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CHAPITRE II

l'alliance anglaise

I. Les Anglais en Espagne. — Mission de sir Charles Stuart (juillet 1808-février 1809) et de sir Richard Vaughan.

Les quatre ambassadeurs : John Frère, le marquis de Wellesley, Barth Frère, Henri Wellesley. — Les frères Wellesley. — Wellington.

IL Les Espagnols à Londres. — Les Asturiens, les Galiciens, les Andalous. — Les deux groupes : Nord et Midi. — Demandes incessantes; le» « agents mendiants » . — Traité d'alliance (14 janvier 1809). — Entente commerciale. — Ambassade spéciale de Cevallos (1809-1810).

III. A Séville. — Arrivée de la Junte suprême (décembre 1809). — Mort de Florida Blanca. — Comte d'Altamira, el Rey chico. — Martin de Garay. — Le manifeste à l'Europe (1er janvier 1809). — Les instructions aux Espagnols (17 avril 1809). — Despotisme de la « Suprême » . — Les armées espagnoles. — Les opinions. — Division des esprits. — Les réfugiés. — Les salons de Séville. — Les Montijo. — Le corps diplomatique. — Lord et lady Holland.

IV. A Cadix. — La vie de Cadix. — Reprise commerciale avec les Anglais. — La mer libre (1808).

Agitation populaire. — Influence des religieux capucins; Fray Mariano. —

Attentat contre le marquis de Ville!, envoyé de la Junte suprême. — La

Saint-Jacques (1809).

Les réfugiés à Cadix. — Les trois ducs de l'Infantado, d'Ossuna, d'Albu-

querque. — Le matin du 16 avril à Grenade. Intrigues anglaises. — Arrivée à Cadix du marquis de Wellesley. — Réception

enthousiaste. — Le marquis et le savetier (août 1809).

Dès la rupture avec la France, les agents anglais étaient accourus en Espagne. A peine les Asturiens : Toreno (alors vicomte de Matarosa), de la Vega-Infanzon, Alvarez Miranda,

avaient-ils pris langue à Londres avec Canning(l) qu'on avait vu le major général 3ir Thomas Dyer, le commandant Roche, le capitaine Patrick, partis à toutes voiles de Falmouth, le 24 juin 1808, sur le brigantin Scorpion (2), débarquer le 27 à Gijon et former aussitôt une commission militaire dans les Asturies. Un consul, John Hunter, les rejoignit bientôt, mais cet agent, d'un esprit inquiet, lui-même ballotté de Madrid à Séville, à Santander, à Gijon, courant ensuite de la Corogne à Vigo, leur apportait des renseignements tardifs et imprécis. — Hunter fut remplacé par Duff, Duff par Walter Savagne Landor. Ce n'étaient encore que des comparses. Le personnage influent, habile, accepté, sera Charles Stuart, arrivé à la Corogne le 20 juillet.

Il descendait de la famille des rois d'Ecosse, véritablement, non comme tant d'Écossais qui le prétendent; fils aîné d'un officier général, neveu du comte de Bute, depuis dix ans il s'était formé dans les ambassades : à Vienne (1801), à Saint- Pétersbourg (1804). Canning le chargeait de centraliser la correspondance des agents anglais éparpillés dans la péninsule et lui donnait comme compagnon un homme avisé, grand voyageur, ayant déjà visité, au sortir d'Oxford, l'Allemagne, la France, l'Espagne, Constantinople, la Syrie et la Perse. Ce sir Charles Richard Vaughan courut bientôt sur les routes, de la Corogne à Madrid, à Aranjuez; il s'en fut avec le colonel Doyle jusqu'à Saragosse et écrivit le récit de ce premier siège (3), à son retour à Londres, sachant se documenter

(1) Les trois délégués débarquèrent à Falmouth le 5 juin; leur conversation offrit un côté piquant : tous ces ennemis de la France durent s'expliquer en français avec Canning, eux ne connaissant pas l'anglais ni lui l'espagnol.

(2) Le même jour, sur la frégate Àlcmène, les députés de la Galice (Francisco Bermudez, de Castro, Joaquin Freire de Andrade) arrivaient à Plymouth. A leur tour, ils avaient une audience de Canning dès le 28.

(3) Traduit de l'anglais, il a paru dans la série complémentaire des Mémoires relatifs à la Révolution Française (Collection Beauchamp) à la suite des Mémoires du général Duhesme.

auprès d'un des assiégeants, Lefebvre-Desnouëttes, alors prisonnier en Angleterre. Disons de suite que le nom de Vaughan est mêlé de diverses façons encore aux choses de la péninsule; il y suivit, comme secrétaire de légation, Henry Wellesley en janvier 1810, fut à Madrid chargé d'affaires en 1815 et 1816 (1) ; et parce que c'était un grand collectionneur de notes et de documents, il a accumulé au cours de sa carrière des papiers, déposés par lui à son vieux collège d'Oxford, où M. Oman les utilisa pour ses travaux historiques sur l'Espagne (2) .

La mission de lord Stuart devait être temporaire. Dès le mois de février 1809, il sera renvoyé à Vienne. Mais pour lui aussi, son rôle actif reprend un peu plus tard, et fort important, à Lisbonne. Là, ministre plénipotentiaire (1810), il devient membre du Conseil de régence; par ses mains, l'or anglais coule, il le distribue presque sans compter : 20, 25, 30 000 livres sterling par an (3).

Pour importants qu'ils fussent, ces premiers agents s'effacent devant les ambassadeurs officiels du Royaume Uni. Il y en eut quatre et, par une coïncidence assez curieuse, deux fois deux frères cadets succédant à leur aîné :

I. John Hookam Frère (octobre 1808-juillet 1809). — II. Le marquis de Wellesley (juillet 1809-décembre 1809). —

(1) Sir Richard Vaughan (1774-1845), ambassadeur à Paris (1820), ministre en Suisse (1823), aux États-Unis (1825-1835).

(2) Ch. Oman, A hi.itory of the peninsular war, 5 vol. jusqu'au 31 août 1812. M. Oman a publié : Diary of Charles Vaughan in Spain (1808) dans le

tome Ier des Publicaciones de! Congresso historico international de la Guerra de la Independcncia, tenu à Saragosse en 1908.

(3) Nous le retrouverons sur notre roule. Voici la Hn de son curriculum vitœ (1778-1853). Envoyé à Paris (juin 1814), ambassadeur à Bruxelles (1815), à Paris (1815-1824), à Rio-de-Janeiro (1825); de nouveau ambassadeur en France (1828-1830), en Russie (1841); il avait reçu les titres de comte de Machico (1825), de marquis d'Angra (1826), enfin lord Stuart de Rothesay (1828).

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