‹ L'Espagne et Napoléon (volume 2)Chapitre 7 sur 78 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

LB PBOCÈS DE l'bSCUBIAL {1S07)

Le palaû de 1'E>curiil. — Meniei dn prince d« U Paii. — Aeiulïon autour du prince dei AUurie« i h lettre i l'Empereur (U octobre). — Arrestation d« FerdioaDd (17 octobre). — Interrogatoire du prince; tel areux et la hibleMS. — Empritonnement de aei amtt. — Âgiialion k Madrid. — Cbariei IV inquiet écrit t l'Emperenr. — Embarra* de H. de Beanhamaii. — Traita de Fontainebleau raiiGë à l'EscuHal. — Heanrei d« préontioo du prince de la Paix. — Réponn altière de Napolion. — Seconde miMion de M. de Tounion. — Son rapport; portrait! et conclutions politique*.

L« procèi de l'Eacurial. — Eodiarraa dei jugw. — Inquiétude* de Godoy. — Rapolton donne lei ordre*. — La junle criminelle ; réquiaitoire, défenie ; l'ecquittemenl. — Don Eugenio Caballero. — Heaurea rigoureutei contra lei ami* de Fordinand. — Anxiété de l'npiDion publique. — Dépêchei optimiitei de Beaobamai*. — Perplexité* à Paria et à Madrid.

La coutume arait ramené à l'Egcurial Charles IV et ta Cour en la première semaine du moïa d'octobre.

Il était formidable, ce palais du roi d'Espagne, quand les affaires d'Europe et d'Amérique y venaient aboutir. Daua l'étroite salle où Philippe II recevait les ambassadeurs se débattait vraiment il giuoco ttel mondo, comme disait un Vénitien du seizième siècle. Les hautes murailles, les blocs de granit, les laides escaliers, les corridors sang fin, les cloitres,

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les vestibules et les chapelles, tout avait une signification et un langaf;e; et par un contraste plus éloquent que tout le reste la petite cellule royale, humblement appuyée dans un angle de l'immense église aux doubles nefs, proclamait, avec la modestie du serviteur, le nom du vrai mailre de la maison. Tout en commandant ses armées et ses flottes, tout en diri* géant ses États, et parfois ceux des autres, le file de Charles Quint vivait comme un moine entre le ciel et la terre. La fenêtre de sa chambre ouvrait sur le sanctuaire; le volet de bois de son petit réduit le séparait seul du chœur de marbre et d'or où la liturgie déroulait pompeusement ses offices. Si proche du tabernacle, le monarque austère demeurait encore plus près de son tombeau, qu'il avait fait préparer sous les solives de sa chambre. Quand viendra la mort, prêt à l'accueillir, il n'aura qu'à pousser du pied la porte de bronze et descendre trois marches pour se coucher dans le Ut de porphyre oiï il retournera en poussière. — Cellule, église, sépulcre, tout chante la majesté de Dieu et le néant des Rois; tout ramène aux proportions exactes les splendeurs d'ici-bas. Mais les Panthéons ne conviennent qu'aux grands hommes. Gomme un avorton chargé de l'armure d'un ancêtre, ce faible Charles IV se trouvait perdu, presque ridicule, dans le gigantesque palais. Il faisait triste dans ces vastes salles où l'écho de l'Europe ne résonnait plus; et la bise d'hiver qui glissait sur les dalles glaçait les hallebardiers groupés dans les antichambres autour des braseros, La pensée des habitants se figeait & l'unisson et au contact de ces froidures. Les tons vifs des tapisseries de Goya égayaient les murailles mais point les cœurs. Charles IV revenait le soir, fatigué de ses courses dans les halliers de la sierra et s'endormait aux ritournelles des violons ou à la monotonie d'une table de jeu. Marie-Louise, énervée de vieillir, périssait d'eunui au milieu : des boudoirs de soie bleu ciel et de brocard rose de la Cata

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fiel Principe. Ferdinand songeur, accoudé aui fenélre», regardait avec mélancolie la plaine poudreuse de la Castille, plate comme sa vie, banale comme elle.

