‹ L'EspagneChapitre 123 sur 287 · AI" S NV A · texte numérisé non relu

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plus tard; car des chanteurs, guitarreros, danseurs et danseuses arrivaient peu à peu, et le patio ne tarda pas à se remplir. Quelques accords se faisaient déjà entendre, lorsqu'un murmure … approbation accueillit l'entrée du Barbero, un des cantador es les plus renommés.

Sentarse! sentarse! (assis! assis!) crièrent quelques-uns des assistants, e/ Polo ! va à cantarse el Pulo! (on va chanter le Polo !) — E7 Polo! El Polo! — reprirent en chœur tous les spectateurs. Le Barbero ne se fit pas prier, et prit place à côté de Coliron, qui préludait sur sa guitare par les arpéges les plus compliqués, entremèêlés d'accords plaqués avec le revers de la main et de petits coups secs frappés sur la table de l'instrument ; le chanteur préluda de son côté par quelques modulations à bouche ose et en faisant, dans les notes les plus élevées, des tenues extrèmement prolongées; peu à peu sa voix devint plus éclatante, et il entonna de toute la force de ses poumons ce polo bien connu à Séville :

La que quiera que la quicran Con faitiga y calià,

Busque un mozo macareno, Y lo güeno provarä !

« Celle qui veut être aimée avec ardeur et avec passion n'a qu'à chercher un garçon macareno (du faubourg de la Macarena), et elle aura ce qu'il y a de meilleur. »

Le Barbero n'eût pas plus tôt achevé ce couplet que les applaudissements éclatèrent de toutes parts : — Ole! ole! ole! zas! s’écrièrent les femmes en battant des mains ; otra copla! otra copla ! (un autre couplet). Le chanteur promena un instant ses regards sur la partie fémimime de l'assemblée, et reprit ainsi après avoir regardé en souriant une des plus Jolies 2qas :

Ven acä, chiquiya,

Que vamos à baïlar un polo Que se junde medio Seviya !

« Viens ici, petite ; nous allons danser un polo qui fera crouler la moitié de Séville ! »

La maja que le Barbero venait d'appeler à la danse était une jeune fille d'environ vingt ans, qu'on appelait /a Candelaria, souple, robuste et potelée, — «na moza rolliza, — comme disent les Espagnols. Elle s’avança avec ce balancement de hanches plein de désinvolture qu’on appelle le meneo, et se campa fièrement au milieu du patio, attendant son danseur. Le Barbero voulait ménager ses poumons, car son répertoire était nombreux ; il céda donc sa place à un grand gaillard nommé Cirineo (le Cyrénéen), et Coliron recommença l'air du polo avec un entrain qui enleva les danseurs. Les castagnettes commencèrent à claquer du bec, accompagnées du son joyeux des panderelas, tandis que de leur côté les assistants marquaient la mesure avec des palmadas, c’est-à-dire en donnant tour à tour avec les doigts de la main droite deux coups secs dans la paume de leur main gauche, puis en frappant les deux mains ensemble ; d’autres donnaient de petits coups de talon sur les dalles du patio, ou les frappaient en cadence du bout de leur canne à épée ; — car les majos de Séville sortent rarement sans leur canne à épée. La Candelaria n’avait pas besoin de ces excitations : tantôt elle se tordait comme pour échapper à la poursuite de son danseur, tantôt elle semblait le provoquer en relevant et en abaissant tour à tour à droite et à gauche le bas de sa robe d’indienne à volants, qui flottait en laissant entrevoir un jupon blanc empesé et le bas d’une jambe fine et nerveuse. L’enthousiasme com-

ue ch dant de 18 menaca du b tamboi asque, et après l'avoir fait résonner un instant, dé ab danser autour de l'instrument en redoublant de verve et agite, Bientôt les deux 5 danseurs, épuisés, hors d’haleine, allèrent tomber sur un banc; mais la malicieuse cigarrera fut

ai $ % bientôt remise de sa fatigue, et elle fit signe du doigt au vieux Gitano, lui FPORES pour sa £ % ; FE punition, de chanter une Tonada, ou une onda, comme prononcent les Andalous. MS 2 FER ANR © — Vaya la tona! (Allons, la tonada!) répétèrent tous les assistants. Et le vieux Bat apré * avoir pris une guitare, s’assit, croisa ses Jambes, toussa, cracha, et entonna une chanson en Cali. 4

— Otra! otra! Tio! s'écria la Candelaria en faisant toutes sortes d’agaceries au Gitano, dont "1

| l'organe voilé venait d'obtenir un franc succès de rire. — Viva la Macarena! $’écria le vieux bohémien ; etaprès avoir avalé d’un seul traitune copita de aquardiente que la jeune fille lui présentait :

Si argo quieres, prenda mia, 3

No tienes mas que jablà,

Que las mozas en amores

Siempre aciertan la jugäa.

