LE PROCÈS DE L'ESCUBUL
d'uD des moines. Le gouverneur du Prince montre la pins grande fermeté et le plus grand talent; il étonne les juges, f&ix pâlir ceux qui l'interrogent; à la fin de chaque séance, il dit : « Messieurs, écrivez tout ce que j'annonce, tout ce que je prouverai, ou je ne signe rien, n
La Reine est informée par les rapports secrets de la police du respect qu'on porte à l'Empereur, du mépris absolu qu'on lui témoigne toutes les fois qu'elle sort du palais, elle est dans une fureur qu'on ne conçoit pas; elle ne parle à son affidé que de sang et de bourreaux; elle vomit des injures contre la France, contre le génie qui nous gouverne; elle ne sait à qui s'en prendre ; elle disait il y a trois jours : u Qu'on arrête tous ceux qui ne sont pas pour moi » ; — on assure qu'un magistrat eut le courage de lui répondre : ■ Il faudra donc. Madame, arrêter tout le monde. »
... La haine contre le prince de la Paix, le mépris pour la Reine sont aussi fortement exprimés que l'admiration pour l'Empereur duquel l'Espagne attend son salut...
Voie operum nostrorum canditU judex.
Beadhabnàis (1).
Cependant l'Empereur avait appris tes éTénements; les deux lettres de Charles IV lui étaient parvenues. 11 y répondit le là novembre 1807 à sa mode, d'un ton plein d'arrogance : > Je n'ai jamais reçu aucune lettre du prince des Asturies; directement m indirectement je n'ai jamais entendu parier de lui, de sorte qu'il est vrai de dire que j'ignore s'il
Boutade assez ridicule, insolence gratuite et mensonge trop lourd pour produire son eGFet. Mais dans cette réponse cavalière l'intéressant n'était pas le message, c'était le mes-
(1) Ht noTembre 1807, vol. 67t, fol. 335. — A m* corropondincu •njoniet l'ambaHadenr jolgnul dei ■ nolei > qu'il croy«!l plu* >^ri«u<e> >ur r^U( du rOTSume moi omf praoUr Bbioloment loaa Im chiffre» de m* r>p< |MHla, car il l«a prenait, diMÎt-il, dam on pays où ■ la ■Uliaqmqne (ne) «at «MN un mot Tide de ten> > . (Fol. 149.)
m L'ESPACNE ET NIPOLÉON
sagcr : M. de Tournoo, chambellan de S. M. I. et R. (1) avait reçu l'ordre de partir en poste dans les termes suivants :
Vous remettrez la lettre ci-jointe au roi d'Espagne. Vous aurez soin d'ol>server en route, des Pyrénées à Madrid, l'opinion du pays sur ce <|ui vient de se passer en Espagne ; si l'opinion est en faveur du prince des Asturies ou du prince de la Paix. — Vous vous informerez aussi, sans faire semblant de rien, de la situation de Pampelune et de Fontarabie; si vous aperceviez qu'on armât quelques places, vous m'en feriez part par un courrier. Vous observerez à Madrid pour bien voir l'esprit qui anime cette ville. — Vous me rapporterez la réponse du Roi (2).
Tout était là; et nous avons, exprimée par lui-même, la pensée de derrière la tête du conquérant. Son agent d'information allait regarder et observer; il ne paraît pas douteux que son impression sur l'Espagne ait été d'un poids très lourd dans la décision de son mattre. M. de Tournon, en un poste subalterne, a joué un râle très grave dans les afhires espagnoles; trois voyages l'ont mêlé plus que personne à ce drame de la péninsule, et bien après sa mort, par une lettre sur l'authenticité de laquelle les historiens s'accordent mal, son nom, dans une renommée posthume, a été prononcé une fois encore, comme nous le verrons en son temps. Aujourd'hui il nous faut le suivre dans sa marche assez lente — à dessein pour mieux voir, — et constater son arrivée à Madrid, le 27 novembre vers neuf heures du matin. Beauharnais accueillait toujours à merveille les mortels fortunés qui venaient de s'approcherdu soleil : il parut charmé de retrouver M. de Tournon et le soir même il le conduisait à l'Escurial,
(1) Claude Philippe, comte de Toumon-Simiane (1775-1B09), «oua-Iieulentnt au rtgiment de Condé; chambellaD (1S05); officier d'ordoonaiice de l'Eippereur (1807). Cherd'etcadroD (1808). Il mourut «ubitement ï Bayonoe, au couri d'une de *e* miieioni. — Frire de Camille de Tournon, prifel de Rome, de Bonleaui çt d« Lyon, pair de France.
