INSTRUCTIONS D8 TALLBYRAND A BR ACHARNAIS
S. H. l'Empereur vient, Monsieur, de vous nommer son ambassadeur ù Madrid. La cour où vous allez résider est, depuis longtemps, alliÉe de la France. Depuis un uècle, il n'y a eu «qu'une guerre entre les deux, souverains et quoique les tiens de famille ne subsistent plus, la cause des deux étals est si particulièrement liée, principalement contre l'Anjjleterre, qu'aucune circonstance ne doit affaiblir cette alliance. Depuis le traité qui unit les deux cours, l'Espagne a eu ses vicissitudes, mais il n'est aucune parte qiie la constance et le courage ne puissent réparer. Vous avez, Monsieur, ù maintenir l'Espagne dans le système adopté jusqu'ici d'unir tous ses efforts à ceux de la France et à les tourner plus parti eu Ii<i rem eut vers la marine--.
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Ce n'est pas de ses troupes de terre que l'Espagne doit s'occuper. Sur le continent elle n'a rien à craindre : la France couvre au nord ses frontières; le Portugal désire la paix avec elle. Mais son plus pressant intérêt est de recouvrer une marine, d'assurer ses communications avec s«s colonies des deux Indet, de concourir A tous les plans d'opérations navales qui pourront être formt'S contre l'ennemi commun. Chaque jour porte de nouveaux coups à celui-ci : tous les ports d'Allemagne, tous les ports d'Italie lui sont fermés, plus de la moitié de l'Europe a rejeté son commerce; c'est dans son île et aux extrémité du monde que sont reléguées
ses ressources. Aujourd'hui les alliances de la France ont pris une étendue également propre à faciliter la paix continentale et la paix maritime. La Prusse s'est unie à la France, nous n'avons sur la ligne du Rhin et au nord de l'Allemagne que des alliés; vous savez combien la paix du raidi de l'Europe est affermie par les nouveaux arrangements pris en Italie, et, s'il en est quelques* uns auxquels l'Espagne ne s'habitue pas encore, l'intérêt d'Etat, qui doit être plus fort que tous les autres, lui en fera reconnaître la nécessiti'ï. Naples avait rompu trois fois ses traités de paîx avec la France..- Vous saurez au reste que la cour de Madrid ne peut donner à celle de Naples aucun véritable regret. Malgré les liens du sang, elles ne s'aimaient point ; la reine de Naples surtout était à Madrid un objet de haine; mais bien avant ce temps, les deux cours avaient séparé leurs intérêts : en 1761, Naples avait refusé d'entrer dans le pacte de famille, elle avait cessé d'être Espagnole pour appartenir à la maison d'Autriche...
N'ayant point de note à présenter sur les événements de Naples, vous aurez, dans toutes vos conversations, à montrer les changements qui s'y sont opérés, comme irrévocables, et à faire remarquer la différence des procédés de la France envers Naples, qui l'avait constamment offensée et envers la Toscane qui lui a toujours témoigné, qui en a toujours obtenu amitié et confiance. S. M. l'Empereur rend l'amitié pour l'amitié; elle a dû à sa dignité de reconnaître différemment des dispositions contraires.
Cherchez à maintenir celles que continue de nous témoigner la cour de Madrid et rapprochez- vous, dans cette vue, des hommes qui ont le plus d'influence. Vous savez toute la faveur dont ne cesse de jouir le prince de la Paix; grande autorité militaire, ascendant dans les conseils, bienveillance et confiance des souverains, il a tout ce qui peut lui conserver la direction des affaires, et il peut d'autant mieux concourir à consolider l'union des deux puissances qu'il parait convaincu de la communauté de leurs intérêts, et qu'il a pour birc prévaloir ses vues, assez d'activité dans l'esprit, asseK d'ardeur dans le caractère. Son influence ne tient point à se» places; elle est d'autant plus étendue qu'elle a quelque chose d'indéterminé. Le prince de la Paix ne figure pas au nombre des autorités; mais il les domine toutes.
Mes lettres vous instruirontsuccessivement des affaires que vous aurez à traiter, la meilleure manière de les terminer est de n'inspirer à la cour que des dispositions favorables, et V. Excellence doit être déjà connue à Madrid par la correspondance du gouvernement d'Ëtrurie; elle a donc lieu de présumer que S. M. C.
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AltC81*l!« DBS IFFllIIES BTlUKOÉllM. EijMxgnt, vol. 609, fol. 40S-411.