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CROQUIS FAIT A VALDEPENAS.
Les environs de Cordoue : les moulins du Guadalquivir. — Les palais d'Az-Zarah et de Rizäfah; le luxe des Khalifes de Cordoue. — Côrdoba la Vieja. — San Francisco de la Arrizafa. — Les sérénades en Andalousie : le novio et la novia. — Pelar la pava, — Mascur hierro, — plumer la dinde, — manger du fer. — Quelques couplets. — Cobrar el Piso. __ La Tierra de la Santisima. — Dévotion des Andalous à la Vierge. —L’immaculée conception; —Ave Maria purisima ! — Le pont d’Alcolea. — Andujar et ses alcarrazas. — La Caroïina et les Nuevas Poblaciones. — Le Despeñaperros. — La Sierra Morena et ses ermitaños. — Encore José-Marta. — La Venta de Cérdenas — Les mendiants espagnols; ce qu’en dit Voiture. — Curieuse nomenclature de mendigos. — La Manche et les Manchegos. — Causes de la misère du pays. — Santa Cruz de Mudela et sa coutellerie. — Les ligas : quelques devises populaires. — Le vin de la Manche : Ciudad-Real et Valdepeñas. — Pourquoi il n’y a pas d'arbres. — Les golondrinas et les gorriones. — Manzanares ; les galgos : la Ciega de Manzanares. — Argamasilla de Alba ; — la Prison de Cervantes.
Les environs de Cordoue, à l'époque de la domination musulmane, étaient aussi riches et aussi florissants que la ville même; sa délicieuse situation au milieu d’une plaine fertile, arrosée par les eaux du Guadalquivir, en avait fait la résidence favorite des Khalifes d'Occident; les Ommiades, notamment, y avaient épuisé leur munificence en palais somptueux et en édifices utiles. « Dès que vous approchez, en Europe ou en Asie, dit Chateaubriand, d’une terre possédée par les Musulmans, vous la reconnaissez de loin au riche et sombre voile de verdure qui flotte sur elle; des arbres pour s'asseoir à leur ombre, des fontaines jaillissantes pour rêver à leur: bruit...» Telles étaient, au temps des Khalifes, les campagnes qui environnent Cordoue : lesanciens auteurs arabes nous en ont laissé les descriptions les plus séduisantes. Le fleuve qui les arrose, dit l’un d'eux, est un des plus beaux de la terre : tantôt il court majestueusement au milieu de plaines unies, ou arrose des prairies vertes comme l’émeraude et parsemées de fleurs; tantôt il coule à travers des bosquets ombreux et touffus où le chant des oiseaux ne cesse de se faire en-
an c est à peine si Us en oi or hui foncti ner que qu ou, Ge à se reconnaissent à la tour carrée qui des accompa gne fondations en pierre, qu'on voit çà et là sortir de l’eau, indiquent seules le par les anciens moulins. Quant aux prairies émaillées de fleurs, elles sont aujourd’} | par des champs arides, et au lieu des frais bosquets, on ne voit que des saules ou “désdt nbles au feuillage argenté, et quelques lauriers-roses qui indiquent au loin le cours du Guadalquivir. C’est sur un des monticules qui s'élèvent comme des oasis dans la direction de la Sierra- Morena qu'existait autrefois la célèbre villa d'Az-Zarah, la plus somptueuse de celles bâties à l'époque arabe. Une des femmes d’un Kkhalife était morte en laissant des richesses considérables ; d'après ses volontés, toute sa fortune devait être employée au rachat des musulmans prisonniers chez les infidèles:; on fit des recherches par toute la chrétienté, mais il ne fut pas possible de découvrir un seul captif. La sultane Az-Zarak lui demanda alors d'employer cet argent à faire bâtir dans la campagne de Cordoue un palais splendide, auquel elle donnerait son nom. Les récits que font les historiens arabes du luxe et des merveilles de ce palais rappellent les contes des Mille et une Nuits. Au nombre de ces merveilles, ils citent d’abord le parquet, composé de marbres transparents et de morceaux d’or massif; parmi les portes, on en comptait huit en ivoire et en ébène, avec des incrustations de pierres précieuses. La richesse des colonnes était telle, qu'on prétendait qu’elles n'avaient pu être faites que par la main de Dieu même. Le palais était