(S) 13 novembre 180T, Con-etpoadance, t. XVI.
Ll PROCÈS DE L'XaCDKIiL 11)1
è TaudieDoe du Boi, pour pemettre la lettre de l' F) m perçu r »vec les formeB habituelles. Gomme ils ea •oFlaient, dam la bibliothèque du PalaÏB ils croiièrent le pnnoe des Asturies entouré d'ofRciera et de moines, ils s'inclinèreot très bas et leçureat un salut assez embarrassé.
Tournon avait dit qu'il attendrait la réponse; il en profila pour miter Godoy et parcourir Madrid. Le 39 novembre, nn pli cacheté lui parvenait de l'Escurial, et il repartait le 1" décembre au soir retrouver, par delà les Pyrénées et les Alpes, Napoléon qui venait d'arriver en Italie. Sa véritable missioD était remplie; il avait regardé le plus de choses possible, il disait ce qu'il avait tu. Lui aussi traçait des portraits ;
Le Roi, honnête homme très borné, incapable de prendre nn parti, ne s'ooeupaot d'aucuoe afbire, ayant toute confiance en le Reine qui lui a persuadé pour sa santé la nécessite de la chasse, k laquelle il se livre, quelque temps qu'il fasse, deux foie par jour. — La Reine, femme d'esprit d'intrigue, servant près de Charles IV Godoy parce qu'elle a besoin de lui peur subvenir à ses dépenses; malgré son âge ■ la Messaline de son siècle * . — Le prince des Asturies, d'un caractère faible, avec une asses bonne éducation dirigée par un ecclésiastique d'origine française (1), a on lui accorde de l'àme et de l'élévation dans les sentiments. « — Le prince de la Paix, dont l'astuce et la souplesse composent tout le mérite, sans connaissances, sans tenue, embarrassé, médiocre. Il dispose de tout el aussi des finances, où il puise pour satisfaire son avarice. Il n'a aucun partisan. L'affôire de l'Escurial vient de le perdre dans l'opinion. Au contraire elle attire les sympathies sur le prince des Asturies et son jeune frère don Carlos de qui on cite des traits de fermeté. — L'armée n'a pas plus de 30,000 hommes disponibles (exac-
(1) Ainii p*Tle M. de ToamoD; îl reul penl-ttre dire qu'EicoïquiU a dw KntiiDenU ■ tran^u* i>, k gott à'nat •llknce «v«e la Franoe.
lit L'ESPAGNE ET NAPOLÉON
tement 30,920] et il faudrait trois mois aux milices pour se réunir; les places fortes du nord lombeiit en ruines ou restent désarmées; leurs gouverneurs sont vieux de grade ou nouveaux d'emploi.
L'Espagne est dans un moment de crise, elle attend son sort de l'Empereur, lîlle le regarde comme son seul appui, et le protecteur du prince des Asturies est tout son espoir... Il n'y aurait aucun avantage h soutenir le prince de la Paix, suppôt des Anglais... II ^udrait envoyer une armée forte de 30,000 liommcs qui seraient plus <|ue suffisants pour donner des lois k l'Espagne.
El M. de Tournon ne craiot pas de proposer des conclusions de haute politique : composer un ministère avec l'Infantado, San Carlos, Fiorida Blanca; — priver Godoy de tout emploi, de toute charge; faire abdiquer Charles IV, et le remplacer par Ferdinand (1).
M. de Tournon se faisait-il simplement l'écho des combioaisons de M de Beaubarnais; ses remarques personnelles pendant un rapide séjour lui inspiraient-elles des opinions aussi nettes? Telle était du moins au retour (et il pensait bien ne pas aller à l'encontre des pensées de son ma(tre) la mentalité de l'envoyé du monarque qui, dans un traité solennel, venait de " garantir à S. M. Catholique la possession de ses États d'Europe situés au midi des Pyrénées s .