Juy salero !

Vivan las mozas é mi tierra !

« Si tu désires quelque chose, mon trésor, tu n’as qu’à parler, car en amour les jeunes filles gagnent toujours la partie. Eh ! charmante ! Vivent les filles de mon pays ! »

Le Gitano fut interrompu par l’arrivée de quelques #ajas en retard, car quelques-unes de ces lionnes de l’Andalousie se piquent de n’arriver qu'après le commencement du bal, comme chez nous les grandes élégantes n'arrivent aux Italiens qu'après le lever du rideau. Quelques Gitanas, citées parmi les plus habiles danseuses de Triana, les suivirent de près ; une d'elles était la fille du vieux bohémien qui venait de chanter, et on assurait qu’elle n’avait pas de rivale pour la danse du zarandeo. Après nous être mis dans les bonnes grâces du père au moyen de quelques verres de manzanilla, nous n'eûmes pas de peine à obtenir de lui qu'il décidât sa fille à danser son pas favori. Elle nous fit penser au mot d'un ancien auteur, qui a dit que les danses espagnoles étaient une convulsion régulière et harmonieuse de tout le corps : cette définition peut s'appliquer plus particulièrement au zarandeo. Quand les Andalous veulent faire l’éloge d’une danseuse qui brille ainsi par le #enco, ils se servent d'une expression très-pittoresque : Tèene mucha miel en las caderas, disent-ils : « Elle a beaucoup de miel dans les hanches. »

Cependant les chants et les danses cessèrent un instant, et les spectateurs aussi bien que les danseurs profitèrent de lintermède pour se restaurer. Ce souper n'avait rien de commun avec ceux qu'on sert dans nos bals : quelques tranches de merluza frites dans l'huile, et des Doguerones, petites sardines très-communes en Andalousie, composaient, avec du pain blanc comme la neige et serré comme du biscuit, la partie solide du festin. Les liquides étaient plus variés : le manzanilla, le jerez, le rota et autres vins d'Andalousie cireulaient dans les verres longs et étroits qu'on appelle

l. cañas. On connaît la sobriété des Espagnols : le souper ne dura pas longtemps; et puis quelques chanteurs nouveaux désiraient se faire entendre. Coliron, notre introducteur, nous avait promis qu'un jeune {orero, récemment débarqué de Jerez, chanterait Las ligas de ri morena, «Les jarrelières de ma brune, » une des chansons andalouses les plus gaies et les plus caractéristiques.

« Toma la quitarra ! lui dit Coliron, et laisse là cette merluza qui va létouffer !» Le torero prit sa guitare, et le pied gauche appuyé sur sa chaise, il commença à chanter avec cet accent

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: FE db et aux yeur de jais, — 0jos de azabache, —dansa le Tango americano avec un entrain extraor- . dinaire; le tango est une danse de nègres dont l’air est très-saccadé et fortement accentué. On chanta encore le Polo, un des airs pour lesquels les Andalous montrent le plus de prédilection. et qui est sans doute d’origine arabe ; ensuite vint la Caña, dont le caractère est essentiellement mélancolique, et qui ressemble à une lamentation commençant par un soupir prolongé et comme étouffé : la voix, après avoir parcouru dans plusieurs tons une espèce de gamme chromatique, devient peu à peu plus sonore, en même temps que la mesure devient plus vive. On peut dire que la Caña est comme la pierre de touche des vrais chanteurs andalous, arrieros (muletiers).

contrabandistas, caleseros et autres, car elle exige des poumons infatigables, et le cantador obtient.

d'autant plus de succès qu'il prolonge plus longtemps les notes aiguës.

Comme nous allions nous retirer, on nous fit observer que nous ne pouvions partir sans voir danser la rondeña, un pas qui accompagne ordinairement en chantant les coplas du même nom. La rondeña fut dansée à ravir par un guapo (élégant) de la Macarena, qui avait pour pareja ou partenaire une jolie #0za du même quartier. La danse continuait pendant que les couplets se suecédaient, et les deux parejas mettaient tant d'ensemble et tant d'harmonie dans leurs pas, qu'un des assistants improvisa la strophe suivante, sur l'air des rondeñas :

Estos que estän bailando Que parejitos son !

Si yo fuese padre cura, Les daba la bendicion.

« Ces deux jeunes gens qui dansent, — Qu'ils sont bien assortis ! — Si j'étais un padre cura, — Je leur donnerais ma bénédiction. »

La rime laissait bien quelque chose à désirer, ce qui n’empêcha pas le poëte d’être fort applaudi. La danse finie, l'assemblée se sépara au choc des verres, et nous quittâämes, fort satisfaits de notre soirée, la taverne du #10 Miñarro.

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