‹ L'EspagneChapitre 108 sur 287 · DT · texte numérisé non relu

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lus appétissantes : les boutiques, presque toutes nées de lo dont nous avons déjà parlé, portent des noms peu en rapport avec leurs afraichissantes ; ainsi l’une s’appelle ou/cano, l’autre énérépido, ete. hs ‘#i La cigarrera andalouse est un type qui très-souvent peut se. É avec un autre type bien | erinages, — ferias y romertas, — et dans les courses de taureaux, aux {endidos de sol y sombra, vêtue de la mantilla de tira à la bordure de velours noir, et de la robe aux couleurs éclatantes, bordée de plusieurs rangs de volants. La maya andalouse, si souvent chantée dans les sainètes et dans les romances populaires, : . est donc souvent cigarrera de profession. Quelquefois aussi, — sacrifions le pittoresque à la vérité, — la maja n’est qu'une vendeuse de poisson frit, ou une castañera qui fait rôtir des chätaignes à la porte d’une taverne, comme chez nous les enfants de l'Auvergne à la porte des marchands de vin; il arrive encore, et c’est le cas le plus ordinaire, que la maja ne fait rien. Il est probable qu'avant peu ce type deviendra un mythe, grâce aux chemins de fer qui modifient peu

à peu les mœurs et les costumes populaires : c'est ainsi qu’a disparu depuis longtemps la dernière des manolas de Madrid.

Du reste, ce n'est qu'aux jours de grande fête que les majas qui subsistent encore se manifestent visiblement à l'œil des curieux ; ces jours-là, elles se transforment : ce sont des mugeres de chispa, des jembras de rumbo y de trueno, expressions qui ne sauraient se traduire littéralement en français, mais qui, en espagnol, rendent merveilleusement la passion de ces femmes pour le plaisir et pour le bruit. La maja, nous l'avons dé jà dit, est passionnée pour les courses de taureaux : elle est très-heureuse quand elle peut sy rendre en calesa découverte ; mais son bonheur n’a plus de bornes si elle rencontre sur la route quelques camarades allant à pied. La corrida est à peine commencée, qu'elle juge hardiment les coups, sifflant et applaudissant à outrance espadas, banderilleros et picadores ; jamais elle ne quitte sa place avant que le dernier taureau, e/ toro de gracia, ait reçu le coup de grâce du cachetero. Souvent elle sort accompagnée d’un torero, car la maja montre une prédilection marquée pour la gente de cuerno, comme les gens du peuple appellent plaisamment les toreros, qui vivent au milieu des bêtes à cornes. De la Plaza, on se rend à la botélleria, où, le verre en main, on discute les différents coups de la corrida ; et la soirée se termine par un /aleo où un zapateado dans une de ces réunions populaires qu'on appelle bailes de candil.

La maja va quelquefois au théâtre, bien qu'elle n’ait pas pour ce divertissement la même

passion que pour les combats de taureaux, où le drame se Joue de veras, — pour de bon : —

plusieurs fois dans la soirée, aux endroits les plus comiques, elle interrompt le spectacle par de

bruyants éclats de rire; tous les acteurs lui paraissent excellents pourvu qu'ils soient très-forts, et il n’existe pas pour elle de meilleures pièces que celles où il y a des brigands et des coups de fusil. Les majas, qui tiennent beaucoup aux anciennes coutumes nationales, parlent dans toute sa pureté le dialecte, ou pour mieux dire le patois andalou. Il est un grand nombre d'expressions propres à l'Andalousie qu’il serait à peu près impossible de traduire dans aucune langue : ainsi la sa, le sel, signifie à peu près la grâce ; un des plus jolis compliments qu’on puisse faire à une femme, c'est de l'appeler sa/ero, — salière, — ou de lui dire qu’elle est salée, — salada. — La canela (la cannelle), est un mot qui s'applique également à une jolie femme, mais /e sa/ de la canela ou la {lor de la canela servent à exprimer le dernier degré de la perfection. L'expression sandunga, qui signifie le bon air, la désmvolture, s'applique également à une femme muy juncal, c'est-à-dire

accomplie. Beaucoup de mots du même genre, qui ne se trouvent pas dans les dictionnaires, sont néanmoins employés à chaque instant caleseros et autres.