entièrement couvert en tuiles d’or et d'argent purs. Au milieu d’une des salles, on remarquait un grand bassin rempli de mereure; lorsque les rayons du soleil venaient l’éclairer, les yeux des spectateurs en étaient éblouis. Un autre objet qui n’attirait pas moins l'attention, c'était une grande fontaine de bronze doré, véritable merveille d'art qu'on avait fait venir de Constantmople. Cette fontaine était supportée par douze figures en or rouge, incrustées de perles et de pierres précieuses, et représentant divers animaux, tels que des crocodiles, des aigles, des dragons, des antilopes, etc. On citait encore parmi les curiosités du palais une cour circulaire, autour de laquelle s’élevaient lrois cent soixante-cinq arcades disposées de la manière la plus ingénieuse. Chaque jour de Fannée, le soleil, depuis l'heure où il se levait, passait successivement sous chacune de ces arcades jusqu'à ce qu'il les eût traversées toutes; en descendant, il accomplissait le même parcours en sens inverse. J'ai entendu dire, écrivait un autre auteur, que les cités de Cordoue et d’Az- Zarah réunies occupaient un espace dont la longueur mesurait dix milles, et que la nuit on pouvait parcourir toute cette distance à la lueur d’une immense quantité de lampes. D’après un ancien dicton, Cordoue surpassait toutes les autres villes en quatre choses : les sciences qu'on y cultivait, — sa grande mosquée, — son pont sur le Guadalquivir et la cité d’Az-Zarah. | Outre le palais des khalifes, on remarquait aussi des villas qui appartenaient à de riches particuliers, Plusieurs de ces villas portaient des noms poétiques et charmants : ainsi il y avait le palais des Fleurs, celui du Diadème, celui des Bienheureux, des Amants, etc. Le palais de Rizäfah, qui appartenait aux khalifes, passait également pour un des plus beaux des environs de Cordoue ; Abdérame F°Y avait réuni tout le luxe de l'Orient, et les jardins qu'il y avait fait planter donnaient l'idée du paradis. On assure qu'il fit venir de Syrie les fleurs les plus rares, ainsi que plusieurs arbres jusqu'alors inconnus en Espagne, notamment des grenadiers et des palmiers. Ses successeurs embellirent encore ces séjours délicieux, où il semble qu'on devait jouir de tout le bonheur imaginable ; on cite cependant Fun d'eux, Abdérame HE, qui laissa après sa mort ces lignes tracées de sa main : « Cinquante ans se sont écoulés depuis que je suis khalife de Cordoue : richesses, honneurs, plaisirs, j'ai joui de tout, j'ai tout épuisé. Les rois mes.rivaux m'estiment, me redou-
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aus ns mais nous a en vain à en retrouver D ee a 1e
n'en existe pas plus de traces que des délicieuses villas qui embellissaient la campagne de Rome et les environs de Naples, et on peut dire avec un poëte latin que leurs ruines mêmes ont péri.
Si Cordoue, pendant le jour, est triste et silencieuse, la nuit, à l'heure des sérénades, elle
semble parfois se. réveiller un peu. La sérénade, regardée chez nous comme une plaisanterie
surannée, et bonne tout au plus pour l’'opéra-comique, semble s'être réfugiée en Espagne, et particulièrement en Andalousie, où la guitare est encore prise au sérieux. Que ferait un homme du Nord, dit un poëte espagnol, que ferait un Anglais, un Suédois, un Danois, pour montrer à sa dame qu'il l'adore, et que pour elle il perd le sommeil? Voyez-le : il frisera sa moustache, arrangera sur son front les mèches de ses cheveux, et exhalera une douzaine de soupirs, puis il ira tranquillement se coucher... Chez nous, quelle différence ! un mao, sa guitare à la main et son manteau sur l'épaule, restera jusqu’à l'aurore au pied d’un balcon, sans craindre les dangers ni l’intempérie, et sa dame ne sera pas contente de lui s’il n’a fait le guet toute la nuit!
Mais en revanche, quand le 470 soupirera pour une cruelle, il lui chantera quelques couplets comme celui-ci :
Si esta noche no sales A la ventana,
Cuéntame entre los muertos Desde mañana.