Le procès de lèse-majesté était commencé. Mais il ne laissitit pas que d'embarrasser les juges, plus encore les accusateurs, car la personne inquiétante de l'Empereur se
(1) AP IV, 1«S0. DoMier 1S07, o' Id. Appendice,, V.
LE PROCÈS DE L'ESCURIAL llb
mêlait à l'athire : le prince des Asturies en avait trop dit, on en avait peut-être trop découvert, le public certainement avait assez parlé pour que ce projet d'une alliance entre l'héritier du trône et une princesse de la famille impériale pût désormais être passé sous silence. Les Espagnols, en ce temps-là, avaient confiance en la sincérité du très puissant Napoléon; ils aimaient imaginer que le jeune prince, objet de leurs espérances, fortifiait ces espérances mêmes d'une entente parfaite avec l'Empereur. Depuis la proclamalion d'oclobre 1806, les gens sensés ne pouvaient véritablement croire aux sympathies françaises de Godoy; le patriotisme castillan s'accommodait fort bien d'un mariage qui ruinait toute la diplomatie du favori. Et de son côté, connaissant les avantages personnels réservés pour lui au traité de Fontainebleau, le prince de la Paix estimait pouvoir s'appuyer avec toute sécurité sur Napoléon (1 ). Afin d'entrer dans ces vues, il prétendit ramasser l'arme tombée à terre des mains de Ferdinand et mettre une surenchère, pour son propre compte, à ces fiançailles politiques. — A son instigation Charles IV reprenait officiellement le projet secret, et le 18 novembre, toujours dans l'incohérence et sous l'émotion d'événements dont la rapidité et l'imprévu bouleversaient cet esprit placide, il demandait à l'Empereur d'accorder à son fils la main d'une personne du sang des Bonaparles. Mais, plus ce dessein pouvait être » déclaré « entre les deux souverains, moins il convenait que l'idée parût avoir existé déjà dans les intrigues des amis de Ferdinand. Escoïquil?., d'ailleurs en prison, aurait pu, à sa décharge et par un heureux procédé d'audience, revendiquer le mérite de l'invention. Ileùtétéseulde cet avis, car tout le monde prudemment
(1) • C'e*l à prêtent que je coinmeoce à jouir de In tranquillité que me prétcnle un (raild qui me mel aoul U pi'otecljon de l'Empereur... • Godoy à Marat, S4 décembre 1807, AF IV, 1«S0, pièce 15.
116 L'ESPAGNE ET N&POLÉOH
toiubs d'accord pour que le oom magique de Napoléon ne fùl psB prononcé dans le procès qui s'ingU-uiBait. M. de Beau harnais, qu'on voulait mettre hors de cause, se multiplia dans ces démarches instantes, et Charles IV prescrivit eux juges de ne pas retenir, même indirectement, ce qui pouvait concerner le mariage de l'Infant. » On a eu soin de ne faire la moindre mention d'aucun des sujets de 5. M. I. et n. par égard à ce qu'Elle a fait signifier » , écrivait Godoy à Murât, en une confidence de complices (1).
Cette a Junte * criminelle avait été constituée le 6 novembre. Sous la présidence de don Arias Mon, dix conseillers de Gastille la composaient. On avait choisi les membres les moins riches dans le but d'entratner leur vote par faveurs ou présents. L'accusateur devait être Simon de Viegas, magistral à la dévotion du prince de la Paix. Gagner les accusés eux-mêmes fut le premier moyen : à Ëseoïquîtz on fit entendre qu'un évécbé serait la récompense de ses révélations et de l'abandon de ses ■ complices ■. L'archidiacre de Tolède riposta avec fierté qu'il prétendait être jugé, puni si reconnu coupable, innocenté publiquement s'il était déclaré la vietime d'une erreur. Il fallut se résoudre à un réquisitoire en forme. Viegas le prononça le 28 décembre, en des termes embarrassés et creux; n'allait-il point parler des vertus de Marie-Louiee ■ qui nuit et jour se dévoue au bien de ses enfanta et de ses vassaux <> . On e6t pu croire à une ironie outrageante si le fiscal n'avait très gravement montré qu'il s'agissait de choses séneuses en requérant la peine de mort contre Escoïquilz, l'Infantado et Ayerbe. La défense eut trois jours pour étudier les pièces et deux semaines pour préparer ses répliques ; des avocats de talent acceptaient cette mission : Davila pour Escoïquitz, Joven de Salas pour l'Infantado, don
<1) M décembre 1807, AF IV, 1«W, pièc« 16.
