LE ROI - INTRUS • SIS
Hollande, Verhuel partit bien, mais demeura en route; le ministre saxon, le baron de Bourke, semblait suivre le Boi, puis il le devança et marcha même tout d'un coup si lestement qu'il ne s'arrêta pas avant... Beyonne, estimant celle avance comme B le parti le plus agréable à S. M. l'Empereur " . — ■ Je trouve l'argumentation un peu forcée » , disait La Foresl en apprenant la manœuvre. De fait, le roi d'Espa^jne et des Indes se trouvait sans un seul représentant d'aucune puissance. Cet isolement ne sonnait-il pas le glas de sa royauté? — Sens pompe et sans prestige il arriva à Burgos; il y établît sa Cour. Sa CourPEh oui, si les disputes de préséance et les conflits d'étiquette suffisent pour mériter ce nom & l'entourage d'un prince. Dana ce désarroi chacun se plaignait de l'autre, se jetait à la tête ses services, ses sacrifices et la date de son adhésion. On eut toutes les peines du monde à retenir le marquis de Gaballero, qui, choqué de son omission sur ■ les listes d'invitation ■ de S. M., menaçait de retourner à Valladolid; également M. Duran, outré de ne pas recevoir un regard du monarque, remarquait avec aigreur que, le premier, il avait fait consigner sur le registre du Conseil de Castille ton vote pour ce même roi Joseph, lorsque tous ses collègues refusaient encore de se prononcer.
Au milieu de soldats démoralisés il parut tout à fait prudent de mettre derrière soi la ligne de l'Ebre : on séjourna à Miranda sur le fleuve, puis on s'enfonça dans les terres jusqu'à le petite ville de Vittoria qui depuis quatre mois voyait d'étranges retours de fortune, et qui cinq ans plus lard deviendrait le théâtre d'un dénouement plus tragique encore.
L'ESPAGNB ET NAPOLÉON
Que devenait la capitale du roi Joseph? Tout d'abord ce ne fut que chaude allégresse et déI>ordaiit enthousiasme. ■ Nous sommes fous de joie, écrivait une jeune fpmme, on a descendu la châsse de saint Isidore et celle de Santa Maria de la Cahcsa, qui n'avaient pas bougé depuis vingt et un ans. Tout Madrid s'enrôle et apprend l'exercice : maris, garçons, veufs, moines, curén, tous veulent partir et nous laisser seules (I) <•■ — Castanos, temporisant, soucieux d'éviter les difficultés et d'écarter les embarras arec des pouvoirs publics mal définis, n'entrait pas dans la ville, non plus que son corps d'armée, tout glorieux de Baylen. Mais arriva une troupe de Valenciens, n'ayant pris part à aucun combat, qui res* semblaient assez & nos Marseillais de 02. Avec eux, tout fut bientôt tumulte, menaces, perquisitions et vols. Le général de Llamas perdit sa popularité à maintenir l'ordre et risqua sa vie à protéger l'hôpital des blessés français que ces enragés voulaient égorger (2). Pendant que nos derniers malades étaient enfermés à' San-Fcrnando, un millier de personnes soupçonnées ou étrangères : fournisseurs, marchandes de modtfs, comédiens, domestiques, qui n'avaient pu se retirer à temps, furent conduits jusqu'à l'Ëscurial sous le prétexte et sans doute dans l'intention de les sauver (3).
(t) LeUre originale de Maria ilci Pilar Domioguez y Caudebills, leaoùl 1808. — AFIV, 1613
(%) La Foreit à Champagoy, £5 août 1808, vol. 676. fol. lU).
(3) Celle rettrielioD ex peniiite ai l'on accepte le lémoignage de M. Dérieul, un Françaii tiié ilèa loaglcmpa ta Eapagne pour dei travaux acienliliqiiei, qui parvint k l'évader. — Vol. 077, fol, 289.