‹ L'EspagneChapitre 114 sur 287 · LE PA · texte numérisé non relu

LE PA

… voûté, le typ Da ci de ces He ou tondeurs er Andalousie. Gavirro, voyant sa fille si bien re | la At OU I A GENE RER E mais la belle n’en veut pas convenir. « Prends garde, lui dit-il, l'amour est un... (lei le; ano SP OEE adresse à à l'amour une épithète tellement hardie que nous nous dispenserons de la reproduire. }Ne AS "#aA dé, t'expose pas à te couvrir de honte, comme ta mère, et souviens-toi que la pauvre femme est morte R entreles mains du buchi (bourreau).» — Cette plaisanterie eut un très-grand succès et fut vivement SR SES applaudie par une partie des spectateurs de la cazuela. ge ( Le vieux gitano n’est pas plutôt sorti qu'on entend une chanson dans la coulisse : la voix se rapproche, et Perico paraît : « Ole salero ! s'écrie-t-il avec un accent andalou des plus prononcés dès qu'il aperçoit la Pepiya; ta beauté me fait mourir ; mais rien qu’en apercevant un petit bout de ta jarretière, je reviendrais à la vie !

— M'aimes-tu vraiment autant que tu le dis, Perico ? — Moi! je me ferais sauter un œil pour te voir reine de Castille ! Pour te défendre, je me battrais comme un ours ! Veux-tu être reine ? dis une seule parole, et je mets en déroute tous les peuples, depuis les Russes jusqu'aux Français ! Si tu veux des écharpes et des mantilles de soie, tu n'as qu’à ouvrir la bouche; et il ne m'en coûtera pas davantage de t’amener ici quinze frégates toutes chargées ! Quand je vois ta petite bouche, qui ressemble à un morceau du ciel, il me vient un tremblement jusqu'au bout des pattes !

— Je commence à croire, Perico, que tu m'aimes un peu... — Je t'aime autant que mon âne, et même encore davantage !» Perico sort, et bientôt on voit entrer Asaura, son rival, qui fond en larmes ; il y a bien de quoi : il vient de lui arriver un des plus grands malheurs qui puissent frapper un gitano : on lui a volé son âne! — « Enfant de mes entrailles, qu’es-tu devenu ? Un. âne de si belle race, aussi blond qu'un Anglais, et plus fort que le cheval de Santiago (saint Jacques) ! Que le voleur soit changé en lézard, et qu'un scorpion le dévore par petites bouchées! » Asaura finit par demander des consolations à Pepiya, et fait le geste de l’embrasser, mais celle-ci lui répond par un soufflet vigoureusement appliqué. — « Mosito! Je suis trop belle pour toi! Tu ne sais donc pas que l’autre jour, ayant laissé tomber ma jarretière, un rosier tout garmi de roses poussa subitement à la même place! Ce n’est pas pour toi que je me peigne, non; c’est pour Perico.

— Perico ! Je veux lui arracher le cœur avec la pointe de ma navaja! — Eh bien! je vais le remplacer : tu n’as qu’à faire ta prière. » Elle roule sa mante autour de son bras, et tire sa navaja ; Perico entre: «A nous deux ! dit le fiancé à son rival : je vais faire avec tes tripes une arroba (vingt-cinq livres) de boudin !

— Laisse-le vivre, Perico, dit la jeune fille, ne te tache pas avec le sang de cet affreux singe.

— Pepiya, laisse-nous seuls : je veux ouvrir en deux cette vilaine autruche. — Allons, s’écrie Asaura, elle est partie ; fais ta confession, car tu vas danser le zapateado ! — Tire donc le fer, petit serin, tu vas recevoir plus de puñalas (coups de poignard) qu'il n'y a de saints dans le calendrier. — Ne saute pas tant, et mets-toi en garde.

