LA MOSQUÉE DE CORDOUE; LES TOMBEAUNX
les clefs au milieu du désordre général? Nous remarquâmes une autre tombe sur laquelle se lit cette singulière épitaphe, gravée sur une plaque de marbre noir : Ci-gît le cadavre de son Excellence Doña Maria Isidra Quintina de Guzman y la Cerda, de Guadalcazar 6 Hinojares, Grande de España, ete. Doctora en filosofia y letras humanas, Catedrätica honoraria y consiliaria perpetual de la Universitad de Alcald, Académica honoraria, ete. — Cette Grande d'Espagne mourut en 1803 à l’âge de trente-cinq ans. Mentionnons encore une tombe, celle de Gongora,
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\ALDABON (HEURTOIR) MORESQUE DE LA PUERTA DEL PERDON, MOSQUÉE DE CORDOUE (QUINZIÈME SIÈCLE) (page 450).
le célèbre poëte bel esprit, qui aiguisa quelques épigrammes contre Cervantès, et fut à son tour ridiculisé par Le Sage. Gongora était chapelain de Philippe HI et chanoine de la cathédrale de Cordoue, où il fut enterré en 1623, dans la capilla de San Bartolomé.
En sortant de la mosquée, nous traverserons de nouveau le Patio de los Naranjos, à l'extrémité duquel s'élève une haute tour à cinq étages, surmontée de la statue dorée de sant Raphaël
archange, qui plane sur la ville. Cette tour, bâtie par Hernan Ruiz, le malencontreux architecte du
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du monde : : On parlait partout des deux € or et ie un à une Lt distance quand ik k
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énorme grenade dus pur, qui s RE qe coudée L qe # se trouve la puerta del Perdon, d'une hauteur extraordinaire, Et ‘enti | emen r'eco verte d petites plaques de bronze ayant la forme d'un hexagone irrégulier; ces plaques, ornées l'arabesques et d'inscriptions arabes en relief où ces mots : Béni soit le nom de Dieu, ser “répètent rè plusieurs centaines de fois, sont très-ingénieusement encastrées les unes dans les autres, a manière des marqueteries de bois des portes de lAlhambra. Deux beaux heurtoirs de bronze, de près de soixante centimètres de hauteur, complètent la décoration de la puerta del Perdon; ils sont très-élevés au-dessus du sol, suivant l'usage des Arabes, qui les plaçaient ordinairement ne à la hauteur que pouvait atteindre de la main un homme à cheval. Nous les aurions crus d’un travail beaucoup plus ancien, sans cette inscription : Benedictus Dominus Deus Israhel, en lettres gothiques du quinzième siècle, qui règne autour de la bordure. Ces heurtoirs, repercés à jour
et ornés d’arabesques du meilleur style, sont sans doute l'ouvrage de quelque transfuge de : Grenade établi à Cordoue ; on sait qu’un grand nombre d'artisans de ce pays, fourbisseurs, cise-
leurs, orfévres, ete., venaient travailler dans les provinces de l'Espagne soumises à la domi-
nation chrétienne. Nous avons dessiné un de ces a/dabones, que nous signalons aux curieux
comme le spécimen le plus remarquable qu’on puisse voir en ce genre.
C'est en vain, assurément, que nous avons essayé de décrire la mosquée de Cordoue : c’est un monument sans pareil dont on ne peut se faire une idée exacte si on ne l’a vu, car la plume est impuissante à en rendre les aspects variés et la poésie étrange. Nous y passions des heures enlières sans pouvoir nous arracher à cette contemplation, et loin de trouver exagérées les louanges des poètes, nous répétions avec Victor Hugo :
PT Cordoue aux maisons vieilles A sa mosquée, où l'œil se perd dans les merveilles.
Après la mosquée, les anciens monuments de Cordoue sont d'un intérêt secondaire : le voisinage du merveilleux édifice arabe est fait pour rendre le touriste bien difficile : néanmoins d'heureuses surprises sont réservées à celui qui veut consacrer quelques jours à des flâneries au hasard dans les rues tortueuses de la ville, Plus d’une bonne fortune de ce genre nous arriva à
Cordoue : c'est ainsi que nous découvrimes la charmante façade de Ja Casa de Espôsitos (Hospice des Enfants-Trouvés) qui date des dernières années du quinzième siècle. Un autre jour, en traversant la Plazuela del Indiano, nous nous trouvâmes en face d’un grand portique carré orné d'une frise sculptée dans la pierre avec la plus grande élégance, et n'offrant qu'un très-petit relief, comme la plupart des sculptures arabes. Nous citerons encore, parmi les rares vestiges . de cette époque qu'il nous fut possible de découvrir, une curieuse maison connue sous le nom de la Cuadra Vécurie), la Torre de San Nicolas, jolie tour aux créneaux dentelés, et une petite mosquée, depuis longtemps transformée en chapelle, qui dépend de l'hôpital del Cardenal. Le jardin de cet hôpital est encore désigné par le peuple sous le nom de Huerto del re y Almanzor. Un monument assez curieux, bien qu'il date d'une époque beaucoup plus récente, c'est le
LE TRIUNFO; L'ARCHANGE RAPHAËL. 451 Trèunfo, élevé en l'honneur de l'archange Raphaël, patron et gardien de Cordoue, à peu de
distance de la mosquée. La statue du saint archange, plus grande que nature, est en bronze doré, et s'élève, à cent pieds de hauteur, au sommet d’une colonne surmontée d’un chapiteau également
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(page 450).
