MAJOS ET MAJAS REVENANT DE LA FERIA DEL ROCGIO (ENVIRONS DE SÉVILLE
La feria de Sevilla. — Les chalanes et les chalanerias. — La Noche buena. — Les buñoleras. — Les majos et les majas. — Le dialecte andalou. — La feria de Torrijos: scènes populaires : un Gitano ivre mort. — Les romerias. — La Virgen del Rocio. — Santi-Ponce, l’ancienne Italica. — Les fêtes religieuses de Séville : les Pasos; le Cristo del Gran Poder. — Le Cirio Pascual. — Processions de la semaine sainte. — Les cofradias. — Un entierro de limosnu. — Les théâtres de Séville : Zarzuelas et sainetes. — Quelques suinetes andalous; comment on y traite les étrangers : les Franchutes et les Inglis-manglis. — Les barateros de Séville. — Les barbiers et les barberéas. — Les barberillos en plein air. — Les barrio de Triana et ses habitants. — Les faïences de Triana. — Encore les Gitanos ; leurs cérémonies funèbres et leur langage.
La grande fête de Séville, la fête par excellence, c'est la Feria, qui se tient en dehors des murs, entre le faubourg de San Bernardo et le chemin de fer qui se dirige vers Cadix. On a, de cet emplacement, un splendide coup d'œil sur Séville : à gauche, s'élève la masse imposante de la Fébrica de tabacos ; en face, la cathédrale dessine sa silhouette gigantesque, dominée par la statue de bronze qui couronne la Giralda. La feria de Sevilla égale en importance les foires les plus considérables de la contrée, comme celles de Santi Ponce et de Mairena, et attire un grand nombre de personnes de toutes les parties de l’Andalousie.
Le commerce des chevaux et celui des bestiaux sont ceux qui donnent le plus d'activité à la ire de Séville. C’est là que nous étudiâmes dans toute sa pureté Le type du chalan où maquignon gitano, dont la ruse et l'habileté sont proverbiales, et auprès duquel les maquignons les plus retors du monde entier sont l’mnocence et la naïveté en personne. Les chalanerias, ou
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andalou, et coiffée di ne sa cigaret qui dit la bonne on HAE Fe ane me mot tons, les calesas bariolées - Les bestiaux sont parqués au milieu du vaste enclos de la foire au moyen de barrières faites de filets en grosses cordes tout à fait semblables à ceux dont se servent, pour le même usage, les
paysans de la campagne de Rome. Des boutiques au toit pointu, construites en planches et en. toile, s'étendent en longues files d’un bout à l’autre du champ de la /eria et sont garnies des
marchandises les plus diverses ; les botillerias, où se vendent des liqueurs et des boissons glacées,
sont en très-grand nombre; nous remarquâmes que plusieurs de ces boutiques en plein ar
étaient tenues par des Gitanos ; du reste, afin que personne ne l’ignorât, de curieuses enseignes en
pur calé s'étalaient au-dessus de l’entrée. Nous en dirons autant des éabernas, également tenues
par des Gitanos, qui les appellent ernitas, — ermitages, — dans leur langage imagé. Devant ces botillertas et ces ermitas stationnaient pendant la soirée des gens que le manzamilla ou l’aguardente (eau-de-vie blanche anisée) avaient mis en belle humeur.
La nuit s’avançait, et nous rentrâmes dans Séville escortés par des troupes de braves gens en liesse, qui riaient et chantaient en s’apostrophant, mais sans se quereller; car il faut rendre cette justice aux Espagnols, qu'ils savent conserver dans leurs plaisirs une mesure que nous autres Français nous n’observons pas toujours.
La Noche-buena, — la bonne nuit, ou la oche é Navid, — la nuit de la Nativité, comme les Andalous appellent la nuit de Noël, compte encore parmi les réjouissances de Séville ; mais la velada de San Juan, — la veillée de Saint-Jean, — est une des plus grandes fêtes populaires de la capitale de l'Andalousie. Dans la soirée du 23 juin, veille de la fête du Précurseur, Séville tout entière se donne rendez-vous sur la vaste A/ameda de Hércules : ce soir-là, un étranger qui veut s’y rendre n’a pas besoin de guide ; il n’a qu’à suivre le flot bruyant et agité de la population qui s’y porte en foule. C’est ainsi que nous arrivâmes sur la promenade, qui nous offrit un coup d'œil des plus curieux : l’Alameda était entourée de guirlandes de lumières qui présentaient, au premier coup d'œil, l'aspect d'une vaste illumination; cependant ces lumières n'étaient autres que les fanaux qui éclairaient les innombrables boutiques dont la promenade était entourée. Une odeur forte et pénétrante d'huile chaude nous fit deviner tout d’abord que les marchandes de beignets étaient en majorité : nous ne nous trompions pas; de nombreux puestos de buñuelos, tous tenus par de brunes Gitanas, occupaient les meilleures places, car le monopole de la friture en plein air paraît réservé aux bohémiennes. D’autres occupent des puestos de flores, où sont disposés avec un certain art les œillets, dablias, et autres fleurs destinées à l’ornement des coiffures andalouses, et des ramilletes (bouquets), composés avec beaucoup de goût. Buñoleras et ramilleteras appellent les pratiques de la voix et du geste : si un monsieur en habit noir, un señ6 del futraque, commet l'imprudence de s'arrêter pour examiner leur marchandise, il est bien vite entouré et il faut, bon gré mal gré, qu'il finisse par acheter pour quelques cuartos aux Gitanas, qui commencent par lui adresser, en le tutoyant, les épithètes les plus flatteuses, telles que 07yos é mi arma (yeux de mon âme), etc.; mais s’il refuse d'acheter, malheur à lui : elles se posent les pomgs sur les hanches, l’appellent macabeo (machabée), et lui adressent mille mjures grotesques; enfin, le malheureux ne s'échappe qu'après avoir essuyé une averse de ces imprécations dont le cali est si riche, et les Gitanas si prodigues. Ù
N'oublions pas que les puestos de agua où se vendent toutes sortes de bebidas heladas (boissons
de peintures. és