‹ L'EspagneChapitre 158 sur 287 · LU · texte numérisé non relu

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aujourd’hui en ruines, à sans dpt été bâtie par que natale, comme le Jalour Estrémadurien. roi te la ill hauts plupart de ces anciennes maisons ; nous y vimes aussi une ancien li nom à Trujillo (Turris Julia). Nous visitâmes également l'église € de Sedan la de qui contient le tombeau de Pizarro. Le conquérant du Pérou, revêtu de son armure, est ef | à genoux, dans l'attitude de la prière, comme il convient à un chef dont les cruautés ont tnt à du pardon céleste. Nous eûmes encore le temps de voir, dans l'église de Santa-Maria Mayor, le tombeau du fameux Garcia de Paredes, un autre capitaine dont Trujillo s’enorgueillit. Ce terrible Garcia, surnommé e/ Sanson de Estremadura et el Alcides de España, était le compagnon d'armes de Gonzalve de Cordoue, et passa sa vie à guerroyer contre les Portugais, les Turcs et les Français. Les hauts faits du guerrier espagnol, dignes des temps fabuleux, dépassent tout ce qu'on raconte des héros de la mythologie : comme les plus fameux chevaliers errants, il détachait de terribles coups de sa longue épée. A ce titre, il ne pouvait manquer de figurer dans le Don Quichotte : on se souvient que lorsque le curé et le barbier se disposent à jeter au feu quelques livres de chevalerie, ils font grâce à deux ouvrages qui sont des histoires véritables : la vie du grand capitaine et celle de don Diego Garcia de Paredes, « qui fut un noble chevalier, natif de la ville de Truxillo en Estrémadure, guerrier de haute valeur, et de si grande force corporelle qu'avec un doigt 1l arrêtait une roue de moulin dans sa plus grande furie. Un jour, s'étant placé à l’entrée d’un pont avec une épée à deux mains, il barra le passage à toute une armée...» On montre encore, à peu de distance de Trujillo, un puits de trente pieds de largeur que le héros estrémadurien, aussi agile que brave et vigoureux, franchissait, dit-on, d’un seul bond ; tour de force aussi croyable, du reste, que ses exploits guerriers. Il paraît que le Samson de l’Estrémadure s’amusait encore à faire des tours de force à l’âge de soixante-quatorze ans ; c’est ainsi, d’après ce que raconte un de ses historiens, qu'il mourut à Bologne en 1530, à la suite d’une chute qu’il fit en voulant montrer sa vigueur el son agilité. Nous avons vu à l'Armerta de Madrid une demi-armure qui appartenait à Garcia de Paredes : elle pèse en tout deux arrobes et cinq livres, c’est-à-dire un peu moins de trente kilogrammes. Quand on est de force à porter un karnoïs aussi pesant, on peut bien prétendre au surnom d'Hercule espagnol.

Le pays compris entre Trujillo et Mérida est occupé par d’immenses dehesas, — terrains où croissent des prairies naturelles. Dans ces dehesas paissent d” innombrables pourceaux noirs, qui forment, avec les troupeaux de moutons dont nous parlerons bientôt, la richesse de lEstrémadure. Ces noirs animaux, qu’on désigne sous le nom de ganado de cerda, se nourrissent prineipalement de bellotas ou glands doux, Leurs gardiens, qui comptent parmi leurs ancêtres le conquérant du Pérou, descendent peut-être aussi de ces chevriers devant lesquels Don Quichotte, prenant une poignée de glands dans sa main, vanta si éloquemment les douceurs de l'heureux âge auquel les anciens donnèrent le nom d'âge d’or. L’Estrémadure fournit à l'Espagne une très-grande quantité de jambons, ainsi que le lard, — tocino, — accompagnement obligé du puchero. La réputation des jambons d'Espagne est des plus anciennes, et il paraît qu'on appréciail surtout ceux qui se faisaient avec des cochons nourris de vipères : Saint-Simon en parle avec enthousiasme, et en gourmet convaineu, à propos d’un souper qu’on lui offrit. Les saucissons OU chorizos estremeños sont également renommés en Espagne ; on en fabrique une immense quan” tité au mois de novembre, car c’est vers la Saint-Martin qu'il se fait des hétacombes de pores, — comme dit le proverbe : A cada puerco su San Martin, — chaque pourceau a sa Saint-Martin: Ces animaux doivent être d’un assez bon revenu pour le pays, si l’on en croit ce proverbe, d’après lequel l'Estrémadurien échange ses jambons contre des doublons :

El Estremeno jamones Trae en vez de doblones.

