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os. Elles louent donc pour 1 circonstance aux art Canoe de Séville des
sans nom : robes de soie fanées, chapeaux jaune-serin ou vert-pomme aux formes impossibles, e tout démodé depuis longtemps; mais ce qu’on a peine à croire, c’est qu’elles semblent très-fières de porter toutes ces friperies. Et cependant, il faut bien reconnaître que la plupart des majas trouvent le moyen d’être encore jolies sous un pareil accoutrement.
Bientôt la foule devint plus intense; des cris joyeux, des voix de femme, accompagnées de divers instruments, se faisaient entendre au loin; le bruit se rapprocha peu à peu, et nous vimes paraître une longue file de carros traînés par des bœufs aux cornes gigantesques et dont la tête
disparaissait presque entièrement sous des aparejos, houppes, pompons et franges aux couleurs les plus éclatantes, disposés en forme de haute pyramide. Chacun de ces carros était surchargé de jeunes filles en costume de gala, chantant en chœur des couplets de segudillas ou autres chansons nationales. Quelques-unes de leurs camarades les accompagnaient en tirant de leurs guitares tout le son qu'elles pouvaient rendre, tandis que d’autres faisaient claquer leurs castagnettes ou vibrer leurs panderos (tambours de basque), ornés de nœuds de rubans, qu’elles agitaient joyeuse-
ment en l'air, tout en échangeant de temps à autre quelques plaisanteries ou andaluzadas avec le -
public des fenêtres et des balcons.
Nous vimes défiler ainsi plusieurs douzaines de carros, dont chacun ne portait pas moins de quinze ou vingt femmes; de chaque côté de la route marchaient les promeneurs, dont la plupart se consolaient d'aller à pied en grattant une guitare suspendue à leur cou, ou en élevant en l'air d'énormes botas, outres de cuir dont s’échappait, pour retomber dans leur bouche béante, un mmce filet de vin noir. Malgré ces libations répétées, nous n’avions pas encore; vu un seul ivrogne, quand un grand bruit de voix et de rires attira notre attention ; nous aperçümes alors les promeneurs se portant en foule vers un petit âne sur le dos duquel un homme était couché en long : c'était un Gitano ivre mort, que ses camarades ramenaient chez lui; ils n ‘avaient pas trouvé de meilleur moyen que de l’envelopper dans une vieille mante, et de le coucher tout de son long sur un âne, en le fixant au dos de l'animal au moyen de cordes, comme on aurait fait d’un fardeau quelconque. Malheureusement le fardeau, mal assujetti, retombait de temps en temps, et il fallait alors s'arrêter pour l’attacher de nouveau; scènes comiques qui provoquaient des rires sans fin, et toutes sortes de ces ingénieuses plaisanteries dont les Andalous sont si prodigues : nous entendîimes une jeune femme lui appliquer ce proverbe : Debajo de una mala capa hay un buen bebedor : (sous un mauvais manteau il y à un bon buveur).
Les romerias ou pèlerinages de ce jour ne ressemblent guère, il faut bien le dire, à des fêtes religieuses ; les danses, le vin, les plaisirs de toutes sortes font oublier les reliques et les saints; aussi le proverbe conseille-t-il aux jeunes gens de ne pas aller à la romeria pour choisir leur
fiancée :
) Si fueres à buscar novia,
Que no sea en romeria.
Quelques proverbes, bien connus en Espagne, donneront une idée exacte de ce que sont en
général les pèlerinages : ; Romeria de cerca, Mucho vino y poca cera.
« À la romeréa voisine, il se consomme plus de vin que de cire. »
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pus
u ne se sanctife jamais: D:
Quien muchas romerias anda Tarde 6 nunca se ua
Ces fêtes Pile qu’on appelle aussi romerajes, tirent Eu nom " Roue car la capitale | du monde chrétien était autrefois le but des grands pèlerinages, et on s "y rendait de toutes les provinces de la Péninsule. Plus d’une fois elles nous ont fait penser aux fêtes de ce genre qu’on célèbre dans quelques départements du midi de la France, et que les Provençaux appellent également romerages.
Une des plus curieuses fêtes qu’on puisse voir en Andalousie, c’est celle du Rocio : la Un qu'on y vénère porte le nom poétique Vérjen del Rocio, — la Vierge de la Rosée. — Le pèlerinage du Æocio a lieu dans le petit village de ce nom situé non loin de la ville d’Almonte, à une douzaine de lieues de Séville ; il attire une foule considérable et on y vient non-seulement de la capitale de l’Andalousie, mais de Cadiz, de Jerez, de Huels et même des pays portugais voisins de la frontière d'Espagne.
Quand nous arrivâmes au Æocto, les environs du village étaient déjà occupés par une quantité . de pèlerins et par des marchands de chevaux et de bestiaux, qui campaient dans les champs voisins. Rien de curieux comme ces campements en plein air : carros, galeras et autres véhicules du mème genre sont rangés en cercle, de manière à former une enceinte ; c'est au milieu de cette enceinte qu'on fait la cuisine, cuisine fort peu compliquée, car on n’emploie guère d'autre vase qu'une caldera suspendue à chaque véhicule, chaudron de fer qui sert également à fire boire les animaux lorsqu'on rencontre une fontaine, ou une rivière ayant de l’eau. Quant aux lits, ils ne sont pas plus compliqués que les ustensiles de cuisine : on les porte avec soi; la nuit arrivée, chacun se roule dans sa mante et s'endort, avec la terre pour matelas et son coude pour oreiller.
Nous assistâmes dans la matinée au défilé de la procession, où l’on porte solennellement
l'image de la Vérjen del Rocio ; cette ancienne peinture, noircie et enfumée, se voyait au fond d’une espèce de petite chapelle placée sur un carro aux roues énormes, traîné par deux bœufs à l'air débonnaire, la tête et les cornes surchargées de pompons, de franges et de guirlandes. Le petit temple était orné de rideaux de mousseline blanche et de dentelle, entremélés de nœuds et de bouquets de fleurs; plusieurs lanternes accompagnaient l'image vénérée, et des rubans de soie, partant des angles de la chapelle ambulante, venaient s'attacher à la tête des bœufs. En tête du cortége marchait un Andalou en costume national. qui tenait dans la main droite un fifre dont il tirait des sons aigus, et frappait de la main gauche un tambour suspendu à son Cou : Musique naïve qui nous rappela le tambourin et le galoubet, accompagnement obligé des romerages provençaux. Venaient ensuite les #1ajosen costume de gala, tenant à la main une longue vara où bâton à l'extrémité fourchue, et accompagnés de leurs majas aux cheveux ornés de fleurs, parées de leurs robes à volants et de leurs châles en crêpe de chine jaune ou cerise ; les unes jouaient du tambour de basque, d'autres des castagnettes ; de nombreuses guitares, bien entendu, faisaient aussi leur partie dans ce concert, sans parler des chants, des cris de joie des femmes et des enfants. Derrière le char de la madone venait une longue file de carros chargés de jeunes filles, comme ceux que nous avions déjà vus au retour de la feria de Torrijos; puis des »ajos montés sur des pofros andalous à la longue crinière, portant en croupe leurs compagnes.