‹ L'EspagneChapitre 121 sur 287 · UNE ACADEMIA DE BAILE · texte numérisé non relu

UNE ACADEMIA DE BAILE

portraits de danseuses illustres, comme /a Perla, Aurora la Cujiñi, la Nena, et autres bailadoras dont le nom est resté célèbre dans les annales de la chorégraphie espagnole. Mais le morceau capital, c'était un dessin d’un artiste indigène, retraçant avec une vérité naïve Pimage du directeur de l'académie en grand costume de 4o/ero dans la plus triomphante attitude du aleo de Jerez. Pendant que nous causions avec le maître de la maison, le salon se garnissait peu à peu ; nous

UNE BOLERA ANDALOUSE ET SA MÈRE (page 380).

vimes arriver successivement des amateurs du pays, portant, pour la plupart, le pantalon de tricot noir où marron et le marsille ou veste courte; c'étaient presque tous des artisans, car les personnes de la classe élevée daignent rarement assister aux bailes de palillos, c'est-à-dire aux bals à castagnettes. Vinrent ensuite les étrangers de diverses nations, Anglais, Français et Russes, accompagnés de quelques dames que la curiosité avait poussées jusque-là ; puis un ego où aveugle conduit par un gamin d'une douzaine d'années, et portant un violon à la main : ce éego com-

IT

AN et vètues du atout costume que chacun contate “elles Étant 00 pts à vie COR. ti AAA | femmes coiffées de mantilles noires, portant des effets de rechange ; mais, quelques instants plus Ta de #3 tard, nous vimes entrer un nouveau couple, qui apparemment ne voulait pas se mêler aux autres : Re c'était une jeune bo/era dont un tartan couvrait les épaules et la jupe empesée, accompagnée Een : d'une grosse femme très-brune, dont la figure rouge et velue était surchargée de loupes et de 24 végétations de toutes sortes : c'était la mère, sans doute. « Voilà, dimes-nous à à Doré, la plus

belle duègne que tu auras de ta vie l’occasion de dessiner ; » et, un instant après, la Do/era et sa mère s’ajoutaient aux nombreux dessins de son album. |

— Dejad paso à las bailadoras! (faites place aux danseuses), s'écria d’un ton d'autorité le maestro del baile. — Le corps de ballet, fendant majestueusement la foule, traversa le salon dans toute sa longueur, et fit halte à l'extrémité, où quelques poignées de main furent échangées avec des aficionados, familiarité réservée aux habitués. Cependant le directeur allait et venait avec une grande activité, pour faire placer son publie, ayant bien soin de réserver les meilleures chaises à ceux des étrangers qui, ayant payé leur dwro en entrant, lui paraissaient des personaes de campanillas, — des personnages à grelots, — comme on dit en Andalousie, pour désigner les gros bonuets. Un certain nombre de Russes et d’/nglis-Manglis, — c'est ainsi que nous entendimes appeler les Anglais, à qui leur aspect, particulièrement exotique, valait beaucoup d'égards de la part du directeur, —prirent place au premierrang, impatients de voirles danses commencer ; quant aux Andalous, ils se tenaient debout pour la plupart, comme des gens qui n’ont payé que demiplace, ou n'ont pas payé du tout.

Pendant ce temps-là, le violon aveugle commençait à racler sur un ton aigre les premières notes des Zoleras robadas ; deux des danseuses avaient déjà pris place lune en face de Pautre, la pointe du pied droit en avant et les hanches portant sur la jambe gauche, crânement cambrées en arrière ; puis, pour assujettir sur leurs pouces les castagnettes d'ivoire, par un mouvement habituel aux 4o/eras de profession, elles pressèrent avec leurs dents l'anneau qui sert à retenir les deux cordons de soie. Le eliquetis saccadé des castagnettes se fit entendre, et les deux danseuses bondirent, souples et légères, aux applaudissements de toute l'assistance.

— Alza, Morenita! dit le maestro en s'adressant à la plus jeune des deux danseuses, dont les cheveux noirs et le teint ambré justifiaient on ne peut mieux le surnom. — Jui, Jerezana ! Anda salero! continua le groupe des a/icionados, encourageant de la voix et des mains la compagne de la Morenita, une brune et robuste jeune fille de Jerez de la Frontera. Les deux builarinas, électrisées par les battements de mains et les exelamations enthousiastes des assistants, redoublèrent d'entrain et d'agilité, et firent place, au bout de quelques minutes, à un nouveau couple, qui fut | lui-même bientôt remplacé par deux nouvelles danseuses. La Morenita et la Jerezana rentrèrent ensuite dans la lice, chacune de leurs compagnes disparaissant également tour à tour pour reparaître au bout d'un instant. Ainsi finit le pas d'ouverture appelé boleras robadas où danseuses dérobées, parce que chacune se dérobe à son tour pour reprendre sa place un instant après.

Les spectateurs s'approchèrent des Doleras pour les complimenter, et aussitôt les duègnes arrivèrent portant des tartans qu'elles jetèrent sur leurs épaules; car les danseuses étaient haletantes et n'en pouvaient mais. Elles se dirigèrent vers une petite pièce dans laquelle

N KR AN

jun

Page 1