— C'est aujourd’hui que le monde va finir, car un de nous deux doit rester sur le carreau. » Les deux combattants s’apostrophent ainsi pendant quelques minutes, à la façon des héros d’ Hnère ; le combat n’a pas plutôt commencé que Perico se dit à part lui qu'il est fort malsain

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= «Mon Perico, mon qu, tu es vengé, » Jéetale en le voyant étendu, ak ses

7 is gitana jette au loin son poignard, s’agenouille devant son fiancé pour lui dire adieu une der- 7 : nière fois, et tombe évanouie entre les deux combattants. Gavirro arrive à ce moment, poussant

un âne devant lui; on devine que c’est l'âne volé à Asaura : le vieux gitano jette un cri en

voyant trois corps à terre; mais il ne tarde pas à se remettre, et s’empresse d'aller fouiller

les poches des deux rivaux ; il pousse un juron épouvantable en les trouvant vides, et se promet, en disant adieu à sa fille étendue sans vie, de se consoler avec l'âne qu'il vient de voler.

Tout à coup on entend l'animal braire avec force : Asaura se lève en reconnaissant la voix de son âne bien-aimé, et se jette à son cou, comme Sancho quand il retrouve son grison. Perico et Pepiya ressuscitent à leur tour; ils se donnent la main, et le vieux gitano les unit en leur donnant sa bénédiction.

Ces scènes populaires perdent beaucoup à être racontées. Les acteurs y mettaient tant de naturel qu’on les aurait pris pour de vrais gitanos ; par leur jeu plein d’entrain, ils nous rappelèrent tout à fait Pasquale Altavilla, l’auteur-acteur napolitain, et Antonio Petito, le célèbre Puleinella du petit théâtre de San Carlino, deux grands artistes populaires.

Dans le sainete que nous venons d’esquisser, les gitanos, on a pu le voir, sont assez malmenés; quelquefois, c’est le tour des »ajos andalous : leur jactance, leurs forfanteries et leurs exagérations en font ordinairement les frais : le sainete intitulé Paco Mandria y Sacabuches, que nous vimes Jouer quelque temps après, nous parut un vrai modèle du genre. Ces deux noms propres'de fantaisie, empruntés au dialecte andalou, peignent à merveille des fanfarons

toujours prêts à se pourfendre. Paco Mandria, comme il nous le dit lui-même, est un composé de

courage et de tendresse.

Yo he nacio pa queré, Y à luego pa peleà !

« Je suis né pour aimer, et ensuite pour combattre ! »

Naturellement Sacabuches est son rival ; ils font assaut de forfanterie et de mensonges : c’est à qui parviendra à effrayer l’autre. — « Soy un mozo muy cruo! — Je suis un gars très-cru ! » s’écrie le premier : en Andalousie on appelle un gers cru celui qui est plein de courage et d’énergie; et un gars cuit, — m0z0 cocido, — un poltron, une poule mouillée.

«Tais-toi ! rien qu’en éternuant, j'envoie vingt hommes à l'hôpital !

— Rebut des gitanos, va-t'en d'ici, ou d'un soufflet ; Je t’enlève toutes Les dents!

— Mozo cocido ! Quand je me mets en colère, Dieu lui-même commence à trembler, et en x poussant du bout du doigt, je renverserais une cathédrale.

— Mentiroso fanfarron, si je dédouble ma taja (c'est un des noms que les Andalous donnent au couteau), je vais te peindre plus de puñalas sur la figure que ta grand’mère n’a de cheveux blanes !

— Chiquiyo! (gamin) tu ne sais done pas que l'Espagne et la France ont retenti du bruit de mes exploits ?

— Et moi, n'ai-je pas abattu trente-deux carabincros d’un seul coup de mon re (tromblon) ? |

Après ras ns +émps ne ve sut sorte les deux mA sen | navajaavec accompagnement de gestes terribles, et, au lieu de fondre l'un sur l’au tranquillement, l’un prenant la gauche, et l’autre la droite.

la navaja dans la main droite et la veste roulée autour du bras gauche, s'amuse à provoquer les passants à la sortie d’une course de taureaux. — « Aqui hay un mozo para otro mozo ! — Voici

un gars qui en attend un autre !» Un grand gaillard s’avance ; vous croyez peut-être qu'il accepte

le défi ; pas si bête : il s'approche du provocateur, et prend son bras en s'écriant : « Agui hay dos mozos, ete. — Voici deux gars qui en attendent deux autres. » Arrive un troisième #40 qui répète la phrase, puis un quatrième ; et ainsi de suite, sans que les redoutables majos, qui finissent par former une bande assez nombreuse, parviennent à trouver des adversaires.

