‹ L'EspagneChapitre 136 sur 287 · CARMONA · texte numérisé non relu

CARMONA

beaucoup plus d'importance qu'aujourd'hui. César la considérait comme la ville la plus forte de la Bétique; son terrain était alors, comme aujourd'hui, merveilleusement fertile : nous avons

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HOMME ET FEMME DU PEUPLE À LA FONTAINE (CROQUIS FAIT A CARMONA) (page 432).

vu des médailles romaines portant sur le revers le mot Carmo, entre deux épis de blé. Nous remarquâmes sur la façade de l’Ayuntamiento les armes de la ville, qui représentent une étoile entourée de lions et de châteaux, avec cette modeste devise :

de or une Se ns ae de la PME M se dont sineux à conservé quelques traces de l'ancienne dorure. On a, de cet alcazar, un na e

vues du monde : une vallée fertile, peuplée de nombreux villages, s'étendait devant nous, et p loin nous découvrions plusieurs villes : Marchena, Moron et Osuna, ainsi que la Sierra de Ronde et d'autres montagnes d'Andalousie, dont les lignes bleues se confondaient avec l'horizon.

Quelques heures suffisent pour se rendre de Carmona à Ecija : quand nous fimes notre entrée dans cette ville, il était une heure après midi, et la température était tellement élevée qu’on l'aurait trouvée excessive au Sénégal même. C'était une de ces chaleurs qui font chanter les cigales, — cantar la chicharra, — comme on dit en Andalousie : les rares passants que nous rencontrions rasaient les murs pour profiter de l’étroite bande d’ombre projetée par les maisons ; cà et là, quelques lévriers efflanqués tiraient la langue en haletant; les boutiques étaient soigneusement fermées, comme un dimanche ou un jour d’émeute, car les marchands, qui venaient de terminer leur repas, n'auraient pas manqué pour un empire de dormir la siesta. Ecija passe à juste titre pour la ville la plus chaude d'Andalousie : on a constaté, dit la Guia de Sevilla, qu'au mois de juillet de l'année 1859, le thermomètre centigrade monta jusqu'à cinquante deorés à l'ombre. Ce n’est donc pas sans raison que cette ville a reçu le surnom de sartenilla de Andalucia, — la poêle à frire de PAndalousie. Il faut croire, du reste, que les habitants d'Ecija sont glorieux de cette température, puisque les armes de leur ville se composent d’un soleil

rayonnant, autour duquel se lit cette fière légende empruntée à l'Écriture : « Una sola sert

llamada la Ciudad del Sol. — Une seule ville sera appelée la ville du soleil.» Après une séesta de quelques heures, nous nous risquâmes à faire une promenade dans la ville : la rue prineipale, la calle de los Caballeros, nous fit l'effet d’un four à peine refroidi; c'est une rue aristocratique, bordée de palais appartenant aux Benameji, aux Peñaflor, et autres familles anciennes. Ces palais, ornés dans le style churriqueresque, nous rappelèrent celui du marquis de Dos Aguas, à Valence, un modèle du genre. C'est en vain qu'on chercherait en Hollande, en Allemagne où ailleurs, un spécimen d'architecture d’un 7ococo aussi dévergondé. Pour reposer nos yeux, nous allâmes visiter quelques jardins sur les bords du Génil, car la poétique rivière qui coule au pied de FAlhambra arrose aussi les murs d'Ecija; notre guide nous vanta beaucoup ses eaux : nous crûmes d'abord qu'il allait nous. citer quelques romances des poëtes arabes : hélas! les eaux du Génil n'avaient de mérite à ses yeux qu'au point de vue du dégraissage des laines, la principale industrie du pays.

Peu de temps après avoir quitté Ecija, comme nous venions de descendre de notre véhicule pour monter une côte à pied, nous fûmes abordés à un détour du chemin par un grand gaillard à l'aspect étrange et au costume passablement déguenillé : sa tête, enveloppée dans une espèce de capuchon, était abritée par un vieux chapeau de feutre noir: une mante de drap gris à carreaux couvrait ses épaules, chargées en outre d'une de ces besaces appelées a/forjas. M tenait à la main droite un long bâton, et à la main gauche un petit tableau représentant une madone trèsgrossièrement peinte, et auquel était appliquée une petite boîte carrée ouverte par le haut, comme un tronc où une tirelire, Ce singulier personnage s'approcha de nous avec force révérences, el nous présenta son tableau en murmurant avec volubilité des paroles inintelligibles :

LES SANTEROS. 435

cependant il nous fut facile de reconnaître à l'accent de sa voix qu'il récitait des prières tout en nous demandant l'aumône. « C'est un Santero, nous dit en riant le mayoral, qui cheminait à côté de nous. Le Santero, qu'on appelle également Demanda où Demandador parce qu'il passe sa vie à demander, n'est qu'un mendiant à peine déguisé, qui abuse de la crédulité des gens naïfs en leur faisant croire que ce n’est pas pour lui qu'il quête, mais pour le saint représenté sur sa demanda, — c'est ainsi qu'on nomme la üirelire où il encaisse les recettes. Chaque Santero se met sous la protection d’un saint particulier : ainsi celui qui demande pour san Blas vend des petits rubans de soie qui ont été attachés au cou de la statue du saint, ces rubans sont infaillibles, assure-t-il, contre les maux de gorge, car C’est saint Blaise qu'on invoque pour les maladies de ce genre. Le Santero de san Antonio Abad distribue aux habitants des campagnes des clochettes qui ont la vertu de préserver les bestiaux des épidémies; celui de saint Lazare possède une recette infaillible pour mettre les démons en fuite. Un autre préserve des voleurs, un autre de la foudre et de la grêle. C’est ainsi que la demanda se remplit petit

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à petit de cuartos ; il n’est pas besoin d'ajouter que lesdits cuartos ne prennent jamais le chemin d’une chapelle ou d’un ermitage, car c’est pour lui, et pour lui seulement, que demande le Santero. « Voulez-vous savoir, dit un écrivain andalou, à quoi les Santeros emploient le temps pendant lequel ils ne quêtent pas”?

Leur principale occupation est d’aller à la faberna. C'est là l'ermitage où ils vont adorer le dieu Bacchus.

pour qui ils professent un culte vé-

ritable. Is demandent toujours du meilleur et du plus vieux, et ils ont bien raison, car le dieu de la vigne leur donne les forces dont ils ont besoin pour parcourir les villes et les campagnes, ainsi que l’éloquence nécessaire pour persuader ceux qui veulent bien les écouter. » Avant la suppression des‘couvents, ces Santeros étaient beaucoup plus nombreux en Andalousie: ils ne craignaient pas de se déguiser en moines, à l’aide d’une barbe postiche, d'un froc et d’un capuchon; ils parcouraient ainsi les villages, prêchant la pénitence et la mortification, mais se gardant bien de donner l'exemple. Parfois cependant il sen rencontrait qui, non contents de demander la charité, prétendaient obliger les passants à baiser leurs saints et leurs madones. Un voyageur du siècle dernier, anglais et protestant, fut

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