D'autres s'agitaient poureux : soucieux de la succession du vieux Roi, Godoy continuait ses préparatife de précautions futures. Don Diego, son frère, recrutait sous main des partisans; un soir, chez la duchesse d'AIiaga il s'ouvrit assez légèrement de l'avenir au colonel Thomas de Jauregui, commandant le régiment de Pavie, et à un ancien intendant de la Havane, Louis de Viguri, qui, ën>us des services qu'on leur demandait en cas de mort du souverain, prévinrent le duc de rinfantado (I). Celui-ci et ses amis n'étaient pas moins anxieux de la santé précaire de Charles IV. Guidés par Escoîquitz, l'âme de leur réunion, ils se partagèrent éventuellement les rôles : autour du prince des Asturies, et avec son assentiment, l'Infantado prenait le gouvernement de Madrid, le comte de Montarco la présidence du Conseil de Castille, le duc de San Carlos devenait grand maître du Palais; et parce qu'il fallait un pavillon à ce navire assez mal équipé, on appelait, comme premier ministre, le vieux

(1) AP iV, 1609. — DoD Pedro de ToMo (1771-1841), treizième duc de Vh/antado (17911 par la grand'mére de la miiioD de Silta, élait fiii de la princeiie Marie de Saim-Salm. Sod enfance >e psoa h Parii dan* l'hAIel de famille de la rue d'Enfer el dam celui de la rue Sainl-Plorentin, qui porta longiemp* ton nom. La Rëvolotion chaMa ta famille. En 1793, il levait i tet frait un régiment qui fil dan> l'armée espagnole ta campapie de Calalogne. De l'intimité du prince dea Aituriea, fui nommé par Perdinand VII colonel dei gardei en 1808. A l'aiacmblée de Bayanne, rallié à Joaepb; a'ëtant déclaré aon adTeraaire i «On retour à Madrid, tea biena furent aéqueatréa par Napoléon. Vaincu à la bataille d'Cclèa (1809). Ambauadeur de la Junie i Londrca (1811). Membre de la troitième Régence de Cadii (181S). PrétidenI dn eonaeil de Cailille (1814). Diagracié h le révolution de 18S0. Préiident de la Régence inatituée par le duc d'Angoulême (18S3). Rentra dam la retraite (18X6). Son immenae fortune et aon litre de l'Infanlado paaaèrent k ton arriére-neveu don Pedro Tellez Giron, ontième duc d'Oauiia. Eaprit chimérique et caractère aan* énergie, ce fut cependant nn • pertonnage • en aon nmpa. — Voir ! .MoRBL-PiTto, Éludet lur CEipagnt, II* aérie.

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Florida Blanca. Tous reçurent, en cas d'événement, la date étant laissée en blanc, leur commission officielle. Avec le bon droit, ils s'appuyaient, pleins de confiance, sur l'opinion ; il ne Pliait que déjouer au premier moment la défiance inquiète de la Reine et du favori. L'infantado voulut h&ter la solution dans la crainte de la voir devancée par les manoeuvres du prince de la Paix; il sonna l'alarme aux oreilles d'Escoïquilzqui, depuis plusieurs mois, prenait sur Ferdinand un ascendant prononcé; une correspondance chiffrée les tenait tous deuK en relations (1). Pendant que les gentilshommes espagnols se réclamaient surtout de leur épée, le chanoine mettait son espoir dans l'appui de Napoléon, et pratiquement dans cette chimérique alliance avec l'une de ses parentes. Une lettre à l'Empereur lui parut urgente; il en persuada son élève. Les tristes loisirs de la solitude de l'Ëscurial furent mis à profit et l'Infant copia la belle épitre matrimoniale que nous connaissons.

Chose plus malaisée, il convenait d'ouvrir les yeux de l'aveugle Charles IV. TAche difficile, délicate, odieuse puisque c'était pour le fils dévoiler à son père les faiblesses de sa mère. Ferdinand se remit à ses ouvrages d'écriture, et dans un long mémoire trop explicatif, où l'exemple biblique d'Assuerus et d'Aman ne manquait pas d'être évoqué, comme il convenaîtà la bouche sacerdotale qui dictait, il étalait tous les grieh amassés dans son cœur contre «l'homme d'ambition, de ruse et de nullité <> (2) . Avant même d'obtenir la confiance du Boi, comment maintenir son attention, comment, sans être remarqué, lui remettre le papier révélateur? On projeta que dans une battue au Pardo ou à la Casa del Campo

(I) Elle «'échaDgeait pir les toina du marqui* d'Âyerbe et A'na commets çam nommt Joief Haorique; ce demler, loui préleiw d« vendre dei toilet, (uÏTsit de litio ea titio le duc de l'InfaDtado, arec lequel il *e trouvait de

(S) Le leile de ce méiooire fut publîi ï Cadix, en 1800, iD>B* de 43 paget.