Lis PnOCftS DE L'ESCITRrAL 111
Jow Asnsrès pcwr Ayerbe, pour le conte de Bornog, HernBndee MartineE. Le comte d'Orjas avait refusé de défligncr un défenseur n parce qu'il ne se sentait pas coapable ■ . Le chanoine avait résumé «on rôle et celui de ses amis en deux mots : H J'ai été le conseiller, dod ie séducteur de mon élève. B
Bien que maintenue secrète, l'a&ire passionnait l'ofùnion; la haine du favori ne laissait & personne Is possibilité de ne pas souhaiter l'acquittemenl; le patriotisme augmentait ce seolimeot d'espérance et il semMait que la « cause de l'Escurial ■ , cotnine on l'appelait, dù( décider de Thonnetir de U nation. Les juges ne laissèrent pas antoiadrir ce patrimoine déposé entre leurs maioB.
Le âS janvier de grand matin ils s'assemblèrent à l'Escurial. Un seul manquait : don Eugenio Manuel Alvarez Caballero. Une lettre de lui demandait à ses collègues le droit de se faire transporter au lien de leurs séances, tout flftourant qu'il était, pour, avant son heure dernière, émettre son vote dans one afihire si importante au repos de sa oon»cience et au salut de sa potrie. Tout d'une voix les conseillers décidèrent de se rendre chez le malade pour continuqr la procédure. Ile trouvèrent Caballero assis sur son lit, mais revêtu de sa toge et de ses insignes; sa figure décharnée par la souffrance s'illumina et, retrouvant un reste de force, il leva la main à son front pour saluer la Junte, image vivante de la justice qui venait à lui. il demanda à opiner le premier; nuis resMrqvant la présence de Simon de Viegas qui avait suivi d'un pas anxieux le tribunal, il déclara qu'en ayant donné ses conclusions le fiscal avait perdu le droit d'assister aux séanceadu Couseil. André Laaauca appuya celle parole, ajoutant qu'6 défaut du fiscal, lui se retirerait. Simon de Tiegas fit à l'assemblée une révérence très courte, el, pâle de colère, franchit la porte. — Caballero parla encore; son
état, la cause, les circoastances, tout donnait à son accent uoe émotion poignante, partagée par ses collègues : il félicita les défenseurs de leur fermeté dans une rencontre aussi périlleuse, et manifesta l'espoir de voir te tribunal reconnaître l'innocence des accusés. Sa voix s'éteignit, et les conseillers, sans vouloir poursuivre une discussion superflue, rédigèrent leurs conclusions :
I* Les pièces originales nécessaires h un procès criminel manquaient; 2* des copies informes ne sauraient donner un sérieux indice de la culpabilité réelle des accusés; 3' le prince des Âsturics devait être entendu, et il ne pouvait i'élre que par devant les Cortès du royaume, en séance publique; i' les membres de la Junte, fussent-ils les juges naturels des accusés (et ils ne l'étaient pas), il leur fallait tout d'abord savoirdu Conseil de Caslille quel étaitle dénonciateur.
Ils ne trouvaient donc pas matière à rendre une sentence, mais Sa Majesté Catholique voulant connaître l'opinion des conseillers assemblés, ils pensaient que dans l'état actuel de la procédure, les prévenus devaient être aussitôt remis en liberté (1). Sur le grand crucifix d'ivoire suspendu au chevet du lit ayant considéré celui qui juge les jugements des hommes, tous signèrent (2). Par un mouvement spontané ils s'embrassèrent avec attendrissement, jurant qu'ils agissaient pour l'acquit de leur conscience et le bien du royaume, dussent-ils porter leur tête sur un échafaud après avoir rendu hommage à la vérité et sauvé l'honneur castillan. La nuit était venue, quelques flambeaux de cire éclairaient cette chambre de moribond transformé en prétoire; autour de la
(1) Bouhamtii à Champagoy. 10 (éTner ISOS. Appendice; VllI.
