‹ L'Espagne et Napoléon (volume 2)Chapitre 8 sur 78 · LE PROCÈS DE L'ESCUHIAL · texte numérisé non relu

LE PROCÈS DE L'ESCUHIAL

La manceuTre de plaider le faux pour savoir ie vrai était grossière et, comme disait Beauharnais, << coïncidait d'une manière assezoriginalc avecle plan pittoresque du procès (1)." L'agitation des esprits se traduisait, comme les foules savent le faire, par des manifestations estérîeiires : le carrosse du Roi ou de la Reine venait-il à sortir? On restait muet ou l'on sifriail; si la voiture du prince des Asturies paraissail, des vivats saluaient son passage. Un détail montra le progrès du mécontentement: afin que la comédie de la "haute trahison « fut complète, on prescrivit un Te Deum pour remercier ie Ciel d'avoir protégé le Roi; la Grandesse et les chevaliers de Gliarips III reçurent l'invitation d'y assister, en apparat: long manteau bleu et collier de l'ordre. Sur l'estrade immense quatre seulement de tous ces personnages parurent : deux Espagnols, les ducs de Médina Gœlî et de Grenade; deux Français émigrés, le duc de Saint-Simon et le vicomte de Gand. Les craintes de Godoy s'accentuaient : 4,000 hommes de troupes dans les casernes le rassuraient un peu, mais il ne retrouva sa sérénité qu'en recevaat les courriers d'Isquierdo (partis les 4 et 7 novembre) et lui donnant d'excellentes nouvelles de Paris. Discrètement, cependant d'une façon toute officielle, le traité de Fontainebleau était ratifié entre Beauharnais et Cevàllos le 8 novembre dans un salon de l'Escurial (2). Le nouveau souverain m petto savourait sa prochaine destinée; comme le poltron qui sort brusquement de ses alarmes, îl reprit toutA fait courage et pensa affermir sa position par un coup d'audace, changeant au gré de ses intérêts, pour y substituer ses créatures, le ministre de la guerre, les membres du Conseil de l'armée et, sur les frontières de

(1) Déptcfae • r^iervée > h Champtgoy, 19 novembre 1007, <o1. 671, fol. 3iî. Voir aui ApptnJicet, VI.

(S) Pièce! origiDsIe* (cell^ei dei cncheu dei pliiiipot«iilitire>, toI. 67t, toi. S70.

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France, le TÎce-roîde Navarre et le capitaine géoérat de Catalogne {!).

Beanharoais, lui aussi remis en selle, ne se contentait plus des dépêches officielles et sur uo Ion de plaisante amitié envoyait à son ministre des lettres particulières. En voici une qui apporte le tableau de Madrid et précise les nouvelles :

Je profite, mon cher ministre, du départ d'un courrier de M. le général Juaot, pour me rappeler à votre souvenir et pour voui parler confidentiellement sur tout ce qui se passe en Espagne. Le prince de la Paix est aussi inconséquent qu'il est indiscret. On se réjouit d'avance dans la maison de Mlle Tudo, chez laquelle S. k. passe toutes les soirées. Ses amis disent que S. A. sera récompensée des services importants qu'elle a rendus. Les premiers jours du mois, tous les affidés étaient dans la tristesse, les amis dans la désolation ; depuîê l'arrivée des courriers expédiés par H. Isquierdo le 4 et le 7 ou 8 de ce mois, l'espoir et le bonheur renaissent dans la société du prince de la Paix.

La conduite que l'on a exercée vis-à-vis des détenus a été aussi illégale qu'inconvenante. Leurs papiers ont été saisis, les armoires enfoncées, sans autre témoin, pendant U nuit, que le capteur; on n'a rien trouvé que ce qu'une main inconnue a bien voulu y hire placer. H. le duc d'infantado (Vhonnear de toute l'Espagne) a été enfermé les premiers jours dans un galetas sans portes ni fenêtres. Des plaintes, des murmures ont donné de l'inquiétude et de la peur à S. A., — le duc de l'Inhnlado est descendu du grenier du monastère de l'Escurial dans une cellule

(1) A la date da H novembra, le marécbsl àa cimp OI«ga«r Fdin, iniHcbnir d'infkDtorie et cipiUÏDe ^aéTa\ eu Gaipuicoa, devenût nÛDiilre de la gaerre. Le Diarqnii de Ih Amarillai deveDiii doyen du Conieïl de guerre, quitUDt la riee-royantt de Navarre où le remplaçait le gouverneur de Barcelone, le marquis de TallMantoro. Lei nouvesai membre* du Contetl étaient les lieulenanU généraux comte de Santa Clara, capitaine géoiral de Catalogue ; Domingo Iiquierdo, capitaine général de Valence; Pedro de Mendinueta, ingpectenr de> milice*. Le* deux capitaine* générani poar Valence et h Catalogne étaient le général Vaico et le comte d'Eapeleta, ancien préaident dn con*éil de Caatille ; vol . 672, fol. 3U.

II eit permii de remarquer ce cbataé-cniîté de gooTerneurs qui fut peutïti« une dei cause* de la faiblesse de la réiiitance roilitaire eu février ISW.

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