Les Andalous, du reste, conviennent de leurs petits défauts avec beaucoup de bonhomie,

témoin cette décima ou dizain populaire :

Al Andaluz retador

Y escesivo en ponderar,

No se le puede negar

Que es gente de buen humor :

Viven sin pena y dolor, Galantean à sus madres, Jamäs le faltan azares,

Y en sus desafios todos

Se dicen dos mil apodos,

Y luego quedan compadres.

« Bien que les Andalous soient querelleurs et excessifs dans leurs exagérations, on ne peut leur refuser d'être des gens de bonne humeur ; ils vivent sans chagrin, sans souci, et ils courtiseraient jusqu'à leur grand mère ; les aventures ne leur font jamais défaut, et dans leurs fréquents défis ils se disent mille injures, mais finissent toujours par se quitter bons amis. »

Nous eùmes encore l’occasion de voir quelques sainetes où les étrangers, — les estranjis, — comme les appellent par dérision les Espagnols, sont plus ou moins agréablement tournés en ridicule. L'Espagne n’est pas inhospitalière, assurément ; mais il y a parfois chez le peuple un vague sentiment de méfiance, qui n’est peut-être que l’exagération d’une grande qualité : l'amour de l'indépendance. Les estranjis dont il est le plus souvent question sont naturellement les Français; les Anglais viennent ensuite. Les Espagnols nous donnent tantôt le surnom de Franchutes, tantôt celui de Gavachos : le premier s'explique de lui-même; le second vient du mot Gave, appliqué d’abord aux habitants d'une partie des Pyrénées françaises, et plus tard par extension à tous les Français. Au dix-septième siècle du reste, nous rendions bien aux Espagnols les surnoms qu'ils nous donnaient : d’après Tallemant des Réaux, nous les appelions marranes, du mot espagnol #arrano, qui s'applique au plus immonde des animaux.

Dans le suinete intitulé Geroma la Castañera, le héros est un Français qui s’est épris d’une

Jeune marchande de châtaignes ; notre compatriote parle tout le long de la pièce le langage Von.

nègre, en employant l'infinitif, comme dans la langue sabér des mamamouchis de Molière. Geroma et son 7470, qui à nom Manolo, malmènent à qui mieux mieux le Franchute, qui prononce maco au lieu de m4aj0, navaca au lieu de navaja, comme le font, du reste, les Catalans ; puis ils l’appellent canario (serin), perro (chien), ete., aux grands applaudissements du public. Toutes les langues étrangères sont un #in-flan, c'est-à-dire un jargon, pour quelques gens du peuple : quand Dieu permettra-t-il, disait l’un d'eux, que ces démons de gabachos parlent comme des chrétiens? — Cuando querrd Dios que esos demonios de gabachos hablen como cristianos ?

Dans un autre sainete, dont les fanfaronnades andalouses font lool fe frais, un majo, st -

: AAA: | SOUV an JUe6 Odal]

Ps v h: Miran er pais aun ; | , Mas entiendan los muy perros

Que pä andar por esta tierra Basta el fucgo que se encierra En el pecho é un Andalu !

1 0 «On raconte à Paris que nous sommes présomptueux, que nous sommes arriérés, parce que nous n'avons encore que peu de chemins de fer. Mais qu'ils comprennent donc, ces triples chiens, que, pour "NT sur cette terre, il suffit du feu que renferme la poitrine d’un Andalou ! »

Citons encore un autre couplet, qui à probablement la prétention de répondre au fameux mot d'Alexandre Dumas : « L'Afrique commence de l’autre côté des Pyrénées : : "1260

Desde allende el Pirineo Los estranjis muy ufanos

Nos apodan de Africanos

Porque vamos al toril;

Y si alguna vez ocupan x El tendido de la plaza, Con un palmo de bocaza Van graznando : Oh ! qué plaisir !!

