LA MALAGUENA DEL TORERO (DANSE ANDALOUSE
des épées est abandonnée depuis bien longtemps, mais le souvenir en est toujours populure, Cal, lorsqu'on veut parler d’une querelle de famille, on dit encore aujourd'hui : c'est une danza de Espadas !
Les Arabes et les Mores d'Espagne eurent aussi leurs danses, les Zambras et les Leylas. On attribue généralement une origine moresque aux Cañas, chansons populaires espagnoles destinées
à accompagner la danse, et qui sont considérées comme la première souche des poéstes de ce
pas de Fr: dit n Ne où l'on n jt dans les LES nuits s d'été, Fa paysans ou les serranos répéter des airs d’origine moresque, tels que les ARondeñas ou les Malagueñus. Ces deux noms s'appliquent également à des danses nationales : la plus connue et la plus caractéristique est la Malaqueña del Torero. Pendant notre séjour à Malaga, nous eûmes plusieurs fois l'occasion de voir la Malaqueña del Torero merveilleusement exécutée, et Doré fit un charmant croquis de cette danse, qui réunit toute la grâce et tout le brio des bolerus andalouses.
C'est sous le règne de Philippe IV que des danses d’un genre particulier, les danzas habladas,
- arrivèrent à l'apogée de leur vogue : les danses parlées. dans lesquelles figuraient des personnages allégoriques ou mythologiques, étaient déjà en usage du temps de Cervantès : « On exécuta, dit-il, une danse composée, de celles qu’on appelle Aabladas. C'était une troupe de huit nymphes, placées sur deux rangs ; l'un de ces rangs était conduit par le dieu Cupidon, l'autre par l’Intérét : celui-là paré de ses lé de son arc et de son carquois; l’autre, couvert de riches habits d’or et de soie. Ensuite venaient les nymphes, qui représentaient la Poésie, la Discrétion, la Bonne famille, Va Vaillance, la Libéralité, le Trésor, la Largesse, la Possession pacifique, ete. Chacun de ces personnages allégoriques défilait à son tour, et, après avoir dansé son pas, récitait quelques vers. » À la cour de Philippe IV, on représenta ces danzas habladas avec un luxe extraordinaire de costumes et de décors, et plus d'une fois des personnes de la famille royale daignèrent y Jouer un rôle actif.
Peu à peu les danses nationales disparurent du théâtre. Au commencement du siècle dernier, la Sarabande et la Chaconne étaient complétement abandonnées, ainsi que les autres danses du même genre. À cette époque apparurent de nouveaux pas qu’on peut considérer comme le type des danses actuelles, les seguidillas, le fandango et le bolero. C’est vers les premières années du siècle dernier que les seguidillas furent dansées pour la première fois dans la Manche; ausst donne-t-on encore le plus souvent à cette danse le nom de seguidillus manchegus. Les seguidilles ne diffèrent que peu du bodero : ce sont les mêmes pasadas (figures), estrébillos (refrains), et den parados (temps d'arrêt). La principale différence entre ces deux danses consiste en ce que la première e$t d’un mouvement plus vif que le bolero. Ce mot, qu’on écrit aussi quelquefois volero, vient, dit-on, de ce que le pas exige tant de légèreté que les danseuses semblent voler; aujourd'hui, on appelle également 4o/eros et boleras les danseurs et danseuses de profession qui paraissent sur les théâtres.
