‹ L'EspagneChapitre 140 sur 287 · ET · texte numérisé non relu

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Un autre endroit vénéré des Arabes, le Makssurah, pré édait le Mihrdb ; il s'y trouvait une espèce de trône destiné aux khalifes. Le sol du Makssurah était autrefois pavé d'argent, et les portes adjacentes étaient couvertes de mosaïques et d’ornements d'or; une de ces portes était même en or massif. La plupart des colonnes étaient disposées par groupes de quatre, et chacun de ces groupes était couronné d’un seul chapiteau, dont la sculpture était de la plus grande finesse ; des incrustations de métaux précieux et de lapis-lazuli ornaient les colonnes sur toute leur surface. Les autres parties de la mosquée, bien que décorées avec moins de profusion, étaient cependant d’une grande richesse : ainsi il existait une espèce de chaire ou de pupitre où l’on montait au moyen de sept marches, et qui était, dit-on, un objet unique au monde pour la beauté du travail et le prix des matériaux. Toutes sortes de figures y étaient représentées ; car les musulmans de Cordoue, de même que ceux de Grenade et de plusieurs parties de l'Orient, étaient loin d'observer rigoureusement la loi qui interdit la représentation d’objets animés. Cette chaire, qu'on appelait la sé//a (siége) ou le carro (char) del rey Almanzor, parce qu’elle était montée sur quatre roues, existait encore à la fin du seizième siècle. Il est vraiment regrettable qu'un objet aussi intéressant ait disparu : il paraît qu'il fut détruit par des maçons qui travaillaient dans la mosquée, «je ne sais dans quel but, » dit un auteur contemporain, qui ajoute : «7 asé perecid aquella antiqualla, » — et c’est ainsi que périt cette antiquaille.

Les auteurs arabes font des récits extraordinaires sur l'éclairage somptueux de la mosquée : plus de sept mille lampes suivant les uns, près de douze mille suivant d’autres, étaient allumées jour et nuit. Une particularité assez singulière, c'est que parmi ces lampes se trouvaient des cloches provenant de la cathédrale de Saint-Jacques de Compostelle ; ces cloches. que le khalife Al-Mansur avait fait apporter de la Galice sur les épaules d'esclaves chrétiens, avaient été renversées et suspendues à la voûte au moyen de chaînes d'argent. Marmol Carbajal assure, dans sa curieuse Description de Africa, en avoir vu de semblables dans une mosquée de Fez. La tradition rapporte que lorsque saint Ferdinand s’empara de Cordoue, il fit enlever ces lampes d’un nouveau genre, et donna l’ordre qu'elles fussent portées sur les épaules de prisonniers musulmans jusqu'à leur emplacement primitif. Outre cette étonnante quantité de lampes, la mosquée possédait encore un grand nombre de chandeliers de différentes formes ; on en comptait deux cent quatre-vingts de cuivre, outre ceux qui servaient à l'éclairage des portes. On admirait de plus trois grands chandeliers d'argent massif, dont l’un n'avait pas moins de quatorze cent cinquante-quatre becs. Les écrivains arabes, qui se complaisent aux plus minutieux détails, assurent que chacun des chandeliers d'argent consumait chaque nuit sept arrobas (près de quarante kilogrammes d'huile). N'oublions pas de mentionner aussi une grande lampe d'or d’un travail extraordinaire, qui était suspendue devant l'entrée du Mhrdb.

Les plafonds étaient merveilleusement sculptés, peints et dorés, comme on peut s’en con- :

vaincre par les parties qui subsistent encore. On assure que plusieurs parties de la toiture se sont effondrées parce que depuis plusieurs siècles on arrachait des poutres, soit pour les em- , ployer à d’autres édifices, soit pour en faire des v#huelas ou d’autres instruments de musique, ainsi que des boîtes et toutes sortes de menus objets. Ces dégradations remontent à une époque éloignée, car Ambrosio de Moralès, qui écrivait au seizième siècle, s’en plaignait déjà.en disant que la valeur du bois ainsi enlevé s'élevait à plusieurs milliers de ducats. Parmi les dégradations qui contribuèrent à défigurer la mosquée, il faut encore citer la construction du chœur, qui eut lieu en 1523 ; les membres de l'ayuntamiento s'y opposèrent, il est vrai, et il paraît même qu'on menaça de mort quiconque oserait toucher à l'édifice ; mais le chapitre en ayant appelé à l’em-

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