« De l’autre côté des Pyrénées, les estranjis, gonflés d’orgueil, nous donnent le surnom d’Africains parce que nous allons aux taureaux; mais si par hasard ils vont s'asseoir sur les gradins du cirque, ils ouvrent une large bouche et se mettent à braire : Oh ! quel plaisir ! »

Les Espagnols paraissent très-fiers d’avoir le privilége exclusif des combats de taureaux : voici la réponse d’un Andalou à un Anglais qui a la prétention de les acclimater dans son Pays :

Si in Inglés viste una tarde

De torero, y se va al bicho

Con mas valor que un gigante,

Con mas piernas que un perdiguero,

Y mas talento que Cüchares

En diciendo : « Yes, good morning ! »

O algun otro disparate,

0 el toro se echa à reir... à 0 en un Santi-Amen lo abre !

« Si un Anglais s'avise un beau soir de se déguiser en torero, et qu'il aille au-devant du taureau avec plus de courage qu'un géant, plus de légèreté qu'un chien de chasse et plus de talent que Cucharès, en disant : « Yes, good morning ! » ou quelque autre sottise; ou le taureau se mettra à rire, ou bien, en moins de temps qu'il n’en faut pour dire amen, il l'ouvrira en deux ! »

I faut dire que depuis quelque temps les étrangers sont moins malmenés sur le théâtre espagnol; il s’est même produit dans la «presse une réaction contre des tendances agressives inspirées par un faux sentiment de nationalité : et voici en quels termes un journaliste protesta, dans une feuille madrilène, contre un sainete dont nous venons de parler: «Nous avons peu de chose à dire au sujet de Geroma la Castañera, te sainete si connu ; seulement nous tenons à exprimer notre opinion sur quelques productions de ce genre, dont le sujet et l'intérêt se basent sur de sauvages diatribes contre les étrangers. Si ces pièces ont trouvé des théâtres où on ait bien voulu les représenter, ce n'était pas une raison pour que certaines personnes fissent montre, à cette occasion, de nationalité mal entendue ; car nous ne devons pas être flattés de sv voir chez nous les Espagnols représentés comme des Cafres, poursuivant à coups de navaja tous ‘

pugnante rer

Quitions 1 1 théâtre aus De rue ; nous F” Fa quelques Dee assez curieux, à commen cer par les barateros, que nous avons déjà eu l'occasion de voir à Malaga. LR

: de V

Les barateros de Séville sont, après ceux de Malaga, les plus dangereux de toute l’Andalousie, et ils exercent leur hideux métier de la même manière dans un faubourg écarté, comme celui de la Matarena. Des gens sans aveu, des vagabonds, Lo/gazanes, tunantes, sont groupés en cercle au pied d’un mur ou à l'ombre d’un arbre; parmi eux on remarque un nègre, un esquilador ou tondeur de mules, des rateros, — ces ne pockets de l’Andalousie, — un presidiario (forçat) libéré. Quelquefois une ou deux femmes, à l’aspect peu séduisant, font partie de l'assemblée, et attendent quelques cuartos, leur part du gain. Tous ces gens-là sont assis en rond autouf d’une mante crasseuse qui leur sert de tapis, et sur laquelle sont étalés des pièces de cuivre

et un vieux Jeu de cartes, où l’on distingue à peine les épées, les bâtons, les deniers et les

coupes, qui remplacent les piques, les trèfles, les cœurs et les carreaux de nos cartes. Ils jouent au cané, ce jeu si en vogue parmi les gens de mauvaise vie, — /a gente de mal vivir : le baratero n’est pas loin : il va bientôt exiger son tribut. Les joueurs se regardent et paraissent se consulter : après un moment de silence, un d’eux demande au baratero combien il lui faut.

