‹ L'EspagneChapitre 146 sur 287 · CH \PI 1 A · texte numérisé non relu

CH \PI 1 A

1 1 en l'honneur de |

)UCHNANLE :

LR À F L Ai" ' vY 3%, j F « te ra Vierge alla laver — Ses blariches ane es 1e Re : | mer cessa de mugir. » |

La Virjen se estä peinando, Su peine de marfil era ; Rayos de sol sus cabellos,

' La cinta la primavera.

« La Vierge arrange sa chevelure ; — Son peigne était d'ivoire, — Ses cheveux étaient des rayons de soleil, — Et le

printemps lui servait de ceinture. » |

. Sa

La Virjen quis6 sentarse

Al abrigo de un olivo;

Y las hojas se volvieron

À ver el recien nacido. :

« La Vierge voulut s'asseoir — À l'ombre d'un olivier, — Et les feuilles se retournèrent — Pour voir son fils nouveau-né. »

Cuando la Virjen fué à misa

En el templo de Salomon,

El vestido que Ilevaba

Era de rayos de sol. : d

« Quand la Vierge fut entendre la messe — Dans le temple de Salomon, — Le costume qu'elle portait — Était fait de rayons de soleil. »

Il y a beaucoup de co/radias en l'honneur de la Vierge ; de temps en temps les membres de ces confréries se réunissent dès le point du jour, au son d’une petite cloche, pour réciter le chapelet de l'aurore, — e/ Rosario de la Aurora; parmi ces couplets mystiques, nous avons remarqué celui où Marie est comparée à un navire de grâce dont saint Joseph est la voile, et le niño Jésus le gouvernail ; les rames sont les âmes pieuses qui vont au Rosaire «avec grande dévotion : »

ës Maria la nave de gracia,

San José la vela, el niño el timon ;

Y los remos son las buenas almas

Que van al Rosario con gran devocion.

D'autres coplas non moins naïves sont celles qui se chantent sous le titre de /« Prediccion de la Gülana: une gitana, dit le premier couplet, s'approcha des pieds de la Vierge sans tache ; elle mit un genou à terre et lui dit la bonne aventure :

Una Gitana se acerca Al pié de la Virjen pura,

Hincé la rodilla en tierra, Y le dijo la buena venturu.

Depuis un temps immémorial, le dogme de l'immaculée Conception est passé en Espagne à l'état de croyance populaire : on sait qu'autrefois le salut ordinaire, quand on abordait quelqu'un, était : Ave Maria purisima, et qu'on ne manquait jamais de répondre : Sin pecado concebida {conçue sans péché). Aujourd'hui encore, — nous en avons fait plusieurs fois la remarque, — cette formule est employée dans plusieurs provinces. L'Immaculée Conception est célébrée dans plus d'un vieux livre rare : nous achetâmes un jour, en bouquinant dans les rues de Cordoue, un

», ee à Je L'ART curieux in-quarto imprimé en 1615 à Baeza, et qui porte le titre de Glosas ( culade Concepcion, en forma de chançonetas. « Ces couplets que chantent comm iném enfants, dit l’auteur du livre, ont été inspirés par la singulière dévotion que l'insigne Cordoue professe particulièrement pour ce sacrosaint mystère. » Des couplets de ce genre chantent encore aujourd’hui. En voici deux des plus connus : |

Los Moros de Berberia Dicen que no puede ser Parir y quedar doncella La esposa de San José.

Si supieran la doctrina Que enseña el Santo Evangelio, Supieran como Maria Fué madre y Virjen à un tiempo.

« Les Mores de Barbarie prétendent que l’épouse de saint Joseph ne put enfanter et rester vierge. « S'ils connaissaient la doctrine qu’enseigne le saint Évangile, ils sauraient comment Marie fut mère et vierge en même temps. »

* Le nombre des tableaux espagnols représentant l'Immaculée Conception est vraiment incalculable ; on sait que Murülo traitait si souvent ce sujet, qu’on lui avait donné le surnom de Pintor de las Concepciones. L'année qui précéda la naissance du grand peintre de Séville, en 1618, une déclaration solennelle mit l'Espagne et toutes ses possessions du Nouveau-Monde sous la protection du saint Mystère : les auteurs contemporains font des récits extraordinaires des fêtes qui furent célébrées à cette occasion, et parmi lesquelles figurèrent de grandes courses de taureaux. Plus tard, le collége de las Becas fut spécialement fondé à Séville pour la défense du fameux dogme, et Charles IT, vers la fin du siècle dernier, fonda l’ordre de Carlos Tercero, avec l'Immaculée Conception pour emblème. Il n’est guère de ville en Espagne où l’on ne voie représentée la Santisima, vêtue de bleu et de blanc, et accompagnée d’un vase contenant des lis, symbole de la pureté. Ce sujet était autrefois très-souvent peint sur les azulejos qu'on incrustait sur la façade des maisons : nous avons remarqué, à Séville, à Tolède et à Cordoue, un assez grand nombre de ces peintures tutélaires. « Sur la porte de la plupart des maisons, dit madame d’Auln0Y, 1l y à un carreau de faïence sur lequel est la Salutation Angélique, avee ces mots: Maria fué concebida sin pecado original. » Cette inscription se trouvait même sur les armes et sur les armures ; nous l’avons vue plusieurs fois sur des cuirasses, et nous possédons une ancienne épée de Tolède où elle est gravée en beaux caractères du seizième siècle.

