‹ L'EspagneChapitre 133 sur 287 · LA DANSE DES SEISES · texte numérisé non relu

LA DANSE DES SEISES

dans les processions de la Fête-Dieu. Plus tard on voulut, dit-on, empêcher les Seises de garder leur chapeau en dansant devant le Santisimo ; il paraît que cette permission aurait été accordée par la cour de Rome, mais elle fut bornée au temps où les costumes seraient conservés sans modification. Les seses appartiennent ordinairement à des familles d'ouvriers ou d'artisans : pour être admis, ils doivent avoir moins de dix ans. Les chanoines du chapitre, après avoir entendu chanter les aspirants présentés par le maître de chapelle, choisissent ceux qui montrent la plus belle voix. On leur donne alors un costume ordinaire très-simple, et d’autres plus riches pour les solennités où ils doivent figurer. Il est facile de les reconnaître dans les rues de Séville à leur bonnet rouge et à leur manteau de même couleur orné d’une espèce de rabat bleu; le reste de leur costume se compose de bas noirs et de souliers à bouffettes ornés de boutons de métal. Le costume de cérémonie rappelle celui qu'ils portaient au seizième siècle : le chapeau, de forme légèrement conique, a le bord relevé d’un côté, et retenu par un nœud de velours blane, d’où part une touffe de plumes bleues et blanches. Le justaucorps, en soie de même couleur, est serré à la taille par une ceinture et surmonté d’une écharpe nouée sur le côté; un petit manteau, attaché aux épaules, tombe gracieusement jusqu’à mi-jambe. Mais la partie du costume qui nous parut surtout caractéristique, c’est la fraise de guipure empesée et tuyautée qui entoure le cou, de manière que la tête, suivant l'expression dun ancien auteur français, « ressemble au chef de saint Jean-Baptiste en un plat. » Des manchettes de dentelles, un haut-de-chausse ou ca/zoncllo à crevés, des bas de soie bleue et des souliers blancs ornés de bouffettes complètent le costume dont Doré fit un croquis, lorsque nous vimes les Seises dans la cathédrale de Séville, le jour de l’octave de la Concepcion.

La danse des seises n'attire pas moins de curieux à Séville que les cérémonies de la Semaime Sainte, et l'immense cathédrale est trop étroite les jours où ils doivent figurer dans une /uncion. Fort heureusement un ami nous avait réservé des places; mais pour y arriver, nous eûmes toutes les peines du monde à nous frayer un passage à travers une foule énorme échelonnée sur les gradas, ou escaliers qui entourent l’église. Nous aperçûmes enfin les seëses placés sur deux rangs devant le maître-autel; bientôt, après avoir salué le Saint-Sacrement, ils se mirent à danser lentement en faisant résonner leurs castagnettes d'ivoire; puis ils entonnèrent ce vlancico, fort ancien sans doute, à la louange de la Vierge, fille, mère et épouse, plus pure et plus belle que

l'aurore et que l’astre du jour :

Salve, oh Virjen ! mas pura y mas bella Que la aurora y que el astro del dia; Hija, madre y esposa, oh Maria !

Y la puerta de Dios oriental.

Après quelques instants de repos, ils chantèrent encore d'autres coplas, toujours en l'honneur de la sainte Vierge, et après chaque copla ils reprenaient cet estrébllo ou refrain :

À la madre de Dios escogida, Compañeros, cantad, Y de España Patrona real, Compañeros, cantad, concebida Sin pecado original.

«Chantez, mes compagnons, à la louange de la Mère de Dieu, à la louange de la royale Patronne de l'Espagne, conçue

sans péché originel. »

Tout en chantant ces couplets d’une fort jolie voix, les seises continuaient à danser en s’accompagnant de leurs castagnettes ; à vrai dire, leurs pas ne ressemblent en rien aux danses profanes en usage en Espagne : ce sont des coulés ou des glssés, sur un mouvement de valse très lent, sans doute dans le genre de ceux de l’ancienne pavane d'Espagne telle qu’on la dansait au

seizième siècle, ou du menuet, qui la remplaça, dit-on. Le jour de la Fête-Dieu les seises figurent dans la procession à côté de la custodia qui contient le Saint-Sacrement; on nous à assuré que, d’après un usage très-ancien, ils dansaient aussi devant la reine, quand elle venait à Séville. Les seises n’exercent leurs fonctions que pendant quelques années ; lorsque leur voix commence à muer, ils sont remplacés par des enfants plus jeunes, après avoir laissé leurs brillants costumes au vestiaire de la sacristie. |

PA ITARRERO E1 DANSEUSI AMBULANTI SÉVILLE

TENTE pt PE art VA:

DUT | à IR EN RAT

Page 1