«Dos beas (deux piécettes), répond celui-ci en argot.

— Camard, c'est beaucoup !

— C’est trop? je vais en exiger une de plus. »

Il faut bien qu'on s'exécute de bonne grâce ; le baratero empoche les deux piécettes, après quoi il ferme sa navaja, la remet dans sa ceinture, allume un puro, s'embosse de nouveau dans sa mante, et va se mettre en quête d’autres victimes à dépouiller. Mais laissons de côté ces hôtes des prisons pour nous occuper d’un type beaucoup plus gai et tout à fait sévillan, le Garbero.

Beaumarchais ne pouvait mieux placer qu'à Séville le sujet de son immortel Barbier ;

l'original de son Figaro existait sans doute de son temps dans la capitale de l’Andalousie, et il est probable qu'aujourd'hui encore on l'y retrouverait sans trop chercher. Les Oarberias sont très-nombreuses à Séville ; on les distingue facilement à leurs portes ordinairement peintes en vert clair ou en bleu, et ornées de bandes jaunes; un autre signe caractéristique, c’est une toute petite persienne verte, haute de un ou deux pieds au plus, invariablement fixée sur la devanture de la üarberia. Il est bien entendu que tous ces accessoires n’excluent pas l'mévitable vaca, ou plat à barbe de fer-blanc ou de cuivre jaune, qui se balance au-dessus de la porte, et fait penser au fameux armet de Mambrin illustré par Cervantès. Une de ces têtes à perruque comme on n’en voit plus que dans nos petites villes de province, quelques flacons maculés par les mouches, et où rancissent les produits que les parfumeurs français fabriquent pour l’exportation; voilà ce qui se voit ordinairement derrière les vitres d’une barberia : on peut encore yajouter quelques bocaux contenant des sangsues d'Estramadure, sangurjuelas estremeñas, car le barbier espagnol a le monopole à peu près exclusif de ce commerce. Ceux qui préfèrent la saignée aux sangsues peuvent aussi s'adresser au barbier, car il est également sangrador ; c’est sans doute parce qu'il pratique cette opération quasi chirurgicale qu’il s'intitule quelquefois pompeusement sur son enseigne pro/esor aprobado de cirugia, — professeur approuvé de chirurgie.

; ; la boutique d uit chaises ji canapé de de et ] is ; £ ont garnis de abs Et | à Det “a aan ou de Triana, e

une suite de Corridas de toros dibujadas por Gustavo Doré, avec la légende en francais et en espagnol. Il ne faut pas oublier une guitare accrochée au mur, car le barbier sévillan est presque toujours un gutarrero distingué ; seulement, au lieu du brillant costume de Figaro, il est tout simplement vêtu d’un pantalon, te veste et d’un gilet. 4

Comme dans tous les pays, les nouvelles se débitent dans les barberias : le barbier connaît tous les secrets, tous les cancans du quartier ; mais s’il a la langue déliée, on ne l'épargne guère :

«Va-l'en, fou de barbier, dit une jeune fille dans la chanson populaire ; ma mère ne veut pas de toi, ni moi non plus. »

Anda vete, anda vete, Barbero loco ; Que mi madre no quiere, Ni yo tampoco.

Un autre couplet conseille aux jeunes filles de ne JA épouser un barbier, qui se couche sans souper et se lève sans argent :

No te enamores, mi nina, De maestro de barbero, Que se acuestan sin cenar Y amane£en sin dinero.