Peu de temps après avoir quitté Cordoue, nous passâmes à peu de distance du pont d’Alcolea, près duquel se livra, en 1868, la bataille qui coûta à Isabelle I le trône d'Espagne. Ce pont a été élevé par Charles IT à la fin du siècle dernier, et le marbre noir qui servit à sa construction fut tiré de la Sierra Morena. Nous nous arrêtâmes une journée à Andujar, petite ville renommée pour ses vases de terre poreuse qui servent à rafraîchir l’eau, et que l’on transporte dans presque toutes les parties de l'Espagne, et même à l'étranger. Ces alcarrazas (et non a/carazzas Où alcaradzas, comme on l'écrit souvent) sont d’origine arabe, de même que leur nom, et se fabriquent depuis très-longtemps dans le pays. Ponz, dans son Viage de España, les cite comme les meilleures de toute l'Espagne: leur forme, d’une élégance remarquable, est restée telle qu'elle était autrefois, et rappelle beaucoup celle des vases du même genre qui se font encore au Maroc et sur tout le littoral africain de la Méditerranée. Ils ont généralement deux anses, et

a a simplement à un four et quelques tours : il façonne la terre

te non d

vriers, et expose ses produits dans une petite boutique donnant sur font avec une marne argileuse qu'on va chercher à peu de distance d'An les renseignements que nous avons recueillis sur les lieux, comment on procède à 1 cation. On commence par bien pétrir la terre, puis on fait sécher au feu du sel marin, finem broyé et passé au tamis, qu'on ajoute dans la proportion de cinq livres pour cent Fe 11 Fe terre; ce sel a pour effet de donner plus de porosité à la pâte, qui se façonne très-facilement sur | le tour, et se prête, comme nous l'avons dit, au travail le plus délicat. Une fois les a/carrazas façonnées, on les fait sécher au soleil, puis on les introduit dans un four qu'on chauffe modérément au moyen de branches d'olivier, de chêne vert, de sarments de vigne, ou bien encore de genêt et de romarin qu'on apporte de la Sierra; car la terre ne résisterait pas à une température élevée. La légèreté des a/carrazas est extrême, et leur fragilité très-

grande ; elles se vendent, du reste, à un bon marché incroyable : ainsi pour un réal ou vingt-cinq

centimes, nous en achetâmes de fort jolies, et pour six ou huit réaux nous pûmes choisir ce qu'il y avait de plus riche dans les boutiques d'Andujar. On fait aussi des a/carrazas dans d’autres villes de l'Espagne, notamment à Valence, à Chiclana, à Murcie, à Felanitz (île de Majorque) et à Malaga ; celles de ces deux dernières villes se distinguent par une grande élégance de forme. | La Carolina, qui doit son nom au roi Charles I, est un grand bourg aux constructions symétriques, dont les rues alignées au cordeau, tradas à cordel, et semblant sortir du même moule, se coupent toutes à angle droit. Rien n'est plus monotone que cette métropole des Nuevas poblaciones. C’est le nom qu'on à donné à quelques villages, tels que Santa Elena, Guarroman et autres, qui furent construits sur un même plan par un homme d'État célèbre, Olavide, pour peupler les contrées désertes qui avoisinent la Sierra Morena. Une fois les poblaciones bâties, il ne manquait plus que des habitants : on fit venir des Suisses et des Allemands ; mais ces étrangers s’acclimatèrent difficilement. Nous aperçûmes, en approchant des montagnes, quelques-unes de ces pettes croix de bois qu'on élève à la place où un homme a été tué. Un voyageur du siècle dernier, le marquis de Langle, fut frappé de la fréquence de ces croix dans les montagnes que nous traversions, et il était d'avis qu'à la place où un crime avait été commis, il eût mieux valu dresser un échafaud : «Il est moins intéressant, ajoute-t-il, pour les voyageurs et autres intéressés, de perpétuer le souvenir d’un meurtre que de rappeler l'idée de punition. » Le chemin de fer traverse des gorges affreuses et des précipices qui donnent le vertige ; un passage célèbre, où ces gorges se resserrent d'une manière effrayante, est connu sous le nom de Despeñaperros. Du temps des diligences, on gravissait lentement les nombreux zigzags de la côte, et plus d’une fois nous descendimes pour prendre un raccourci; un jour un carbonero de la monlagne, à qui nous avions offert quelques cigares, nous guida dans des sentiers très-difficiles, mais d'où la vue était merveilleuse. Notre guide nous fit remarquer des roches d’une forme singulière, qu'on appelle /os Organos à cause de leur ressemblance avec de gigantesques tuyaux d’orgues. Nous avions beaucoup d'avance sur la diligence, et Doré eut le temps de faire un très-beau dessin de la gorge du Despeñaperros : des blocs, d'ane teinte sombre comme l’ardoise, s'élèvent perpendiculairement de chaque côté de la route, et ne laissent qu'un étroit passage qu'on dirait ouvert par le cimeterre de quelque géant. À nos pieds s'ouvrait l'abime, en partie masqué par une épaisse végétation, et au fond duquel nous entendions le murmure dun mince filet d'eau. C’est du haut de ces rochers escarpés que les infidèles, poursuivis après la bataille de /as Navas de

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