‹ L'EspagneChapitre 153 sur 287 · AQUEDUC ANTIQUE, A MÉRIDA · texte numérisé non relu

AQUEDUC ANTIQUE, A MÉRIDA

Le Campo de Montiel ; Pierre le Cruel et Henri de Trastamare. — La grotte de Montesinos. — Les Ojos del Guadiana. —

La Venta de Quesada. — Les moulins à vent de la Manche. — Le Puerto Lapiche. — Souvenirs de Don Quichotte et de Sancho. — Le Toboso; les jarras et les tinajas. — Tembleque. — L'Estrémadure et ses habitants. — Le Puerto de : Miravete. — Despoblados et dehesas. — Le couvent de Guadalupe. — Trujillo ; la maison de Pizarre. — Garcia de Paredes, cl! Sanson de Estremadura. — Le ganado de cerda ; les chorizos et les jamones estremeños. — Mérida et ses monuments antiques : — El Arco de Santiago ; — {os Milagros ; — las Siete Sillas : — el Baño de los Romanos ; — le Circus Maximus. — Badajoz; Morales el Divino. — Antipathie entre les Portugais et les Espagnols. — Les auberges espagnoles : fonda, parador, posada, meson, venta, etc. — Quelques noms pittoresques. — Récits des anciens voyageurs. — Pourquoi les auberges sont si mauvaises. — Montanchez. — Les troupeaux de moutons et la Mesta. — Les h'ashumantes. — Les merinos. — Organisation des {roupeaux nomades. — Les bergers et les chiens. — Câceres. — Les bücaros d'Estrémadure; une singulière friandise ; abus qu’en faisaient les Espagnoles. — La collection de b&caros du comte d'Oñate. — Le pont d’Alconetar et de Mantible. — Le pont d'Alcantara. — Plasencia ; la Silleréa del coro : singulière folie d’un sculpteur en bois. — La Vera de Plasencia. — La retraite de Charles-Quint ; pourquoi on doit

l'appeler Yuste, et non Saint-Just. — Talavera de la Reina ; ancienne renommée de ses faïences. — Les Azulejos de Talavera, — Puente del Arzobispo.

La chaleur était tropicale quand nous parcourûmes cette vaste plaine sans ombre qu'on appelle e/ Campo de Montiel, et que l’ingénieux hidalgo traversa lors de sa seconde sortie : “Sancho s'en allait sur son âne, comme un patriarche, avec ses besaces et son outre, et avec un grand désir de se voir déjà gouverneur de l'ile que son maître lui avait promise. Don Quichotte suivit justement la même direction et le même chemin qu'il avait pris lors de son premier Yoyage, C'est-à-dire par la plaine de Montiel… » Le bourg de Montiel est bâti, dit-on, sur les ruines de l'ancienne Munda, capitale des Celtibériens, où Scipion l’Africain se fixa pendant quelque temps, après avoir chassé les Car

thaginois d'Espagne. C’est encore ici que se passa. en 1369,

un des événements les plus dramatiques de l’histoire d'Espagne. Pierre le Cruel,

au HA p français: il

Er %s

| TAC ne y Heat du Cuesolin t lui il est temp, de partir! » Les Français V ‘entourèrent et,

une tente. Après un instant de silence, parut un homme € G

nn ©

Henri de Trastamare, frère du roi de Castille. La scène nl qui suivit à été racor

M. Mérimée d'après Ayala et Froissard : « Don Henri, promenant ses regards sur les € #1? __liers sortis de Montiel: « Où donc est ce bâtard, dit-il, ce juif qui se prétend roi de Castille? » : Un. écuyer français lui montre don Pèdre. « Voilà votre ennemi!» dit-il. Don Henri, encore incertain, le regardait fixement. « Oui, c’est moi, s’écrie don Pèdre, moi, le roi de Castille. Tout

le monde sait que je suis le fils légitime du bon roi don Alphonse. Le bâtard, c’est toi ! » Aussitôt

don Henri, joyeux de l'insulte qu'il avait provoquée, tire sa dague et le frappe légèrement au

visage. Les deux frères étaient trop près l’un de l'autre pour tirer leurs épées. Ils se saisissent à bras-le-corps, et luttent quelque temps avec fureur sans que personne essaye de les séparer. Sans se lâcher, ils tombent l’un et l’autre sur un lit de camp, dans le coin de la tente ; mais don Pèdre, plus grand et plus vigoureux, tenait son frère sous lui. Il cherchait une arme pour le percer, lorsqu'un chevalier aragonais, le vicomte de Rocaberti, saisissant don Pèdre par un pied, le renverse de côté, en sorte que don Henri, qui l’étreignait toujours, se trouve dessus. Il ramasse un poignard, soulève la cotte de mailles du roi, et le lui plonge dans le côté en remontant le coup. Les bras de don Pèdre cessent de presser son ennemi, et don Henri se dégage pendant que plusieurs de ses gens achèvent le moribond. » |

La partie de la Manche que nous traversions rappelle à chaque instant le souvenir du héros de Cervantès. C’est d’abord la fameuse cueva de Montesinos, au fond de laquelle l'intrépide chevalier de la Manche se fit descendre attaché à une corde, au grand désespoir de Sancho, qui voulut en vain dissuader son maître d'aller s’enterrer vif ou se refroidir à la glace, au fond de cet

épouvantable gouffre. La caverne de Montesinos n’est pas une invention de l’immortel romancier :

elle existe réellement dans la plaine de Montiel. On l'appelle ainsi, suivant une légende fort ancienne, en souvenir d’un neveu de Charles Martel, qui avait été forcé de se réfugier en Espagne; il y acquit bientôt la réputation d'un chasseur intrépide, et devint fameux dans les fastes de la chevalerie sous le nom de Montesinos. Après la mort de son oncle, il rentra en France, et Charlemagne en fit un de ses douze pairs. Or à cette époque vivait dans la Manche une dame d’une beauté merveilleuse, qui était châtelaine d’un castillo de la Osa de Montiel, à peu de distance de la caverne. La belle Rosa Florida, qui avait déjà refusé la main de six comtes francais et de trois ducs lombards, s’éprit d'une vive passion pour Montesinos qu’elle n'avait jamais vu, mais dont elle avait entendu vanter les prouesses. Le chevalier français s’empressa de se rendre auprès de la dame, et l'épousa. Ces traditions, auxquelles se mêlent aussi les noms de Durandal, de Belerme et de l’enchanteur Merlin, étaient encore populaires du temps de Cervantès. En réalité, la cueva de Montesinos est tout simplement une grotte assez profonde, qu'on croit provenir d’une ancienne mine, et qui, par les mauvais temps, sert de refuge aux bergers et à leurs troupeaux.

A peu de distance de la caverne de Montesinos, se trouvent les Ojos del Guadiana, littéralement les yeux du Guadiana : c’est le nom qu'on donne à des lagunes ou étangs d’où l’eau jaillit en bouillonnant pour se transformer en un fleuve qui a sept lieues de cours souterrain. C’est de

ce fleuve que Pline dit qu'il se plaît à naître souvent : .…. Sæpius nasci qaudens. Un voyageur italien du seizième siècle attribue aux eaux et aux poissons du Guadiana des qualités malsaines, dues à leur séjour sous la terre : «... L'acqua e pesce di questo fiume son molto malsani e quasi pestifert,

forse per questa causa di star tanto sotto terra. » H est aussi question du Guadiana dans le chapitre où don Quichotte raconte les merveilles qu'il a vues dans la caverne enchantée, et confondant le

Page 1