‹ L'Espagne et Napoléon (volume 2)Chapitre 40 sur 78 · LE BOI • INTRUS • SM · texte numérisé non relu

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chute de Godoy avait été acclamée par les patriotes que les événemeots de Bayoone exaspérèreol. Pour avoir hésité un moment s'il accepterait la royauté de Joseph Bonaparte, M. de Liniers avait perdu la confiance des créoles fidèles aux Bourbons, et les Espagnols proclamaient avec emphase «> la lutte à mort contre le monstre inique qui a violé toutes les lois humaines ■. A son tour, la Junte de Séville envoya un délégué, don Manuel de Goyenèche, afin d'annoncer la déclatioD de guerre à la France, l'écrasement et le massacre des Français dans la péninsule, ordonner l'emprisonnement de tous nos compatriotes domiciliés dans l'Amérique espagnole. Don Manuel fit procéder k la proclamation «fficiellede Ferdinand VII. Bien que le loyalisme de M. de Linters ait souscrit aussitôt à cette recoonaîssance, un mouvement populaire abattit son prestige, et bientôt le gouvernement de Séville, en le nommant par compensation <■ comte de Bucnos-Ayres ■, lui envoya un successeur don Balthasar de Gisneros, lieutenant général de la marine. L'exaltation du premier moment ne s'atténuait pas; de Cuba à Mexico, au Chili, au Pérou, de Saint-Domingue aux Philippines les sentiments éclataient contre << l'usurpateur <• ; et les protestations de fidélité ne se bornaient pas à de vaines clameurs ; à la mère patrie qu'il ne pouvait servir de son bras, chacun envoyait du moins le secours de sa bourse : bientôt 70 millions (1) furent adressés à la Junte suprême, qui dans son enthousiaste gratitude voulut proclamer que » les vastes et précieux domaines que l'Espagne possède dans les Indes sont partie essentielle et intégrante de la monarchie espagnole " , en

le ponlon qui le 15 mai >uîvbd1 op^ra cette célèbre évaejon p>!ril[cii>c où 1,500 Françaig purent l'échapper. Il rentra en France e( l'Empereur l'y oublia. (1) TOHBRO, Hiiloire du loutèvemeni et de la révotuliou d'Etpagne, t. II, liï. 8. — Gemibo GiBCU. El cUro de Me.rU-o y la guerra de Inilependencia. — * Correaponduncc de» évèque* d'Amérique qui envoieni de» dons. • Dam lea Archive! privéei du comte de Bureta, ï Saragoiie.

■tO L'ESl'AGNE ET NaPOLËON

leur accordant une représeotatioD nationale directe et immédiate (1). l^s événements ne répondirent pas longtemps à cette parfaite union, et les circonstances, au contraire, aboutirent à Tautonoroie de ces pays que les conjonctures critiques semblaient souder davantage à la métropole; mais l'adhésion tout d'abord fut spontanée, unanime, semblable à celle dont sous avons noté la première explosion à Buenos- Ayres, là où Napoléon avait envoyé son messager.

Pour se protéger, les colons lîdèles d'Amérique avaient entre eux et le géuie du conquérant la barrière de l'Océan et les llollcs de rAuglclerre; Il en allait tout autrement des soldats de l'Espagne, éloignés du sol natal el cantonnés au fond du Danemark. On sait comment ils étaient arrivés là.

L'Empereur voulant renforcer ses lignes du nord, où tombail alors tant de monde, après Eylau, victoire ruineuse, obtenait que les troupes espagnoles, tenant garnison à Livourne, Fise et Florence, fussent mises à sa disposition et qu'un corps d'une force égale partit des Pyrénées pour les rejoindre,

A ce propos on a pu se demander si Napoléon, dans un adroit machiavélisme, ne prétendait pas plutôt dégarnir rEs|>agne de ses troupes régulières que s'adjoindre un secours de peu d'importance numérique, et on a beaucoup épilogue sur la ridicule proclamation du prince delà Paix, à la veille d'iéna; l'Empereur aurait momentanément gardé le silence, se pro-

(I) Décret du tS janvier 1809.