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Mérida, où nous arrivâmes dans la soirée, est une des plus anciennes villes d'Espagne : elle fut fondée l'an 23 avant l'ère chrétienne. L'empereur Auguste, après la dernière guerre cantabrique, voulut récompenser les vétérans de ses légions, ceux qu'on appelait emerili, el leur permit de fonder une ville qu'on appela Emerita Augusta, nom qui rappelait à la fois le souvenir de l'empereur et celui de ses soldats. La nouvelle cité ne tarda pas à devenir une des plus importantes de la Péninsule ibérique, et plusieurs auteurs de l'antiquité, notamment Prudence, ont témoigné de la splendeur de l’ancienne capitale de la Lusitanie ; Martial ne l’a pas oubliée dans ses Épigrammes :

Gaudent jocosæ Canio suo Gades, Emerita Diacono meo.

Les murailles de Mérida offraient alors un développement de six lieues ; sa garnison en temps de paix était de quatre-vingt mille fantassins et dix mille cavaliers. La ville état encore trèsflorissante sous la domination des rois goths, lorsque Muza-Ben-Nasser vint l’assiéger, quelques années après avoir envahi le midi de l'Espagne ; en apercevant la ville à une certaine distance, il s’écria : «Il faut que le monde entier ait mis la main à l’œuvre pour bâtir une pareille cité! » Après être restée sous la domination musulmane pendant plus de cmgq siècles, Mérida fut conquise par les chrétiens en 1229 ; depuis cette époque elle à tellement été en décroissant, qu'aujourd'hui on y compte à peine cinq mille habitants. La ville n’a pas l'aspect malpropre et sauvage de Trujillo ; mais elle manque de mouvement, et mériterait comme Pise d'être surnommée /a morte. C'est la ville d'Espagne qui renferme le plus de monuments de l'époque romaine, et elle peut lutter sous ce rapport avec plusieurs villes du midi de la France, telles que Nîmes, Arles et Orange. On a parlé à plusieurs reprises d'y faire des fouilles, mais l'idée est toujours restée à l’état de projet. Le pont romain sur le Guadiana, — l’Anas des anciens, — excita tout d’abord notre admiration: ce magnifique pont de granit est d’une conservation remarquable, malgré les invasions et les guerres dont la ville a eu à souffrir; il fut construit par ordre de Trajan et n’a pas moins de quatre-vingts arches, sur une longueur de deux mille cinq cents pieds. Un autre souvenir de l'Espagnol Trajan, c’est un arc de triomphe dont les ruines sont encore majestueuses, e/ Arco de Santiago : malheureusement, les sculptures qui l'ornaient ont presque entièrement disparu. De l’ancien Forum ilne reste que quelques fragments informes : c’est de là que partait la Via lata, qui reliait Mérida à Salamanque, et dont les Espagnols ont fait le Camino de Plata. Un des monuments antiques les plus imposants de Mérida, c'est le célèbre aquedue, qui pouvait rivaliser avec ceux de Ségovie et de Tarragone. Les dix arches qui subsistent encore sont bâties en granit et en briques, et s'élèvent, sur trois étages, à plus de quatre-vingts pieds de hauteur. Rien ne donne mieux l’idée de la hardiesse des constructions romaines que ces arcades colossales, et les habitants, sans doute émerveillés de leur grandeur, les ont appelées /es Miracles : — los Milagros. L'amphithéâtre, qu’on appelle /as Siete Sillas à cause des sept rangs de gradins qui subsistent encore, et l’ancienne naumachie, désignée aujourd'hui sous le nom de Baño de los Romanos, — le Bain des Romains, — sont aussi trèsremarquables, bien qu'ils aient eu, ainsi que la Citerne antique, à souffrir des injures du temps. Nous allâmes encore visiter à peu de distance de la ville, près d’un ancien ermitage connu sous le nom de San Läzaro, les ruines majestueuses de l’ancien cirque romain, le Cêrcus maximus. — L'enceinte est relativement en assez bon état et nous püûmes distinguer l'emplacement des

siéges destinés aux spectateurs. Il serait facile, moyennant quelques travaux, d'y donner encore ’ 63 ,

" dajoz. a daine Paz Augusta n'e ee ce trajet nous parut-il fort court après le long YOyE | dimes à la fonda de las Tres Naciones, où nous primes possession de nos chambres, à e

C’est à Badajoz que mourut le fameux peintre Luis de Moralès, surnommé el Divino, parce qu'il peignait presque exclusivement des figures du Christ, ou d’autres sujets religieux : on à donné à une des rues de la ville le nom de cale de Moralès. Philippe IL, à son retour du Portugal, en 1581,

une grande simplicité, mais dont les murs, blanchis à la chaux, étaient d’une propreté parfaite. #

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