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| | co cl De ce point élevé, très-favorable en effet aux expéditions des bandoleros, nous commenc
l'œil s'étend à perte de vue sans que, pendant des lieues entières, le moindre village paraisse à l'horizon. C'est à une quinzaine de lieues que s’élève sur notre gauche la sauvage Sierra de Guadalupe, si célèbre par son couvent de moines Hiéronymites, dont autrefois la richesse était fabuleuse. D'après un ancien proverbe, « celui qui était comte, et qui voulait être duc, n'avait qu'à se faire moine à Guadalupe : » |
Quién es conde, y desea ser duque, Metäse fraile en Guadalupe.
Navagiero donne de curieux détails sur ce couvent, rendez-vous d'innombrables pèlerins qui venaient de toutes les parties de l'Espagne et du Portugal, et sur ses moines, « lesquels, dit-il, possèdent d'immenses richesses, et ont encore, outre le revenu des aumônes extraordinaires, celui des quêtes qu'ils font dans toute l'Espagne ; de sorte que beaucoup affirment que le tout monte à plus de cent cmquante mille ducats par an. Il ne manque pas non plus de ceux qui disent qu’ils ont en espèces plus d’un million d’or, trésor gardé dans une belle et forte tour qui leur appartient. Le monastère est certes très-beau, et possède toutes sortes de métiers, plus nécessaires à une ville qu’à un couvent : et on trouve toutes choses en abondance dans le monastère, sans qu’il soit besoin de rien aller chercher au dehors, notamment deux très-belles caves où l’on garde le vin: dans l’une, on le conserve dans de très-grands tonneaux, et dans l’autre on se sert de grands vases de terre. Il y a aussi de magnifiques jardins plantés d'orangers et de citronniers de toute beauté. » Notre-Dame de Guadalupe est la patronne de l’'Estrémadure, comme la vierge du Pilar est celle de l’Aragon. Les captifs délivrés par son intercession venaient y suspendre leurs chaînes en guise d’er-voto. Cervantès, dans sa nouvelle de Persiles y Sigismundo, parle de la Santisima imdjen, libertad de los cautivos, lima de sus hierros, y alivio de sus prisiones. — «La trèssainte image, liberté des prisonniers, lime de leurs fers, et adoucissement de leur captivité. »
Nous approchions de Trujillo : nous pûmes nous assurer, avant d’y arriver, de l'exactitude de ce proverbe espagnol, sous forme d’avis au voyageur : « De quelque côté que tu entres dans Trujilo, tu seras forcé de cheminer une lieue à travers les rochers. »
Por doquiera que à Trujillo entrares, Andaräs una legua de berrocales.
Notre diligence s'arrêtait deux heures : c’était plus qu'il ne nous fallait pour visiter une petite ville de quatre à cinq mille âmes qui, à part deux églises, n'offre guère que des ruines très-pittoresques, témoins de sa splendeur passée. Parmi quelques autres maisons délabrées, nous remarquâmes celle du conquérant du Pérou, qui naquit à Trujillo. Francisco Pizarro, un des plus hardis aventuriers qui allèrent, au commencement du seizième siècle, chercher fortune dans le nouveau monde, était l'enfant naturel d’un capitaine et d’une fille de basse condition, et avait commencé par garder les pourceaux. La maison de Pizarro appartient aujourd'hui au marquis de la Conquista, l'un des descendants du célèbre conquérant du Pérou. Après la découverte de l'Amérique, beaucoup d’aventuriers quittèrent l'Espagne pour aller chercher fortune dans le nouveau monde ; l'Estrémadure, pays pauvre et de peu de ressources, fournit un bon nombre de ces émigrants ; c'est sans doute ce qui donna à Cervantès l'idée de prendre pour le héros d’une de ses nouvelles un Estrémadurien qui part pour les Indes, — /as Indias, comme on appelait alors l’Amérique, «refuge des désespérés d'Espagne, église des banqueroutiers, sauf-conduit des homicides, salut des tricheurs au jeu, appeau des femmes libres... » Plus d'une maison de Trujillo,
avoir une idée des despoblados ou dehesas de l'Estrémadure ; immense étendue de plaines, où P