchesdc l'aide de camp de Savary, si malencontreusement arrêté au moment des pourparlers du général Dupont par les patrouilleurs espagnols, avaient révèle H Gaslaiios

LB ROI ■ INTBUS • »ib

l'embarra» du roi Joieph dao* sa capitale. La position critique parut, après Baylen, intenable. Parvenu à Madrid par des correspondances privées dès le 26 juillet, de telles nouvelles vont vite, te premier avis du désastre s'était trouvé confirmé par l'arrivée des blessés du régiment suisse du colonel d'AEFry. Villoutreys, en posture de prisonnier et tristement escorté de dragons espagnols, apporta le récit officiel le 39 juillet au matin. Joseph n'éprouva pas d'hésitation : battre en retraite. Il ne gardait aucune illusion et depuis une semaine sa correspondance multipliait à son frère les expressions du plus complet découra^ment :

Nous n'avons bientôt plus le sou; Henri IV avait un parti, Philippe V n'avait à combattre qu'un compétiteur; et moi j'ai pour ennemie une nation de douze millions d'habitants, braves, exaspérés au dernier point. Les honnêtes gens ne sont pas plus pour moi que les coquins. Non, Sire, vous 6tes dans l'erreur : votre gloire échouera en Espagne. (2i juillet 1808.)

La nation est unanime contre nous. Vous avez vu 89 et 93; il n'y a pas ici moins d'enthousianme ni moins de rage. (^ juillet.)

Nous n'avons pas un partisan; la nation tout entière est exaspérée, (^juillet.)

Joseph n'exagérait pas; le vide se faisait autour de lui sans délai ni pudeur : les minislres s'absentaient, les fonctionnaires s'enfuyaient ou se cachaient; ses officiers espagnols, sauf cinq ou six, se retirèrent; il y avait 3,000 personnes employées dans les écuries royales; toutes, en un instant, disparurent et le 30 juillet on ne trouva plus un postillon quand il s'agit de sortir les attelages (I] . — On tira du Palais et des magasins tout ce qu'il était possible d'emporter avec soi, et l'on pressa le départ (2) . Les Madrilènes disaient en

(t) Détail fourni par JoMpli lui-in«me ^ettre du SI juillet, d>Uc d« Oumanio) il»ii« un puiage qui a été omit daai isa Mémoirei, maii qui figure dan* l'original de la lettre aux Ârchivti nationale*. AF IV, 1611.

(S) MiOT i>K MtuTO, Mémoire!, t. III, p, 14.

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ricanant : • Joseph a mis dans sa poche la couronne qu'il n'a pu mellre sur sa tête, n Exagération, car le convoi fut Forcémenl cour! avec des moyens de transport si restreints. A Cham;irtin, ]es paysans brûlèrent les roues de leurs chariots pour ne pas être obligés de les livrer & u l'intrus ■ . — C'est ce jour-là mémo que, de Bordeaux, Napoléon écrivait : <> Je trouverai en Espagne les colonnes d'Hercule, mais non les limites de mon pouvoir. » Son frère avait le droit de penser qu'un pareil optimisme voulant trop prouver ne signifiait rien.

Au milieu de l'extrême confusion chacun s'agitait à l'aventurc. Savary, après avoir émis l'avis Irèsénergiquede fortifier le Betiro, s'en allait. Le Boi ne prenait pas le temps de prévenir de sa retraite l'ambassadeurdc France; c'était Belliard, ■ gouverneur » de la ville qui, deux heures avant de relever les derniers postes militaires, avertissait La Forest; et celui-ci, jetant dans un fourgon les papiers de sa chancellerie, avait la présence d'espritd'emporterlc grand portrait de l'Empereur 0 qui pourrait être insulté b (I). Deux mille Français habitaient la ville, en majorité des blessés et des malades; ils ee précipitèrent, plus ou moins valides, par la porte des hôpitaux afin de ne pas demeurer en dehors de la protection des troupes. C'était un exode. Le règne avait duré dix jours. <• On prit, dit naïvement Joseph dans ses Mémoires, la même route que pour venir, n La parole sévère portée plus tard, en d'autres circonstances, par le chancelier Pasquier sur le frère aine de l'Empereur, fut déjà vraie ce jour-là : ■ Joseph, toujours inférieur aux événements au milieu desquels il s'est trouvé placé, x — En s'abandonnant, il fournissait aux autres occasion ou prétexte de l'abandonner lui-même. La liste des -courtisans du malheur est toujours courte; ici elle est