LA CASA DE ESPOSITOS (HOSPICE DES ENFANTS-TROUVÉS}), A CORDOUE en bronze doré. Le patron de Cordoue est représenté l'épée à la main et les ailes déployées.
Nous copiâmes sur un cartouche l'inscription suivante, ainsi disposée
Yo te juro por Jesu Christo cruzificado Que soy Rafael Anjel, à quien Dios tiene puesto por guar- Da de esta ciudad.
« Je te jure par Jésus-Christ crucifié que je suis l'ange Raphaël, que Dieu a choisi pour gardien de cette ville. »
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doue ; il lui parla pendant plus d’une heure e paroles qu'il recueillies avec soin, ont été gravées depuis sur le Triunfo. La dévotion à cet ar tellement générale à Cordoue, qu'on n’y compte pas moins de neuf Tréunfos élevés en son honneur. Ajoutons un détail, c’est que les sculptures du monument, assez médiocres du reste, sont l'ouvrage d’un Français, Michel Verdiguier, l’auteur d’une sainte Agnès de la mosquée.
La grande place de Cordoue, appelée autrefois la Corredera à cause des courses qu'on y don nait, est un grand quadrilatère entouré de maisons supportées par des arcades, et garnies de trois étages de balcons en bois d’un aspect assez délabré, où sèchent des loques de toutes les couleurs. La rue principale, la Ferra, où se voient quelques boutiques, est la seule qui présente un peu d'animation. Une promenade de création récente est appelée Paseo del Gran Capitan, en souvenir du célèbre Gonzalo de Crdova. Le Grand Capitaine naquit à. Montilla, petite ville voisine beaucoup plus connue aujourd'hui pour son excellent vin blanc que comme lieu de naissance d’un des plus grands hommes de l'Espagne. Il fut baptisé à Cordoue dans l’église de San Nicolas, qui existe encore. Las cuentas del Gran Capitan, — telle est une locution souvent usitée quand il s’agit de comptes extravagants, et dont nous dirons l’origine : la trésorerie royale réclamait des sommes considérables à Gonzalve de Cordoue ; il répondit d’un ton plein de calme que le lendemain il présenterait aussi ses comptes ; il se fit donc apporter à l’audience de la trésorerie un énorme registre, et se mit à lire d’une voix sonore les articles suivants, que nous extrayons d’une feuille qui se vend au Museo de Artilleria de Madrid.
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(200,736 ducats et9 réaux, payés aux moines, aux religieuses et aux pauvres qui ont prié Dieu d'accorder la victoire aux armées espagnoles ; — 100,000,000 en piques, en boulets et en pioches de tranchée ; — 100,000 ducats en poudre et en boulets de canon; — 10,000 ducats en gants parfumés pour préserver les troupes de la mauvaise odeur des cadavres ennemis; — 160,000 ducats pour réparer et renouveler les cloches usées à force de sonner tous les Jours à coups redoublés en l'honneur de nouvelles victoires ; — 50,000 ducats en eau-de-vie pour les
troupes, un jour de combat; — 1,500,000 pour garder les prisonniers et les blessés; — 1,000,000 pour messes d'actions de grâces et Te Deum en l'honneur du Tout-Puissant ; — 700,494 ducats en espions et... — Et 100,000,000 pour la patience avec laquelle j'ai écouté
hier le roi, quand il demandait des comptes à celui qui lui a fait présent d’un royaume. »
Gonzalve de Cordoue mourut à l'âge de soixante-deux ans dans son palais de Grenade. Ferdinand le Catholique, qui de son vivant l'avait abandonné, comme il avait fait pour Christophe Colomb, fit célébrer des services en son honneur dans la chapelle royale et dans les principales églises du royaume. « Voilà, dit Brantôme, la belle récompense que fist le roy à ce grand capilaine, à qui il estoit tant obligé. Je croy encore que si ces grands honneurs mortuaires et funérailles lui eussent beaucoup cousté, et qu'il les lui eust fallu faire à ses propres coust et despens, comme à ceulx du peuple, il n'y eust pas consommé cent eseuz, tant il estoit avare. » 1
Outre Gongora, dont nous avons vu le tombeau dans la cathédrale, Cordoue compte encore d'autres personnages célèbres parmi ses enfants : c’est d'abord un autre poëte, Juan de Mena,
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