« Si cette nuit tu ne parais pas — A ta fenêtre, — Compte-moi au nombre des morts — Dès demain matin. »
La sérénade n’est donc pas morte en Espagne, et plus d’une fois nous pûmes nous en convaincre en traversant la nuit les rues désertes ; le climat est si doux et si pur, les nuits si calmes et si sereines, que rien ne semble plus naturel que de les passer à la belle étoile. Le novio passe
une partie de ses nuits à causer avec sa nova, sa fiancée, assise derrière la rea de fer dont les
fenêtres basses sont Invariablement garnies ; toutes les fois que le hasard vous rend témoin d'un (ète-à-tête nocturne de ce genre, vous entendez le couple murmurer quelques paroles à voix basse, et vous voyez le novio se cramponner d’une main tremblante au fer de la 16 comme dit Cervantès dans sa nouvelle du Celoso estremeño :
À los hierros de una reja La turbada mano asida.
Ou bien encore, suivant l'expression d’un poëte espagnol, ee assise au balcon, et 4 des- SOUS : |
Ella à la reja sentada, A Y al pié de la reja, él.
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Cet exercice favori des fiancés est désigné par l'expression : pelar F pava, itéreinent plu
Û Pr PA n11 (1 e) EUC / A ,
de retient Répélés quit ne Us pas de resser e avec ceux tant les cordes de son instrument. Les Andalous, dont l'idio ne est si pittor d'images, ont encore une autre expression qui peint à merveille l'attitude d'un h tète se PNES vers les barreaux d’une fenêtre : c’est ce qu'ils appellent comer | ve hierro, — manger ou mâcher du fer. Quelquefois le pelador de pava s'évertue à trompe lance d’une mère: il se gardera bien de faire résonner un instrument qui pourrait le trahir, et, "+ d'accord avec la jeune fille, il saura même corrompre le chien de la maison : « Jette du pain au 2 chien Ds tu viendras me voir, dit la novia, car ma mère a le sommeil aussi léger qu'un lièvre :
Echale pan al perro, | | Si vas à verme, 474 «FRITES À
Porque tiene mi madre ; Sueño de liebre.
Parmi les chansons populaires qui se vendent dans les rues, celles qu'on appelle serenatas ou coplas de ventana (couplets de fenêtre) occupent une des places les plus importantes ; voici quelques-unes de ces coplas qui sont, pour ainsi dire, classiques parmi les xovios andalous :
Cuerpo güeno !.. Alma divina !..
Que de fatigas me cuestas !
Despierta, si estâäs dormida, Y alivia, por Dios, mi pena!
« Beauté rare! âme divine! — Que de peines {u me coûtes ! — Réveille-toi, si tu es endormie, — Et adoucis, pour Dieu, mes chagrins ! »
La paloma està en la cama Arropadita y caliente,
Y el palomo estä en la esquina Dändose diente con diente.
« La colombe est dans son lit, — Chaudement enveloppée, — Et le pigeon attend au coin de la rue, — En faisant claquer ses dents contre ses dents, »
Quelquefois survient un rival, un second novto, et si le premier occupant ne veut pas lui céder le terrain, la question est parfois tranchée par le couteau; alors chacun des deux adversaires jette son manteau à terre, serre sa /aja autour de ses reins, et on se met à croiser le fer : se cruzan las navajas. Fort heureusement, les choses ne se passent pas toujours d’une manière aussi lragique : par exemple, quand les deux adversaires sont de ces perdonavidas ou fanfarrones, comme
on en rencontre en Andalousie, le combat se change en une comédie des plus amusantes : les deux fanfarons, qui n'ont pas la moindre envie de s'égorger, s'adressent les menaces les plus effrayantes, en avançant et reculant tour à tour, et en décrivant en l'air de grands cereles avec leur navaja, qui frappe dans le vide, Fatigué de cet exercice, un des deux s'arrête un instänt :
« Eh bien! compare, que se passe-t-il donc ?
— Oh! Ce n'est rien, j'ai perdu mon soulier.
— Dites donc, compère, savez-vous que vous êtes une fameuse navaja?
— Et vous donc ! Et deux hommes de notre valeur iraient s’entre-tuer ! »
On s'explique, on s’embrasse, et les deux rivaux s'en vont bras dessus, bras dessous à la laverne, où la paix se consolide entre une bouteille de manzanilla et un plat de poisson frit.
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