(2) DoD Ari» Mon. Don Gonialo Jom( de Tilchea. Dod AdIodÎo Villi' Daeva. Don Antonio Gonzalez Yebra. Le marquii de Caia Garda. Don Eugenia Manuel Avarez Caballero. Don Sebaitian de Torrè*. Don Domingo Pernandei de Campomanèi. Don Andre> Lasauca. Don Antonio AlTSrei de Contrera*. Don Miguel AIpLonao Viliagomcz.
LE PBOCÈS Dt L'ESCURIAL 119
couche de Caballero, dëfaillant de corps mais l'àme sereine, les longues robes agitaient leurs reflets rouges, et ces murailles nues, ces escabeaux de bois, proclamaient, sans l'appareil de la justice, la majesté du devoir accompli et la gran< deur d'Ame d'un loyal magistrat.
Le lendemain, l'arrêt fut porté à Charles IV. Ce prince débonnaire comprit mal tout d'abord, et ne vit dans ce dénouement que la 6n d'un imbroglio qui troublait sa vie. 11 en témoigna sa satisfaction. Marie-Louise n'avait pas cette naïveté : elle manifesta aigrement sa colère en des paroles acerbes, auxquelles les conseillers répondirent par une muette salutation. Avec le témoignage de leur conscience, l'admiration publique les dédommageait. Deux joups après son éloquent plaidoyer, don Eugenio Gaballero mourait, brisé par la maladie et l'angoisse. Les communautés de son quartier se disputèrent le droit de rendre les derniers devoirs au juge intègre; devant la magnificence des préparatifs funèbres, la famille de Gaballero s'inquiéta de la dépense; les moines répondirent que pour le grand conseiller de Castille « mort pauvre ■ , ils réclamaient l'honneur de déployer, aux frais du couvent, les pompes de l'Église. Et la foule de toutes classes se porta aux funérailles, manifestant par sa présence sa gratitude, par son émotion ses regrets.
Le même sentiment unissait les cœurs contre la Cour devenue persécutrice, maladroite, exaspérée et exécrée. Chaque circonstance paraissait bonne pour le dire bien haut : quoique beau-frère du prince de la Paix, le cardinal de Bourbon de qui dépendait, comme archevêque de Tolède, le chanoine Escoïquitz, offrît au Roi sa démission, afin de protester contre la prison imposée à son archidiacre; et le chapitre retira son titre et son traitement « d'avocat pensionné » à M. d'Argumosa qui avait craint et refusé de défendre Escoïquitz. — Joven de Salas, l'avocat du duc de l'Infantado, refusa
IlO L'ISPAiHIk RT MAPOLtoM
les honoraires que loi pr^enta la dachetn : il avait res^ justice à l'innocefice, et se tfOoTait récQUpcasé par r«stiiiiC de ses concitoyess.
Au tiea de comprendre (a fcrroe de beUe réprobation ona» □ime, Godoy s'eotéta daas sa résistaaoe Volitaire. Sa dernière manœnvre fut, la veille de la seoteHoe, de promettre la clémence royale pour les aeciisés, a'ila étaieart condanaéi A la peine capitale. Le lendemain on apprit av«c stopeor que le Roi passait outre A l'abeence de jugenent et portait de lui-même une condamnation : privés de toss letm grades, emplois et ordres, l'Infantado était exilé A Eoija, d'OlJBs A Valence, Ayerbe dans l'Aragoa, San Garios A aoixaate lieoes de la résidence royale, tous les domestiques du pnace des Asturies A quarante lieues de Madrid.