(t) Dép^c^bcclu 39juillci]808-

LE BOl ■ iMTRDS • SIT

pitoyable, et encore coDvient-il de remarquer que ceux qui la composent auraient joué leur TÎe & rester en arrière. On en compte quarante-sept en tout. De suite Joseph avait dépêché d'Azanza et d'Urquijo vers l'Empereur pour expliquer, commenter, justiBer cette fuite et surloul demander du secours. Deuxdesesministresavaientnettementtournéiedos : Pinuela s'excusantsursa santé de ne pouvoir quitter Madrid, Gerallos mettant dans sa défection toute l'hostilité nécessaire pour obleoirde ses compatriotes le pardon de son adhésion au gourernement tomhé. D'ailleurs, cette recrue du parti national eàt été de peu d'importance à ne peser que la valeur et le caractère de ce politique versatile : créature du prince de la Paix, serviteur de Charles IV, ministre de Ferdinand VII, puis de Joseph 1", demain de la Junte de Séville ; par sa 6xité dans la palinodie, par sa constance & relourner sa cocarde, M. de CevalloB est, proportions gardées, le Talleyrand espagnol; mais vis-à-vis des puissances étrangères son changement de camp revêtait une importance significative et de suite il devenait le héraut du manifeste révélateur et sensalionnel dont l'Europe allait se trouver éclairée et avertie (I).

On le remplaça par le comte de Gampo-Alange qui laissait généreusement derrière lui une grosse fortune et dont a l'exemple devenait au moins imposant si ses services ne pouvaient être très utiles » , remarquait La Forest. Les trois secrétaires d'État qui accompagnaient Joseph (O'FarrîlI, Urquijoet Gabarrus), suivant un autre mot également juste du même La Forest : «semblaient moins des ministres du roi d'Espagne que les ministres de l'Espagne auprès du Roi, " tant leur patriotisme apercevait de dangers, transmettait d'alarmes et s'ingéniait à trouver des moyens dilatoires. Sur

(1) Le 1" lepumbre 1808, il fit paraître ion Expolé ilei moyent i/ui ont ilé tmptoyii par Vrmptreur Napoléon pour vnirper la couronne d'Etpagne. Celle brochure traduite en (oiflci langue* sut ua rcieiiti*iement ioliDi,

ïl* L'BSPAONK BT NAFOLÉON

U route de Buitrago, dèa le second jour de la marche en

retraite, Urquijo, envisageant devant le monarque les diverses érentualités de la situation, mettait crûment en première ligne celle d'une abdication : « Cet effort, Sire, n'est pas supérieur à votre grande Ame (I)- * Et comme son conseil semblait vraiment bien amer, il parlait aussi de conquête et de négociation, mais pour démontrer l'impossibilité radicale du premier de ces moyens, et la posture humiliante où placerait le second. Dévoilant le secret de son cœur — et c'était la mentalité de tous ses compatriotes — il s'étendait complaisamment sur la valeur et la vertu des insurgés espagnols a illustrés par la victoire ■ , parents ou amis qu'il connais* sait et estimait; sa conclusion était de laisser à Napoléon le soin de fournir argent et soldats français nécessaires pour remédier aux calamités qu'il avait déchaînées. — Cabarrus n'était pas moins pessimiste quand il parlait finances : les caisses étaient vides et dérisoires les' moyens légaux de les remplir; l'armée impériale avait déjà occasionné aux provinces espagnoles une dépense de cinquante millions; que faire dans un pays qu'endettait de plus de quatre cents millions son alliance avec la France ? Par pis aller on pourrait frapper une contribution extraordinaire; mais, sauf les couvents, qui la paierait? Il fallait sans retard demander  l'Empereur d'acquitter lui-même les dépenses de ses soldats. Ainsi tous ces politiques ne trouvaient d'autre expédient que de s'adressera un ■ banquiern étranger.

La conduite des agents diplomatiques ne témoignait pas d'une confiance plus forte : Strogonoff attendait les événements sans se soucier de la fortune du roi Joseph : les légations d'Autriche et d'Amérique n'avaient pas quitté Madrid, A la joie très bruyante des Espagnols; l'ambassadeur de

(1) Métnoiret du roi Joitph, I. IV, p. 490.

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