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le prince des AsturieB profiterait de l'agitation de la chasse pour se ménager un aparté avec son père et le prier d'interroger lui-même des personnes dignes de créance, à l'iosu de la Reine et de Godoy (I).

Mais ce dernier veillait : ses espions découvrirent des allées et venues insolites dans l'entourage restreint de l'Infant; la surveillance, d'ailleurs aisée entre gens vivant sous le même toit, se fit plus étroite. Les nouvelles secrètes de Fontainebleau pouvaient persuader Godoy de la faveur, de l'appui moral, de la connivence tacite de l'Empereur. Gomme pour se créer un alibi il parut peu à la Cour et s'enferma chez lui sous le prétexte enfantin a d'un rhume assez opiniâtre ■ qui consigna à sa porte Beauharnais venu en quête de nouvelles. Quand il sentit l'orage monter, en se se retirant à Madrid, il affecta d'être absent du château où la Reine aurait le soin de mener à bien la campagne. Elle n'y hillit pas : le 27 octobre Ferdinand était mandé chez son père et retenu par une scène de vagues reproches pendant qu'on ouvrait dans son appartement les tiroirs de ses secrétaires. Ses papiers furent aussitôt remis à Marie-Louise; enfermée avec son valet de chambre Ballesteros, le favori du moment, elle les parcourut avec passion, anxieuse des révélations de son fils, irritée du concours de sympathies qu'il avait pu réunir, avide de trouver des preuves et des motifs d'accusation. II lui fut aisé de troubler l'esprit du Roi, d'alarmer sa quiétude, de surexciter sa tendresse. Dans la nuit, courrier sur courrier partirent de l'Escunal pour Madrid, afin de tenir Godoy au courant des détails et d'appeler le président du Conseil de Castille, le marquis de Caballero. Celui-ci reçut de Charles IV tout le dossier saisi chez l'Infant :

I* Son mémoire contre le prince de la Paix.

(i) Toano, HUtoirt du louUufmant d'Espagne, (. I, Ht, I", p. St.

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2* Une note où il exposait ses raisons de refuser une union avec la belle-sœur du favori.

3* Une lettre d'Escoïquilz en date du 28 mai.

4° Un ■ chiffre o de correspondance secrète.

En même temps tout l'entourage du prince des Asturies est écarté; dix gardes du corps de sa confiance sont mis au cachot; lui-même est tenu au secret dans ton appartement. Inquiet de la tournure brusque des événements, il est assez salisfoil de croire entre les mains du Boî cette déuonciattoD qu'il ne savait par quel moyeu lui remettre; il se renferme dans un silence absolu, qu'il estime prudent, tant que ne lui sont pas parvenus les conseils d'Escoïquiu qu'il a eu le temps et la présence d'esprit de faire prévenir de la fâcheuse occurrence. Aussi demeure-t-il muet aux questions du marquis de Caballero qui vient le visiter, el s'il n'ose refuserde se rendre chez son père, c'est pour y protester, sans ajouter rien aulre, de ta droiture de ses intentions el actions. Le vieux Koï est mal armé pour mener à bien un interrogatoire ; dans l'émoi des circonstances, (rouble, encore plus incertain, il prescrit au président de commencer une « instruction n de lèse-majesté que la Reine et Godoy désirent et obtiennent « publique ■, car ils espèrent de la sorte conduire l'héritier & la déchéance.

Armé d'une lettre larmoyante du vieux monarque qui k vivait tranquille au sein de sa famille dans la confiance de son bonheur n, quand une main inconnue était venue lui dévoiler tes projets «parricides» de son fils, — M. de Caballero retourne chez Kerdinand. Voici trois jours que celui-ci reste isolé; c'est beaucoup pour sa fermeté, trop pour sa constance; ses lèvres se desserrent et pensant en imposer, peut-élre tout aplanir par un coup d'éclat, il parle, non sans hauteur, de son projet d'alliance avec une parente du grand Napoléon ; il n'a d'ailleurs rien à se reprocher et il s'est tenu

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dans les justes limites des précautions qu'exigent ses droits et son rôle de successeur de Charles IV; son prcce|)leur Escoïquitz, son ami rinfaotado — les noms lut échappent — sont tous deux bons Espagnols et fidèles sujets.

