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la Calle de Genova pour entrer dans la cathédrale par la porte San Miguel; après l'avoir traversée dans toute sa longueur, les processions sortent par la porte opposée, et reviennent à leur point de départ.
Un ami nous avait offert un balcon à l'angle de la Calle de Genova et de la Plaza de la Cons titucion : nous acceptâmes avec empressement, car il n’est pas de meilleure place pour voir les processions religieuses de Séville. Le paso qui était en tête est connu sous le nom de Conversion del Buen Ladron, — la conversion du bon larron : — on y voit le Christ en croix entre les deux larrons, avec des anges portant les instruments de la Passion, etles grandes lanternes qui figurent dans toutes les processions. En tête du cortége marchaient quelques soldats et un officier de cava- | lerie en grand costume et l'épée à la main; ensuite venait l’étendard de la co/radia, porté par un des cofrades ou membres de la confrérie, sur lequel on voyait d’un côté les armes pontificales avec cette inscription: Archicofradia pontificia ; et de l’autre côté, au-dessus des armes d'Espagne : El vey Hermano Mayor ; ee qui signifie que le roi était grand maître de la confrérie ; puis marchaient sur deux rangs un certain nombre de personnages qui jouent un rôle important dans les processions religieuses, et qu'on appelle /os Nazarenos ou les Nazaréens.
Le costume des Vazarenos consiste en une grande caperuza, capuchon pointu d’un demimètre de haut pour le moins, assez semblable à un long cornet ou à un bonnet de nécromancien ; à la hauteur du front, descend de la caperuza un long voile qui couvre le visage et le cou, et dans lequel sont ménagées deux ouvertures pour les yeux ; une tunique, serrée à la taille par une large ceinture, tombe jusqu'aux pieds, et se termine par une très-longue queue. Quand ils sont dans la cathédrale, les Nazarenos laissent traîner la queue de leur tunique ; mais dans la rue ils la tiennent à la main, en ayant soin de la relever de manière à laisser voir des bas blancs soigneusement tirés, et leurs pieds chaussés d’escarpins à boucles d'argent, Au milieu du cortége nous remarquâmes les kermanos mayores, dont la dignité correspond à peu près à celle de grand maître, portant de riches écussons d’argent ornés des emblèmes de la confrérie; puis les muñidores, espèces de maîtres des cérémonies, qui tenaient à la main, comme les anciens hérauts, de longues trompettes d'argent ornées de riches draperies de soie, avec un grand luxe de broderies, de franges et de glands. Derrière les Aermanos mayores venaient des m0zos de cordel, simples commissionnaires, marchant deux par deux, et portant, suspendues à leur cou, de grandes corbeilles pleines de cierges : ce détail, assez singulier au premier abord, ne nous étonna guère, car nous l’avions déjà remarqué dans les processions religieuses du midi de la France. Au milieu de la procession se trouvait le paso de la confrérie, représentant l'entrée de Jésus- Christ à Jérusalem ; au centre de ce paso, qui est un des plus grands de Séville, on voit, au milieu des murs de Jérusalem, une porte crénelée sous laquelle passe le Christ monté sur une ânesse et suivi de ses apôtres, qui portent à la main des palmes d’un travail compliqué. Les nombreux personnages, de grandeur naturelle, sont couverts de vêtements de soie, de drap ou de velours.
Nous avons dit que les pasos étaient placés sur une espèce de table ou de plate-forme d’où DE une draperie qui tombe jusqu’à terre, de manière à cacher les hommes qui sont dessous et qui portent la lourde machine. Comme ceux-ci ne peuvent voir ce qui se passe au dehors, un des membres de la confrérie les avertit, au moyen de deux coups de heurtoir, quand ils doivent faire halte, et ce signal est répété à tous les autres, qui s'arrêtent aussitôt en même temps.
