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FONDAS, PARADORES, POSADAS, ETC

être des arrieros, et qui étaient vêtus de gros drap et coiffés de ces bonnets de fourrure grossière qu'on appelle monteras. L’hôtesse, une petite femme toute ridée, dont le nez et le menton se rejoignaient, était un type accompli de ces vieilles que les Espagnols appellent bruyas ou sorcières ; elle surveillait une demi-douzaine de petits pots de terre placés sur les charbons, et d'où s'échappait une odeur d'huile rance. Quant au ventero, il était assis sur un banc boiteux, et chantait d’une voix nasillarde en s’accompagnant avec une mauvaise guitare. Cette scène nous apparut comme à travers un épais brouillard, car il n’y avait pas de cheminée dans la pièce ; le foyer, composé simplement de quelques pierres, était placé dans un des angles, sur le sol, et un trou ménagé dans le plafond laissait pour la fumée un passage étroit. Le ventero, en nous voyant entrer, interrompit sa chanson et s’avança vers nous, et les assistants se rangèrent pour nous faire place. Fort heureusement, nos a//orjas contenaient d’abondantes provisions, car nous n’aurions guère trouvé dans la venta que du pain et de mauvais vin, et si nous avions demandé au ventero ce qu'il y avait dans son auberge, il aurait pu nous adresser la réponse traditionnelle : « Il Y a de tout... ce que vous apportez avec vous. »

Si les hôtels et auberges d'Espagne n'offrent guère de ressources, en revanche la langue espagnole est très-riche pour désigner les établissements destinés à recevoir les voyageurs. Ainsi nous pouvons en compter au moins sept, qui sont, en suivant l'ordre hiérarchique, fonda, parador, posada, meson, venta, vendeja et ventorillo. La fonda, dont le nom vient de l'arabe comme le fondaco des Italiens, tient le premier rang et ne se trouve que dans les grandes villes : cest notre Adte/, avec cette différence qu'au lieu de faire payer séparément le logement et la nourriture, on compte aux voyageurs une somme fixe par jour, même quand ils prennent leurs repas au dehors. Entre le parador, la posada et le meson, il n'y a que de légères nuances : le premier sert souvent de halte aux diligences. Le nom de posada est plus généralement employé que celui de meson. Dans ces trois établissements. qui correspondent à peu près à nos auberges, on reçoit non-seulement des voyageurs, mais des chevaux, des mulets et des bestiaux ; il arrive souvent qu'il faut traverser l'écurie pour arriver aux autres pièces. Du reste, on rencontre des posadas très-propres et beaucoup mieux tenues que certaines fondas. Jadis on n’y trouvait que le couvert, et il fallait y porter ses vivres; mais aujourd’hui on y peut faire presque toujours un repas quelconque. Il n'en est pas ainsi de la venta ou du ventorillo, son diminutif, dont le nom pourrait se traduire par cabaret ou bouchon : La venta, dit le Diccionario de la Academia, est une maison établie sur les routes et dans les despoblados (lieux inhabités), pour abriter les voyageurs, ou un bâtiment en ruines et exposé aux injures du temps. Ces gîtes portent parfois des noms trèspittoresques : ainsi il y à la venta de los A jos (de l’Aïl), del Judio (du Juif), del Moro, de la Mala Muger (de la méchante Femme). Il y a aussi des noms qui ne sont guère rassurants, tels que la venta del Puñal (du Poignard), la venta de los Ladrones (des Voleurs), de! Piojo (un insecte parasite qui fait penser au padre pediculoso dont parle Voltaire), et d’autres encore aussi peu engageants. Dans plusieurs provinces, telles que l’Andalousie et l’'Estrémadure, une partie des ventas sont tenues par des getanos qui ne se font pas faute de rançonner les voyageurs forcés d'entrer dans leurs taudis.

«Le manque de population de l'Estrémadure, dit Ponz dans son Voyage d’Espagne, et la pauvreté du peuple, font que le voyageur qui s'éloigne tant soit peu du camino real rencontre à peine une auberge où s’abriter : quant à parler de chambres, de lits et autres raffinements, c’est perdre son temps ; et Dieu sait ce qu'il en coûte pour trouver à manger. Quand je parle de routes royales, je ne veux guère mentionner celle de Madrid à Badajoz, où l’on trouve bien quelque chose, mais toujours mauvais et en petite quantité. Vous pouvez donc deviner les calamités que j'ai dû endurer, puisque j'ai presque toujours parcouru des chemins de traverse. » Dès le quinzième siècle, la rareté et le mauvais état des auberges espagnoles avaient attiré l'attention des

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