Gomme Gaballero, ainsi renseigné, sortait des appartements du Prince, arrivait à l'Escurial Godoy en personne : ayant continué à faire le mort au fund de son palais (inson> oiant d'ailleurs au point de passer en débauches ces heures si graves pour son propre avenir), il venait de s'échapper à la dérobée pour courir sur la route de San Lorenzo, pendant que ses domestiques jouaient au seuil de sa chambre la comédie facile de veiller un malade.

L'affaire d'ailleurs est ébruitée bien par-dessus les murailles de l'Escurial. L'agitation a gagné Madrid où les présidents des diverses chambres des Conseils, d'ordre du Bol, ont convoqué chacun leur compagnie. Le prince des Asturies a eu l'esprit trop court et la langue trop longue, on a dépéché & Tolède se saisir d'Escoïquitz, à Madrid perquisitionner chez rinfantado. Celui-ci est absent, car il se trouve avec un congé régulier en route pour Bordeaux, allant voir son hère malade, ce qui n'indique pas chez un <• conspirateur ■ le dessein d'un complot bien immédiat. Déjà il atteignait Vittoria; la nouvelle le rejoint de l'arrestation de Ferdinand; il rebrousse chemin sur Madrid; il y apprend que pendant la nuit du 1" novembre, sur l'ordre du comte de Negrette, capitaine général de la Gastille, des sbires ont forcé la porte de son hôtel, ouvert ses armoires, enlevé ses papiers, arrêté ses domestiques; lui-même est appréhendé et conduit à l'Escurial. Il y pourrait retrouver Escoïquitz et le comte d'Orjas, dans des cellules voisines de la sienne, sous les toits. — Le duc de San Carlos est incarcéré dans la forteresse de Pampelune, avec sa femme malade et tous ses gens.

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Godoy triomphe ou du moins est vainqueur. Il veut sacs intermédiaire taire parler le prioce ; il se heurte à son refus; mais il arrache l'aveu souhaité, en promettant l'indulgence du Roi; et le 5 novembre, voilà neuf jours entiers qu'il est solitaire, Ferdinand est conduit auprès de Charles IV qui l'attend. Il reconnaît l'intrigue, explique la trame, exprime des regrets, donne les noms de ses amis sousl'assurance assez vague de leur liberté, sous la promesse très précise de la sienne (I). Il signa tout ce que l'on voulut, dans les termes d'une platitude infinie :

J'ai manqué à mon père et à mon roi, mais je m'en repends... J'ai été surpris... J'ai dénoncé les coupables... Madame et mère, je me repens bien de la grande foute qse j'ai commise; aussi avec la plus grande soumission, je vous en demande pardon, ainsi que de mon opiniâtreté à vous celer la vérité l'autre soir. C'est pourquoi je supplie Votre Majesté du plus profond de mon coeur, de daigner intéresser sa médiation envers mon père, afin qu'il veuille bien permettre d'aller baiser les pieds de Sa Majesté à son fils reconnaissant.

Un décret royal de style extraordinaire (2) met aussitôt le prince hors de cause et nomme une Junte criminelle pour instruire le procès des complices dans une affaire qui n'avait plus d'auteur principal.

Les confidences de Ferdinand avaient sur un point jeté l'alarme dans tous les cœurs : è cette lettre où il demandait la main d'une princesse française, quel accueil réservait l'Empereur? A quel degré leur intimité existait^clle? Jusqu'où l'iulrigue avait-elle été conduite? Charles IV s'en inquiétait beaucoup. Dès la première heure de cette troublante aven-

(1) ■ Drame où le penoonage principal rappelle par m (eoue, lei actei et même «ei parolet, lei fB<;ooi dont canaplrail et dont le tirait d'aKair« GaatMk d'Orl^ana. . — FrfdiHc Mtuox, NapoUon at ,a famiUe, t. IV, p. SW.