Les Oarberos des faubourgs, qu'on appelle aussi des barberillos, — des diminutifs de barbiers. — travaillent presque toujours en plein air, et sont beaucoup plus pittoresques, car ils n'ont pas encore abandonné le costume andalou. Comme les barbieri de Rome qui rasent dans les faubourgs les contadini de la Comarca, ils ont la rue pour boutique, et pour toit le ciel bleu ; leur mobilier se compose d’une chaise de paille, sur laquelle viennent s'asseoir les aguadores et les mozos de cordel, qui composent le gros de la clientèle ; quant à l'outillage, il est des plus simples : une vacia de fer-blanc, un esca//ador placé sur un fourneau de terre, et qu'on va remplir à la fontaine voisine, un morceau de Jabon, deux ou trois rasoirs, et. quelques noix de différentes grosseurs. On ne voit pas bien, au premier abord, à quoi peut servir cet accessoire ; rien de plus simple cependant : quand un Galego ou un Asturiano vient livrer son menton au barbier, celui-ci introduit dans la bouche du patient une noix, au moyen de laquelle chacune des deux joues se gonfle alternalivement, et une main agile fait glisser la mousse sur la partie saillante, qui se trouve bientôt en contact avec le tranchant de la #avaja. Qu'on ne croie pas que nous exagérions le moins du monde en décrivant ce procédé aussi ingénieux qu'original : c’est du pur réalisme, et les barytons qui remplissent aux {aliens le rôle de Figaro pourraient, avec quelque succès, ajouter ce détail dans la scène où ils inondent de mousse les joues de Bartolo.

Le barrio de Triana, qui forme une partie assez importante de la capitale de l’Andalousie, s'étend sur la rive droite du Guadalquivir, et communique avec la ville au moyen d'un pont de fer

de quelques fogphies ia ee des scènes du Judio errante d'Eugène Sue ; ou même, comme nous eûmes un jour l’occasion de le constater,

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+ les braves au cœur ardent: LAN eu A RE pe Hay en Sevilla un Triana hé ACTA MAS e Donde nacen à montones tint PE. Ge.

Los bizarros valentones k | ? 1 Con ardiente corazon. 4 0 L'aspect général du barrio de Triana est misérable, même dans la rue principale, la Calle de

Castilla ; les monuments y sont rares : le seul qui mérite d'être cité est la petite église de Santa Ana, bâtie au temps d’Alonzo e/ Sabio, et qui possède de meilleurs tableaux que les autres églises de Séville, la cathédrale exceptée. Santa Ana renferme en outre un curieux tombeau en faïence peinte, que nous recommandons aux amateurs de céramique: il est daté de l’année 1503, et porte la signature de Niculoso Francisco, cet artiste pisan dont nous avons signalé les travaux dans la chapelle des Rois Catholiques à l’Alcazar, et sur la façade du couvent de Santa Paula.

Dès l’époque romaine, les poteries de Triana étaient renommées : les deux patronnes de | Séville, santa Justina et santa Rufina, vierges et martyres, qui moururent vers la fin du troisième siècle, étaient, suivant la tradition, filles d’un potier de Triana ; elles sont très-révérées à Séville, etle peuple les regarde comme les protectricés de la Giralda. D'après la légende populaire, elles lirent cesser subitement un orage qui, en 1304, menaçait de renverser la fameuse tour arabe 2. ai plusieurs anciennes peintures, parmi lesquelles nous citerons un tableau de Murillo et un des vitraux de la cathédrale, les représentent portant la Giralda dans leurs mains. are

Les faïences de Triana ne sont aujourd’hui que l'ombre de ce qu’elles étaient autrefois; du temps des Arabes, on y fabriquait ces beaux azulejos dont on voit encore des spécimens incrustés dans les murs de quelques églises de Séville. Au seizième siècle, ce faubourg contenait près de cinquante fabriques où se faisaient de très-belles faïences, notamment celles à reflets métalliques dont nous avons signalé de si beaux échantillons dans la Casa de Pilatos et sur la facade de l'église de Santa Paula.