L'accent

par les gens du peuple, #ajos et majas, toreros, : Ve des Andalous est extrêmement prononcé, et 1l est aussi facile de les distinguer à

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b mé (devant moi), etc. ; ù ds remplacent l’H par la prononciation gutturale du J, co

hembra (femme), jierro pour hierro, et quelquefois par le G, comme lorsqu isp prononce “ güesos

au lieu de Auesos, ou güevos pour Auevos. Très-souvent l'L est remplacée par VR : aïnsi parpité pour palpitar, Gibrarté pour Gibraltar, la Girarda pour la Giralda. Au commencement des mots,

le G prend ordinairement la place du B : guëno au lieu de bueno (bon). La plupart des consonnes sont supprimées à la fin des mots, de sorte que muger (femme) se prononce mugé ; Jerez, Jeré ; Cädiz, Caï; licor, licé,et ainsi de suite. L'I prend quelquefois la place de l'E, comme dans Siviya au lieu de Sevilla, et dans siguiriya au lieu de seguidilla, ete. Les Andalous se plaisent à faire très-fréquemment des inversions dans l’ordre des lettres : c’est ainsi que la Vfrjen (la Vierge) devient la Vinge; premitir se dit pour permitir (permettre), et probe pour pobre (pauvre). Quant aux abréviations, elles sont très-fréquentes : par exemple, pé signifie para (pour), seña,

señora, etc.

Nous ne voulons pas multiplier davantage ces exemples : nous ajouterons seulement que les Andalous ont l’habitude de parler avec une volubilité excessive, et qu'ils mangent, comme on dit vulgairement, la moitié des mots : /os Andaluces, disent les Espagnols, se comen la mitad de las palabras ; aussi les étrangers, même ceux qui connaissent parfaitement le castillan, ont-ils beau-

coup de peine à comprendre les Andalous, et les habitants des autres provinces d’Espagne ne les

entendent pas toujours parfaitement. Quoi qu’il en soit, leur langage, vif, petillant, coloré, plein d'images, est charmant dans la bouche d’une femme : c’est comme un reflet du beau soleil et du ciel toujours bleu de l’Andalousie.

La Feria de Torrijos est une des fêtes ou romerias (pèlerinages) les plus renommées des environs de Séville : elle doit son nom à un petit village situé à peu de distance de la ville, et où se trouve un ermitage avec un Christ fort vénéré : e/ santo Cristo de Torrigos. Mais ce n’est pas à Torrijos même qu'il faut voir la fête, qui n'est que peu de chose auprès du retour; ce retour, qui à lieu par la calle de Castilla, la principale rue du faubourg de Triana, constitue en réalité la véritable fête de Torrijos. Une heure avant le coucher du soleil, les habitants de la capitale font invasion dans la calle de Castilla, et les deux côtés de la rue se garnissent de siéges de toutes sortes, où les curieux s'installent tant bien que mal; les fenêtres et les balcons sont encombrés de femmes en costume élégant, qui, tout en jouant de l'éventail, attendent le passage du cortége. Grâce à la protection spéciale d'un de nos amis de Séville, un balcon nous avait été réservé, et nous assistâmes au défilé, sans perdre le moindre détail de ce curieux tableau de mœurs populaires.

Quelques »24a70s, montés sur de beaux chevaux andalous à la crinière épaisse et à la longue queue noire, ouvraient la marche, portant en croupe leur »aja, qui s’appuyait sur eux en leur passant le bras droit autour de la ceinture, con su queridita en ancas, comme dit la chanson. Les majos portaient le costume andalou bien connu : le sombrero calañés, coquettement posé sur l'oreille, la veste aux nombreux boutons de filigrane d'argent, aux manches ornées de velours et au pot de fleurs brodé dans le dos, sans oublier deux mouchoirs brodés par la maja, qui sortaient

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