N'oublions pas le fandango, si célèbre entre toutes les anciennes danses espagnoles. «Quel est le pays barbare, dit le poëte Témas de Yriarte, dont les habitants ne s’animent en entendant les airs de leurs danses nationales ! L'air le plus populaire chez le peuple espagnol, cet air à trois temps, accompagne une danse dont les mouvements pleins de goût et de fantaisie étonnent les maîtres les plus habiles : c’est le gracieux fundango, qui enchante par sa gaieté nos compatriotes aussi bien que les étrangers, et qui ravit également les vieillards les plus sévères. » Un autre auteur décrit la même danse, «bien digne d'être exécutée à Paphos ou à Gnide, dans le temple de Vénus. » — «L'air national du fandango, comme une étincelle électrique, frappe, anime {ous les cœurs : femmes, filles, jeunes gens, vieillards, tout paraît ressuseiter, tous ré-
pètent cet air si puissant sur les oreilles et l'âme d’un Espagnol. Les danseurs s'élancent dans
la carrière ; les uns armés de castagnettes, les autres faisant claquer leurs doigts pour en imiter
BE à É > NL je 5 et QUE em Doursu ur; mais ‘tout. à sp An: ss cesse, et l'art du danseur est de rester immobile : «
LR l'orchestre recommence, le fandango renaît aussi. Enfin la guitare, les violons, les coups de th (taconeos), Je cliquetis des castagnettes et des doigts, les mouvements souples et voluptueux des
danseurs, remplissent l'assemblée du délire de la joie et du plaisir. » Il n’y avait pas autrefois une province d'Espagne où le f«ndango ne fût parfaitement connu ; nulle part il n’était plus en
vogue que dans la Manche et dans les provinces andalouses. Aconl hui encore, il n’y a pas de
fête populaire qui ne soit égayée par des fronfrons de guitares, des coplas de bolero et des danses nationales ; seulement ces danses ont changé de nom en se transformant. Nous allons les voir à Séville, la terre classique des boleros et des boleras.
[n'est guère d'étrangers qui séjournent dans la capitale de l'Andalousie sans avoir le désir de connaître ces danses tant vantées. Au théâtre, la soirée se termine quelquefois par le aile nacional, ballet qui donne du piquant à la représentation, et vaut souvent mieux que la comédie ou le drame ; aussi disait-on autrefois que la danse était /a sauce de la comédie, — la salsa de la comedia. Mais à côté des danses théâtrales il y a les danses populaires, celles qu’on voit les Jours de fête ou de pèlerinage, dans les tavernes de la ville ou des faubourgs, et enfin les bals qu'on donne de temps en temps dans certains établissements qui prennent le titre d'académies ou écoles de danse, et dont les directeurs ne manquent pas d'envoyer le programme dans les hôtels ou dans les casas de huëspedes. Un matin, on nous remit une superbe affiche imprimée sur papier rose : c'était l'annonce d’un bal donné par don Luis Botella, le directeur d’une academia de baie. Cette annonce, rédigée partie en français douteux, partie en espagnol, contenait les promesses les plus séduisantes. Elle nous promettait tous les « Grandes y sobresalientes bailes del pais » ,notamment les barles de palillos (à castagnettes) qui suivent : Seguidillas, bolero, manchegas, mollares,
boleras de aleo, la jäcara, ole, polo del contrabandista, ole de la curra, jaleo de Jerez, malagueñas .
del torero, boleras robadas, jota, vito, gallegada y los panaderos acompañadas à la quitarra. Alléchés par une annonce aussi pleine de couleur locale, nous primes, à l'heure dite, le chemin de l’academia de baile. Après avoir suivi la calle de las Sierpes, nous entrâmes dans la calle de Tarifa; la première maison à droite était précisément le siége de l'académie de danse. Nous gravimes les marches d'un escalier roide*et étroit, à peine éclairé par la lumière douteuse d’un candil de fer accroché au mur, et nous arrivâmes au second étage, où était situé le fameux Salon del recreo. Le salon en question, pompeusement décoré par le propriétaire du nom d’académie, n’était en réalité qu’une grande pièce dont la décoration et le mobilier étaient d’une simplicité digne des premiers âges. Quatre grands canapés garnis de paille, disposés sur les côtés de la salle, et quelques chaises du même genre, dont un certain nombre étaient réservées pour les boleras, composaient tout le mobilier du salon ; les fenêtres étaient modestement garnies de rideaux de calicot blanc à bordure rouge et jaune, et sur les murs, blanchis au lait de chaux, étaient accrochés quelques cadres de sapin verni renfermant différents su jets relatifs aux danses andalouses. Nous eùmes le temps d'admirer, avant l’arrivée des boleras, plusieurs de ces lithographies rehaussées des couleurs les plus éclatantes représentant le Po/o del contrabandista, la Malagueña del Torero et autres pas fameux, chefs-d’œuvre fabriqués par la maison Mitjana de Malaga pour l'ornement des boîtes de raisins secs. La galerie se composait encore de quelques