Les Gitanos de Triana forment une population à part; la plupart d’entre eux sont fort misérables, et n’exercent que des métiers assez bas : les uns font le trafic ou le courtage des chevaux, d’autres sont tondeurs de mules ; quelques-uns sont toreros. Contrairement à ce qu'on voit à Grenade et à Murcie, il est rare que ceux de Séville soient maréchaux ferrants. Quant aux femmes, elles sont cigarreras, danseuses, diseuses de bonne aventure, et vendent, dans les foires et au coin des rues, des morcillas de sangre (boudins), des beignets frits dans l'huile et des châtaignes; un certain nombre d’entre elles achètent des marchandises de peu de valeur, telles que des objets de mercerie ou des étoffes communes, et vont les colporter dans les maisons particulières, où on leur donne en échange des chiffons. Pour arriver à faire les échanges, qu'on appelle à Séville cachrulos, elles savent se faufiler avec adresse ; mais il arrive parfois qu'on les éconduit assez brutalement. Quelques-unes encore, auxquelles on donne le nom de dteras. vendent des marchandises qui leur sont payées tant par semaine ou par mois.

Nous avons donné, en parlant des sainetes, un échantillon de la manière dont les Gitanos sont traités au théâtre. Dans les chansons populaires qui se vendent au coin des rues, on ne les épargne pas davantage : nous ne citerons que le Pasillo divertido entre Mazapan y Chicharron, c'est-à-dire le dialogue amusant entre Mazapan (massepain) et Chicharron (grosse cigale), à l’occa-

sion d'un enterrement de Gitanos, — un duelo de Gitanos. I faut dire qu'ils ont, lorsqu'un des D 46 +

leurs vient de mourir, des coutumes

< rain. M et il rome par a estament du Û iterrà fin de pouvoir sucer les sarments. ant M 4

1e M PCT A7 f ’ * Verve:

Un Gitano se murié,

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Sinousen croyons un autre couplet, les Gitanos seraient aussi enclins au vo qu’à l’ivrognerie. is s agit d'un des leurs qui vient d’ê tre arrêté : « Gitano, pourquoi te mène-t-on en prison ? — Monsieur, pour rien du tout : parce que J'ai “ pris une corde. avec quatre paires de mules au bout. » | | ?

Gitano, ; por qué vas preso ?

— Señor, por cosa ninguna :

Porque he robado una soga.

Con cuatro pares de mulas.

Ce quatrain nous remet en mémoire une anecdote bien connue en Andalousie : Un Gitano qui, par extraordinaire, était à confesse, dit au padre cura : — « Mon he Je m'accuse d’avoir volé une corde. | |

— Vülgame Dios! (Dieu me pardonne!) comment n'as-tu pas résisté à la tentation? Tu sais que le vol est un péché mortel; enfin la chose, heureusement, pourrait être plus grave.

— Mais, mon père, il faut vous dire qu’à la suite de la corde se trouvait le harnais.

| — Ah! Est-ce tout?

— Après le harnais, se trouvait le bât.

— Comment, le bât aussi ? | PL — Oui, mon père, le bât aussi; et sous le bât se trouvait une mule. — Esa es mas negra ! Elle est trop noire ! reprit le confesseur. (Ouvrons ici une parenthèse pour dire que cette exelamation correspond exactement à la nôtre : E£le est trop forte! e — Non, mon père, reprit le Gitano, qui croyait qu'il s'agissait de l'animal volé ; elle était bien moins noire que les mules qui suivaient la première. »

Encore une autre histoire d'un Gitano allant à confesse : Tout.en passant en revue quelquesuns de ses péchés, il aperçut, dans la large manche du confesseur, une tabatière d'argent, qu'il escamota avec dextérité., — « Je m'accuse, mon père, dit-il ensuite, d’avoir volé une tabatière d'argent.

— Eh bien! mon fils, il faut la rendre.

— Mon père, si vous la voulez?

— Moi! que veux-tu que j'en fasse? reprit le confesseur. — C'est que, VOYEZ-VOUS, poursuivit le Gitano, j'ai offert au propriétaire de la lui rendre, et il l'a refusée.

— Alors c'est différent, répondit le euré ; tu peux la garder, elle est bien à toi. » Une des principales rues du faubourg de Triana, qu'on appelle /« calle de la Cava, ou simple-

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