Le chanoine Esccnquitx se trouvait reltgué près de Cordoue, au couvent d'EI-Psrdon, avec l'obligation d'asnsterè tous les offices religieux de la eommetiattté; le ministre de grèce et justice avait mission de le lui aasoBoer en ternes parliculièremeot vifs (I). *— Ces mesures de rigueur bÏ contraires eux vœux des juges échaufRireet exlraordiBairemenl les esprits, et causèrent une douleur profonde aux vnôs Espagnols. Les paroles les ^us eoerbes atteignaient le généralissime prudemment caBlooné daas son palais de Buena Viste, et aussi la Reine, dont les colères, les évanouissements, les accès furieux effrayaient la Cour eu épouva&taDt le Roi. Chacun vivait dans une BtmosjJière d'éaervement, de trouble
(t) - S. M. a vu avec la piaa grande {n^ignalioD uornblcD V. S, a UVTulli poar csrrampre et tëdàire le csear d« son U», en l'étoifMnt dn idéea de la boone morale et ■)« rËvaa|ile. Ayant plu* d'égard paur l'état de V. S. quQ pour M penonne, S. M. a réaolu de vou> envoyer au mouailère d« PardoB, avec dMMM d'eairer k U»irii BJ «sMi ii*au à» atjMr de la Cour, pour y apprendra k bien Tivre et k mourir en bon chrétien el eccl<- ■iaalique... Ce que je communique k V. S. pour ton accompHn* Marqai) Ceballero, 2? janvier IBM, tvI. «TS, fol. 87.
LR PfiOCfiS DE L'KSCURIAL ISl
et de cramte, rejetant la respotuabilité de jour en jour pins lourde, >ur les épealee du favori; el il fallait tout l'optimisme d'uD agent décidé & accepter sans conteste les versioiu officielke pour permettre au chargé d'affaires de Prusfe, M. Ueory, d'écrire à son mailre :
Son Altesse Sérénissitne le prince do U Paz manifeste un grand dHitentemeat d'atoir rénssi & déterminer S. H. C. à user de clémence envers les coupables (I).
M. de Beauharnais, placé pour mieux voir, voyait mieux aussi : il écrivait sans cesse l'iro popularité de Godoy, chargeant plutôt sa palelte de noires couleurs, afin dé présenter, en contraste, le liant tableau d'une régénération de l'Espagne parla main du tout-puissant Napoléon « béai, attendu comme un libérateur ■. Il aimait à propager celte créance et croyait satisfaire à ses devoirs a en faisant connaître le héros qui nous gouverne, comme un Dieu tutélaire et protecteur B .
De Paris on envoyait les meilleurs Agents, les plus fines mouches de la diplomatie secrète pour vérifier ces assurances, observer avec exactitude, noter l'état des esprits, connaître les forces du royaume, afin de préciser le moment opportun (2). En vérité chacun était mal à l'aise : Napoléon demeurait perplexe el variait ses desseins avec la mobiUté d'une volonté qui nie l'obBlacle. — Ueaubamais désorienté se perdait eu conjectures pour deviner, afin de la suivre, la pensée de l'Empereur. — Sortant d'une grande peur, Ferdinand restait mal rassuré. Ses amis exilés attendaient anxieusement un nouveau tour de roue de la Fortune. — Les Espagnols sentaient un danger planer sur la patrie, qu'il vînt de la faiblesse du monarque ou de l'audace de l'étranger. — Contre son
(1) f férrier 1B08, vol. S73, fol. 3.
(2) Inilrucliona k l'agcnl secret Btondel, 6 Février 180S. Appendices, VIII,
ennemi, Godoy perdait une partie où il avait joué gros jeu. — Marie-Louise partageait son ressentiment et portait tout le poids d'un cœur ulcéré, peut<étre par le remords, certainement par Tinsuccès. — Charles IV lui-même élai* priré de sa quiétude habituelle : sur les grands talents du généralis sime de légers doutes naissaient dans son esprit; à peine se remettait-il d'avoir cru son propre fils coupable; sa consolation était de donner l'exemple du sacrifice : par une infraction pénible à l'ordonnance des déplacements royaux, la Cour n'avait point paru à Madrid pendant le mois de jan- Ticr, alors qu'elle en gardait la coutume depuis trente ans et plus : de l'Escurial elle était allée s'installer tout droit à Aranjuez. Dans sa sagesse Charles IV l'avait ainsi décidé. L'Espagne était-elle en droit de lui demander davantage?