Le lundi et le mardi de la semaine sainte, il n’y a dans Sévillé aucune cérémonie religieuse extérieure. Le mercredi, nous nous rendimes de bonne heure à la cathédrale, où l'on chantait la passion ; quand on arriva aux paroles : e{ velum templi scissum est (et le voile du temple se déchira...) on entendit le bruit d’un voile qui se déchirait en réalité, puis on imita, par les moyens qu'on emploie au théâtre, le tonnerre et les éclairs qui se produisirent au moment où le Christ rendit le dernier soupir. Ce jour-là, les pasos recommencèrent à parcourir les rues de la ville : le premier que nous vimes était celui de La Oracion del Huerto (la Prière dans le jardin des Oliviers). Dans celui de la Présion del Señor, on voitle Christ, la corde au cou, traîné en prison par une troupe de Juifs portant toutes sortes d'armes bizarres; d’autres sont représentés portant des lanternes à la main : une particularité nous frappa, c’est qu'on avait poussé l'exactitude jusqu'à garnir ces lanternes de bougies allumées. Vinrent ensuite une quantité d’autres pasos, qui représentaient le Christ à la colonne, la Flagellation, l'£cce Homo, le Couronnement d’épines, Ponce Pilate se lavant les mains devant le peuple, et d’autres sujets empruntés à la Passion.
Dès que la nuit est arrivée, commence à la cathédrale l'office des ténèbres, — vinieblas, — qui attire une grande partie de la population de Séville; nous ne voulions pas manquer d'entendre le Miserere, qu'on chante après les ténèbres, et dont on nous avait beaucoup vanté l'exécution; la foule était tellement compacte dans l'immense nef, que nous ne parvinmes pas sans difficulté à trouver place : le Miserere, qui ne dura pas moins d'une heure, fut chanté d’une manière trèsremarquable, et les nombreux instrumentistes, choisis parmi les meilleurs musiciens de Séville. nous parurent dignes des chanteurs. Le chapitre de Séville, suivant un usage établi dans la plupart des églises espagnoles, met au concours l’emploi de maestro de capilla, et comme il rétribue trèslargement les maîtres de chapelle, la musique de la cathédrale jouit dans toute l'Espagne d’une réputation méritée.
Les cérémonies du jeudi saint sont encore plus pompeuses que celles des Jours précédents : dans la matinée, le cardinal-archevèque de Séville consacre les saintes huiles : on ne peut se figurer la richesse des vêtements sacerdotaux du clergé, extrèmement nombreux, de la cathédrale de Séville. Nous avions remarqué, parmi les personnages qui assistaient le cardinal-archevêque, six dignitaires chapés et mitrés, que nous primes d’abord pour des évêques; mais le sacristan mayor nous apprit que c’étaient simplement des chanoines du chapitre qui ont, à ce qu'il paraît, le privilége de porter la chape et la mitre. C’est aussi le jeudi saint qu’on porte processionnellement, jusqu'au fameux #”0numento, le saint Sacrement, ou le Santisimo. Le monumento, exécuté vers le milieu du seizième siècle par un artiste italien, est une espèce de temple de dimensions colossales, entièrement construit en bois, et qui se démonte pièce par pièce: cette opération exige beaucoup de temps et un grand nombre de bras : on nous a assuré qu'ilne fallait pas moins de trois semaines pour monter le #20orwnento. C'est dans le #rascoro, c'est-à-dire derrière le chœur, sur l’'emplacement même occupé par le tombeau du fils de Christophe Colomb, qu'on élève le monument : quand il est éclairé, l'effet est vraiment magique ; les cierges, au nombre de près de huit cents, représentent, assure-t-on, environ trois mille trois cents livres de cire.
Le jour solennel du vendredi saint, les pasos sont plus nombreux encore que les jours précédents : le plus curieux de tous est celui qu'on appelle le Santo Entierro : les personnages qui le composent ne sont pas en bois, comme ceux des autres pasos, mais bien en chair et en os. Voici d'abord un personnage, une faux à la main, figurant la Mort, assise sur le monde; à la suite, quelques enfants habillés en anges : l’un représentait saint Michel en costume de guerrier, l'épée à la main ; un autre, l’Ange gardien, e/ Santo Anjel de Guarda, conduisant lAomme par la main : l'homme était un bambin de trois ou quatre ans, qui grelottait dans son maillot, et qui paraissait fort décontenancé au milieu de tous ces personnages allégoriques. Deux autres enfants représentaient saint Gabriel, un lis à la main, et saint Raphaël en costume de pèlerin, portant
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