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mettant à la prochaine occasion d« décimer l'armée de Charles IV afin de ne plus rien craindre d'elle. Je ne crois pas le calcul si rigoureux ; et chaque Fois qu'il est permis de secouer du manteau aux abeilles d'or un grain de poussière, on le doit faire. Il est peu vraisemblable que l'Empereur, à la Bn de IHOG, ni même au commencement de 1807, ait déjà arrêté le détail de ses plans sur l'Espagne, et il lui demandait des soldats pour augmenter ses propres ressources, ToiU tout. Ce mode de recrutement lui plaisait, il lui semblait réaliser ainsi une économie nationale, et de fait il e&t été avantageux sans un seul inconvénient qui le rendait détestable : la Bdélité de telles troupes dépendait de la victoire.

Le premier contingent sorti de Toscane parcourut Tyrol, Bavière, Franconie et Hanovre pour arriver au mois de juin & Hambourg. Le second le rejoignit un peu plus tard dans ce même lieu de cantonnement, entrant en France par les deux routes de Bayonne et de Perpignan, traversant Lyon, Besançon, Mayencc. L'Empereur avait donné les ordres les plus minutieux pour qu'il fût traité avec égards, prévenance et courtoisie; et il y tint sévèrement la main. On peut voir ici une preuve nouvelle qu'il considérait ces troupes comme des alliées et non comme des otages. Elles formaient un appoint total de plus de IU,000 hommes. D'abord destinées à servir sous le maréchal Brune, elles furent réellement mises, dans la division Molilor, sous le commandement de Bernadotte; et au siège de Slralsund elles se distinguèrent.

Napoléon songea alors à les employer (il l'écrivait à Heribier] ■ pour ou contre le Danemark, selon l'issue que prendraient les afhùres» . Il les employa pour, car les Anglais, en brûlant Copenhague, avaient violé le droit public et rejeté plus fermement les Danois dans notre alliance. Il réunit, au printemps de 1808, ces Espagnols dans la presqu'île du

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JutlaDd el dBDS les lies de Fiooie, de Langeland, de Seeland; les dépôts restaient sur le contineat, à Allona et à Ham* bourg (1).

Le séjour des Espagnols eo Danemark est un épisode très attachant de cette histoire.

Ces soldats du roi catholique, enfants du soleil de la Castille et de rAodalousie, se trouvaient en contact, sous le ciel brumeux et dans la neige, avec les sujets luthériens d'un prince allemand. Les paysans danois, dsns leur ignorance, avaient eu d'abord grand'peur à l'arrivée des a étrangers ■ : les femmes fuyaient, les hommes se mettaient en défense. Cependant le bon ordre et la discipline des espagnols curent raison du premier effroi, et la prière du soir faite avec recueillement par les compagnies sur la grande place des bourgs et des villes acheva de gagner ta confiance, puis la sympathie des indigènes qui, après avoir rêvé de mille maux, ne les redoutaient plus de la part de soldats si religieux. Les petits services rendus de part et d'autre scellèrent la bonne entente. Il fallait seulement un interprète : un juif hollandais, évadé on ne sait d'où, se rencontra tout naturellement; on dut bientôt l'arrêter pour ses vols et l'emprisonner. — Toutefois la glace était rompue.

Les Espagnols parurent aux Danois d'une gaieté et d'une vivacité étonnantes; ils aimaient les enfants et se plaisaient à jouer avec eux ; le soir, assis par groupes, ils fumaient leur cigarette en pinçant de la guitare; et l'admiration était générale lorsqu'ils passaient dans les rues, drapeau au vent, précédés des timbaliers, qui, sur leur grand cheval blanc, agitaient frénétiquement leurs baguettes. L'entrée à Roskilde,

(I) CommaDdiDI Boppe. l^i EtpagnoU à la Granité Armée {KiW). — Le profeateur Karl ScHuinr a publié, dan* le Bulletin de rtlDireniU d'Odrnie (190Z-ltH)6), une lérie de documents originaux (etpagnola, danois, francaii, aoglala) aur le aéjour dca troupea étrangérea dena la pairie en 180T «l 1808.

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