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ARRIVÉE D’UNE

DILIGENGE DANS UNE HOTELLERIE DE LA MANCHE (SANTA CRUZ DE MUDELA) (page 475).

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d'autres crus des côtes du Rhône; comme ces vins, le valdepeñas est d'un beau rougt d'un bouquet très-prononcé, et excessivement capiteux : qualités qu'il doit sans do

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pierreux du pays, car Va/depeñas signifie littéralement : valke de pierres. La Manche produit *

une autre vin fameux, plus anciennement connu peut-être : celui de Ciudad-Real, aujourd’hui capitale de la province de ce nom. Ce vin était très-renommé autrefois, et on le connaissait sous le nom de vino catélico, — bien que probablement on n’eût pas l'habitude de le baptiser. Cervantès, dans sa nouvelle du Licencié Vidriera, mentionne, parmi les vins les plus fameux, celui de /a ville plus impériale que royale, salon du dieu de la gaieté. H le cite encore dans l'aventure de l’écuyer du Bocage, qui avait à l’arcon de sa selle une outre pleine de vin de Ciudad-Real, à laquelle il donnait à chaque moment mille accolades et mille baisers : « … 11 la mit dans les mains de Sancho, lequel l'empoignant, la porta à sa bouche, et resta un quart d'heure à contempler les étoiles. — Mais dites-moi, seigneur, par le salut de celui que vous aimez le plus, c'est bien du vin de Ciudad-Real ? — Habile gourmet, répondit l'écuyer, la vérité est qu'il ne vient pas d’un autre endroit, et qu'il a quelques années d'âge. — Avec tout cela, reprit Sancho. né croyez pas que la connaissance du vin me soit étrangère. N’est-il pas juste, seigneur écuyer, que je possède un instinct si grand et si naturel pour connaître les vins, qu'il suffise qu’on me donne à sentir celui qu'on voudra, pour que je dise son pays, son cru, son âge, et tous les détails qui le concernent ?... »

Ciudad-Real était également très-fameuse autrefois à cause de sa Santa-Hermandad. On sait que la Santa-Hermandad, dont le nom signifie littéralement : Sainte- Confrérie, était un tribunal avec juridiction spéciale, institué dès le moyen âge et régularisé sous les rois catholiques. Les membres de ce tribunal avaient pour mission de juger et de punir les crimes, particulièrement ceux commis hors des villes et villages par les sal/teadores ou voleurs de grands chemins : c’est pour cela que le bon Sancho eut une si grande frayeur lors de l’'épouvantable bataille que se livrèrent le gaillard Biscayen et le vaillant Manchois, car il savait bien que « ceux qui se battent au milieu des champs ont affaire à la Sainte-Hermandad » . Il n'y a pas longtemps encore, les environs de Ciudad-Real n'étaient guère sûrs. C’est dans cette ville que furent exécutés, il y à une vingtaine d'année, les sept frères Vasquez, intéressante famille dont nous avons déjà dit quelques mots ; ces sept frères bandoleros, qui voulaient sans doute continuer les traditions des fameux Néños de Ecija, furent convaincus d'avoir assassiné plus de cent personnes, et avoir volé le trésor de quatorze églises, — sans compter les vols à main armée.

Mais revenons à Valdepeñas. Les bonnes auberges, chacun le sait, ne sont pas extrêmement communes en Espagne : c’est pourquoi nous ne voulons pas manquer de rendre justice au Parador del Mediodia, qui fait honneur à Valdepeñas, et qui contraste heureusement avec la plupart des posadas de la Manche : nous y trouvâmes un copieux dîner servi dans une salle très-fraîche, ainsi qu'un patio ombragé ; sous chaque arcade étaient suspendues, à côté de vases de fleurs, des alcarrazas à travers lesquelles suintait une eau glaciale : toutes choses fort appréciables pour des voyageurs qui ont souffert de la soif, de la poussière et de la chaleur. Des Jeunes filles à la peau bronzée, et dont les cheveux noirs, artistement tressés, formaient un chignon en forme de huit, nous servirent avec beaucoup de prévenance, tandis que d’autres, armées de chassemouches de papier, écartaient les essaims qui bourdonnaient autour de nous.

Valdepeñas est à peu près à mi-chemin entre Madrid et Grenade ; à mesure qu’on se dirige vers le nord, on entre plus avant dans ces immenses plaines de la Manche, où les champs de blé s'étendent à l'infini * avec une monotonie désespérante. Une chaude brise du sud, en passant sur un océan de moissons presque mûres, faisait onduler au loin les épis, qui formaient comme d'innombrables vagues dorées, se succédant régulièrement jusqu’à l'horizon. Pas un arbre à dix lieues à la ronde, pour rompre l’uniformité de ces champs tous semblables ; quelques murs seule-

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. savons ce qu'il y a de vrai dans cette croyance, mais ce qui est bien certain, c'est que les gor- 4 riones (moineaux francs) sont regardés en Espagne comme des animaux nuisibles. Les hiron-

id delles au contraire sont ous partout, et, de même que chez nous, on croit qu ‘elles portent

+ 2 J bonheur aux maisons ; à cette croyance se rattache une légende populaire des plus touchantes : 2

Quand les soldats de Ponce-Pilate posèrent la couronne d’épines sur la tête de Jésus-Christ, des hirondelles vinrent enlever avec leur bec les épines qui déchiraient son front divin :

Las golondrinas Le quitaron à Cristo

F Tres mil espinas.

F +4 Les « Les hirondelles — Ont enlevé au Christ — Trois mille épines. » 3. | as 2 ARS" Seulement 11 y a la contre-partie : c’est le couplet qui concerne les moineaux : Los gorriones Le quitaron à Cristo Tres mil doblones.

e. us « Les moineaux francs — Ont enlevé au Christ — Trois mille doublons. » Ce manque d'arbres est commun, du reste, à d’autres provinces de l'Espagne, notamment à la Castille ; il en résulte naturellement une grande disette de bois et de charbon. Cette disette, et 5 * d’autres raisons sans doute, éveillèrent, il y a plus de cent ans déjà, l'attention du gouvernement

SCD espagnol. Sous le règne de Charles HT, une ordonnance du conseil de Castille, garantie par des

4 lois pénales, enjoignait à chaque habitant des campagnes de planter au moins cinq arbres. Mais le

préjugé eut le dessus : on plantait mal; ce qui survivait était coupé par les passants, et la nudité

actuelle des plaines montre le peu de respect qu’on eut pour l'ordonnance royale. Peut-être, du

À reste, comme nous l'avons souvent entendu répéter, la sécheresse excessive et la nature saline du L terrain sont-elles une des causes principales de la nudité des plaines de la Manche.

Il était nuit close quand nous arrivâmes à Manzanarès. Comme cette ville se trouve à peu

près au centre des principaux endroits que le chef-d'œuvre de Cervantès a rendus célèbres, et à

; quatre lieues seulement d'Argamasilla de Alba, nous avions résolu de nous y arrêter, pour faire de là nos excursions dans les environs. Il y avait dans notre posada d'énormes lévriers au poil rude et aux longues oreilles droites, dont la race est très-ancienne et très-répandue dans la Manche. Ces superbes animaux appelés galgos, qui errent en assez ir nombre dans les rues de Manzanarès, ont l'air fort rébarbatif; cependant nous parvinmes à lier amitié avec plusieurs d'entre eux, grâce à quelques croûtes de pain; car ces descendants du galgo corredor de don Quichotte sont toujours affamés, et on peut étudier sur leur peau tous les détails de leur sque-

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