‹ L'Espagne et Napoléon (volume 2)Chapitre 41 sur 78 · LE BOI • INTRUS • US · texte numérisé non relu

LE BOI • INTRUS • US

près de GopfiDhague, des beaux régiments de Guadalazara et des Asturies dans leur uaiforme blanc, aux revers rouges et verts, avait produit la seosatiou la plus vive. Les yeux noirs et brillants, sous un teint brun les dents blanches, avec la mine fière et la démarche légère, ils s'avançaient en cadence ; le pittoresque n'était pas exclu de cet appareil guerrier : plus d'une mandoline pendait au havresac; plus d'un soldat était monté à califourchon sur un mulet; les aumôniers disaient caracoler leur petite monture; des chariots conduits par des enfants et des femmes terminaient le convoi.

On allait visiter ces aimables h guerriers <> dans leurs cuntonnemenls : leur poUtesse et leur bonne grâce étaient remarquées et si l'on aimait à voir à la léle de son régiment, droit et martial malgré ses soixante-quatorze ans, un peu en héros de Cervantes, le brigadier Dellevielleuze, on n'&dmirait pas moins l'élégance du brave ofRcier qui ne manquait jamais, en rentrant de la manœuvre, de passer des bas de soie et de mettre des souliers à boucles d'argent. Mais le spectacle qui remplissait les habitants d'admiration était celui de la messe qui, faute d'églises catholiques, se céléhrait en plein air sur un autel improvisé, aux accents de la musique militaire; les troupes formées en bel ordre, les hommes agenouillés le fusil dans la main et la tête nue, plus loin les femmes et les filles des officiers, le front caché sous la maalille.

Tout marchait à souhait; par leur bravoure, les Espagnols venaient de conquérir un renom dont ils étaient très fiers. De son côté, avec cette adresse native qui ne l'abandonna jamais, affectant de se souvenir qu'il était gascon, Bcrnadotte parlait leur langue et les comblait de prévenances.

Napoléon veillait à ce que les récits d'Aranjuez el de Madrid ne parvinssent pas clairement au fond du Dane-

mark (1). Mail ces sccrels-là n'ontqu'un temps. La déRaoce, le inccoiitciilemeiit, l'irritation envahissaient déjà ces soldats loin de leur pays où tant de transformations ragues et dangereuses se (Icroiilaicnt. Mis en éveil par quelques correspond dances parliculiéros cchap|)ées aux séqur-stnitions de ta poste (â), le géncrnl La Romana avait envoyé aux nouvelles deux oFKciers de son étui-major Louid Morcno et Joseph de LIano; quand ce dernier revint, k la fin de juin, il n'avait à raconter que trop de choses sur ■ l'avènement •> inattendu de Joseph Itonaparle, mais il rapportait des détails que l'on ainiuil moins à pnMîcr sur le 'hs de mayo et ses suites. C'est sous l'impression pénildc de ces extraordinaires aventures que le général espagnol se demanda anxieusement quel parti adopter.

Don Pedro Garo y Suredo, marquis de la Romana, était un gentilhomme d'une fierté impressionnable, mobile, accessible aux 8U|;geGlious des circonstances et de son entourage; tempérament nerveux, sobre, résistant, il se jtlaisait à racheter sa petite taille pur un commandement énei^ique et une grande adresse dans ses mouvements ou ses actions. Ses délmls furent brillants sur la flotte, puis il prit part, dans l'armée de terre, aux combats de Biscaye et de Catalogne. Élevé chez, les Omtoriens de Lyon, il connaissait la langue et appréciait le caraclcre des Français. Il avait suivi avec plus d'espérance peut-être que d'anxictc la révolution d'Espagne, il attendait beaucoup du génie de Napoléon, le proclamait bien haut, et en soldai, admirait cet incomparable général. Tout récemment, il recevait avec respect, portait avec plaisir le grand cordon de la Légion d'honneur. Cependant, il fut pris d'une émotion profonde en apprenant que son pays dcvc-

(I)Onlre<lcrEi<ipcreuràHertbicr,S0 losra IS08.

(3) Itaron Diilctol, uiîmXrc île France i Copenhague, k ChiDipaQnv, 30 juillet 1808- Affaire* lïlrangc-rei, VaiiemarJ., vol. 181, foK 36S.

Page 1