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L'ALCAZAR DE SÉVILLE

nier tenaient en fort médiocre estime l'architecture .moresque, et ne faisaient pas plus de cas de l'architecture gothique ; aussi un des historiens de Séville, Arana de Valflora, dans son Compendio de Sevilla, considère-t-il les travaux postérieurs comme des obras de mejor arquitectura.

Le Patio de las Doncellas, vaste cour intérieure, est d'un aspect très-imposant : des colonnes

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FACADE DE L’ALCAZAR DE SÉVILLE (page 314).

de marbre blanc accouplées soutiennent des arcades découpées en plusieurs lobes, et surmontées de colonnettes, de rinceaux et d’entrelacs d’un travail extrêmement précieux. Cette pièce, ainsi que les principales salles de l'Alcazar, a été restaurée dans le style primitif par l’ordre de M. le duc de Montpensier, qui a habité l'ancien palais moresque.

Le Patio de las Doncellas, où Cour des jeunes Filles, est ainsi nommé, parce que, suivant une ancienne tradition, les rois de Séville y recevaient cent vierges qui, chaque année, leur étaient envoyées par un de leurs tributaires. Ce magnifique patio, restauré sous Charles-Quint, a conservé une partie des azulejos de faïence qui garnissaient les murs sur une hauteur de près de deux mètres à partir du sol. Au centre s'élève un jet d'eau dont la gerbe retombe dans une vasque de style moresque, et va rejaillir Jusque sur les dalles de marbre qui garnissent le sol. A l'étage supérieur règne une galerie supportée par des arceaux au-dessus desquels se voient les armes de Castille et de Léon accompagnées des colonnes d'Hercule.

Comme l'Alhambra, l'Alcazar de Séville à aussi sa Sala de: Embajadores, vaste pièce carrée d’un aspect très-majestueux, et qui rappelle tout à fait celui du palais moresque de Grenade ; une de ces coupoles dont nous avons parlé précédemment, et que les Espagnols nomment media naranja, S élève à une grande hauteur. Cette media naranja, entièrement faite de bois résineux tels que le cèdre et le mélèze, a merveilleusement résisté aux ans, et ses stalactites variées à l'infini, où l'œil se perd dans des complications inextricables, sont encore aussi intactes qu'au premier jour.

Si les salles de l'Alhambra ont leurs légendes empruntées au massacre des Abencerrages, celles de l'Alcazar ont aussiles leurs, et c’est Pierre le Cruel qui en fait en grande partie les frais : le guide qui nous accompagnait ne manqua pas de nous faire remarquer sur une des dalles de marbre du Salon des Ambassadeurs, non loin de la porte qui communique avec le Patro de lus Doncellas, quelques taches rougeâtres qui, avec de la bonne volonté, peuvent passer pour des taches de sang. C'est la place même où, suivant la légende, le 29 mai 1358, le roi Pierre le Cruel fit assassiner par ses gardes le malheureux infant don Fadrique, son frère ; il l'aceusait de conspirer contre lui, et il fit partager le même sort à ceux qu'il soupconnait d'être ses partisans. Fatale destinée de ce roi qui avait fait périr trois de ses frères, sa femme, sa tante et plusieurs autres de ses parents! Quelques années plus tard, à la suite de l’entrevue de Montiel, il mourait lui-même à l'âge de trente-quatre ans, poignardé par son frère, Henri de Transtamare, qui lui faisait ensuite trancher la tête et envoyait à Séville ce trophée sanglant.

On retrouve à chaque pas, dans l'Alcazar moresque, les souvenirs du terrible roi de Castille. C'est dans l'Alcazar qu'il reçut un roi de Grenade, Abou-Suid, surnommé e/ rey Bermejo; après lui avoir octroyé un sauf-conduit, il donna en son honneur les fêtes les plus brillantes. Suivant l'usage oriental, le roi more était accompagné d'une suite nombreuse, et avait déployé un luxe extraordinaire d'étoffes magnifiques d'or el de soie, de perles et de pierres précieuses ; un manuscrit contemporain, qui rend compte de l'événement, mentionne notamment trois énormes rubis d'une beauté extraordinaire, aussi gros qu'un œuf de pigeon, un Luevo de paloma*. Le roi de Castille ne put résister à la vue de tant de trésors, et pour s'en emparer il tua traitreusement de sa main, dans une des salles de l'Alcazar, le malheureux Abou-Saïd, qui se croyait sans doute protégé par les lois de l'hospitalité.

Après avoir parcouru les différentes salles de l'Alcazar, nous allimes visiter d'anciens bains voûtés qu'on appelle /os Baños de Padilla ; e'étaient des bains moresques que Pierre le Cruel avait fait réparer pour la célèbre Maria de Padilla, demoiselle de fainille noble, d'une grande beauté et d'un esprit cultivé, Le P. Mariana, dans son Histoire d'Espagne, fait d'elle un portrait des plus séduisants, ce qui explique en partie l'ascendant extraordinaire qu'elle avait su prendre sur le roi de Castille. La voix publique accusait Maria de Padilla de Favoir ensorcelé, et la légende populaire la représentait même comme la reine des sorcières. Ce qui est certain, c'est que dès le len-

! Un de ces rubis fut donné par Pierre le Cruel au prince Noir à la suite de la bataille de Navarrete ; après avoir passé dans différentes mains, il appartint à la reine Elisabeth, et il orne aujourd'hui la couronne royale d'Angleterre con-

servée à la tour de Londres,

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ARCADE MORESQUE, À L’ALCAZAR DE SÉVILLE (page 311).

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