(S) ■ I..a Toii de la natore déurme le bnu de la Tengeanee et loitqne l'inadvertance réclame la pitié nn p^re teodre ne peat a'y refnier... ■

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lure il tournait les yeux du côté de Paria, écrivait ses alarmes en demandant des conseils, adroit A rattacher fort gratuitement les projets de son fils aux ■ complots de la ci-devant reine de Naples • sa belle-sœur, qu'il sarait en horreur à Napoléon. — Marie-Louise et Godoy demeuraient plus anxieux encore de ces relations françaises de l'Infant. Ils ne s'étaient pas attendus à le trouver lA. Sur leurs instances et devant ses propres perplexités, Charles IV se décide à reprendre la plume : il supplie l'Empereur de lui dire si le prince des Asturies lui a réellement écrit et à quel sujet (I). Un personnage non moins embarrassé, c'était M. de Beauharnais, te metteur en scène du projet d'alliance, l'intermédiaire du prince, le confident de ses amis. Les paroles de Ferdinand le compromctlaienl vis-i-vis de la Cour, rendaient sa position diplomatique équivoque et l'Empereur le hisait trembler! Dès le lendemain de l'arrestation il avait été au courant des détails par quelques ■> Grands ■ qui le soir, au risque de se compromettre, s'étaient glissés A l'ambassade pour s'éclairer de l'événement ; des subalternes du palais l'avertissaient des incidents; nous avons encore les billets de ces afBdés où ta signature, par précaution, a été coupée avec des ciseaux (2). Lui-oiéme avait été faire sa cour A San Lorenzo, le S novembre, pour voir et être vu ; tout s'était borné A des banalités guindées. Très perplexe, condamné A un silence officiel, il retrouvait la loquacité de sa parole dans sa corres* pondance; de tout temps il avait été un grand épistolier, aujourd'hui il multiplie vraiment sans discrétion les dépêches : ses courriers partent deux, trois fois par jour et emportent des lettres successivement datées de ■ minuit, — une heure

(1) Cette lettre dn 3 norembre t807, apportée par courrier ipécîal ao prince de Hauerano (vol. 671, fol. 356), arriva le S6 DOvenibn 1 Pari* quand Napoléon était dijh paru' pour Mîlaa.

(1) Vol. 67S, loi. »0.

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— trois lieures du mulin >> ! Zèle ou apparence de zèle? Cet ambassaileur fébrile ne semble plus prendre de repos.

Si Tis-à-vis de lui Godoy aFFeclait le mulisme au sujet d'un événemenl qui déliait toutes les lèvres, il voulait anxieusement découvrir (I) en quels termes exacts le représentant de l'Empereur se pouvdit bien trouver avec Ferdinand. Beauharnais a conté à Ghampagny le piège dans lequel il sut ne pas tomber :

En pleine nuit, une voilure venant de l'Escurial déposait à la porte de l'ambassade un « particulier • mystérieux pressé de remettre une lettre secrète du prince des Asturies à l'ambassadeur en personne. Celui-ci envoya son secrétaire, M. de Missiessy, répondre que n'ayant jms « l'honneur d'être en rapport de correspondance ■ avec le prince, il ne pouvait uccepler sang autorisation ses lettres. Instances, pourparlers, refus réitérés. E.e soi-disant messager dut se retirer, laissant du moins le billet supposé de Ferdinand j le voici :

MoNSIBDB,

Avec toute la confiance que j'ai en vous, je vous prie de me faire le plaisir de me renvoyer les deux lettres que je vous ai écrites le 12 ou le 13 du mois passé, l'une pour vous, et l'autre pour que vous l'adressiez à S. M. I. et R.; et si vous avez déjà envoyé la lettre à l'Empereur, bites-moi aussi ie plaisir de me remettre les brouillons des deux dîtes lettres, ou quelque copie si vous l'avez, parce qu'il convient pour ma défense.

Je vous souhaite la plus parfaite santé et je suis de tout mon coeur, Votre très affectionné

Ferdinand.

SiD Lorenio, le 18 novembre 1807 (S).

(l) Par le pnxiéiU •ommaire du cabinet noïr : • Met leUret • à Madrid et à Vitloria d'une manière acandaleuie; j'en ai fait *oir pluiieura i M. de Turenne... ■ Betubarnaii à Champagny, 17 octobre 18(17,

(S) Vol. 67S, fol. 31*.

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