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MAISONS DE MADRID

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prix. Nous étions, ajoute-t-elle, plus de soixante dames dans cette galerie. Elles étoient toutes assises par terre, les jambes en croix sous elles. C'est une ancienne habitude qu'elles ont gardée des Mores. Elles étoient cinq ou six ensemble, ayant au milieu d'elles un petit brasier d'argent plein de noyaux d'olives, pour ne pas entêter… Tous les meubles que l’on voit ici sont extrémement beaux, mais ils ne sont pas faits si proprement que les nôtres, et il s’en faut tant qu'ils ne soient si entendus. Ils consistent en tapisseries, cabinets, peintures, miroirs et argenteries. »

Les auteurs du dix-septième siècle font un tableau peu séduisant des rues de Madrid. On en jugera par quelques passages de Madrid ridicule. poëme burlesque du sieur de B..…., ci-devant secrétaire de l'ambassade en Espagne. L'auteur de cette satire, qui paraît avoir pris pour modèles la iome ridicule de Saint-Amant et le Paris ridicule de Claude Petit, commence par nous prévenir que son portrait ne sera pas flatté :

Je veux, aux yeux de l'univers, Étriller Madrid dans mes vers, Lui donner aujourd’hui vingt fois les étrivières. Le sujet est riche et plaisant, Laïssons là les graves matières, Et n’entonnons qu’un aigre chant.

Madrid ! enfer de puanteur,

Puisque je me trouve en humeur D'ébaucher ton portrait d’une noire peinture,

Je veux si bien te dessiner,

Qu'à chaque trait de ta figure

Chacun te puisse deviner.

Amas de baraques fardées,

Tu n'inspires que du chagrin ;

Tes vieux palais ni ton grand train

N'adouciront point mes idées :

Tu n'es, selon les meilleurs goûts,

Que lacs bourbeux, vilains égouts.

Dans cet abime d'immondice

Il faut marcher avec compas, J Et s’assurer à chaque pas

Sur la foi d’un caillou qui glisse.

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Madrid, Sérats dE RE

Séjour détestable et puant, PERS EURE JS Fos Dont plus d’un prince chat-huant rc ICS Faisoit autrefois les délices, ; ER Je voudrois par cent traits divers 7 Te tympaniser dans mes vers : ES DURE ET

On ne hume chez toi que... ou que poussière, , we. Puisqu'il faut avoir sous le né

A tout moment la tabatière, EX ETES

Pour n'être pas empoisonné.

Si chargée que soit cette peinture, elle s'accorde avec ce que nous disent ceux qui ont visité Madrid à cette époque. L’un assure que les rues étaient les plus puantes du monde : «Ceux qui calculent bien disent qu'on les parfume tous les jours de ce qui sort de plus de mille bassins. » C'était là, paraît-il, un des principaux désagréments de la capitale de l'Espagne ; madame d’Aulnoy nous l'explique en termes fort honnêtes : « Les maisons n’ayant point de certains endroits commodes, on jette toute la nuit par les fenêtres ce que je n'ose nommer. De sorte que l'amoureux espagnol, qui passe à petit bruit dans la rue, est quelquefois inondé de la tête jusqu'aux pieds, et bien qu'il se soit parfumé avant que de sortir de chez lui, il est contraint d’y retourner au plus vite pour changer d’habit. C'est une des plus grandes incommodités de la ville, et qui la rend si puante - et si sale, que l’on n'y peut marcher le matin. » Ces porqueries, dit encore un autre, faisaient les délices des Espagnols et le supplice des Français; on sait cependant qu'elles ont été longtemps reprochées à certaines villes du midi de la France... A Madrid, on avait au moins l'attention de prévenir les gens par un cri bien connu : Agua va! (Gare l’eau !) «J’offenserois vos chastes oreilles, lisons-nous dans une Æelation de Madrid Hp en 1666, de m expliquer davantage sur cette matière, et je m'apperçois de la faute que J'ai faite en ce qu'avant de vous mettre dans un discours de si mauvaise odeur, je n’ay pas crié : Agua va, comme ils font i icy, en jetant par les fenestres leurs vilainies… » 1] paraît qu'une mésaventure de ce genre arriva à l'auteur de Madrid ridicule :

Ah ! j'entends racler le boyau Et jurer cinq à six guitares !

Marchons un peu plus doucement, Ou bien arrêtons un moment

Pour entendre à loisir la belle sérénade :

Mais une exécrable duegna M’a tout couvert de marmelade è En me criant un Agua va!

Il raconte ensuite, en termes un peu crus, l’état déplorable dans lequel on a mis son bel habit tout passementé ; il n'ose se présenter chez l'ambassadeur, qui l’attendait, et va frapper à la porte d’un de ses amis, qui le reçoit en caleçon, la flamberge à la main et la dague sous l’aisselle :

D'abord il rit de l'aventure,

Et, n'osant me joindre de près, Il ordonne à tous ses valets D'aller dégraisser ma figure :

Is me conduisent dans un bain Où je me couche tout soudain

LE CLIM AT

des mœurs madrilègnes au dix-septième siècle : il y à un chapitre intitulé Æ/ US va, où sont naïvement dépeints ces dangers nocturnes. Cent ans plus tard, un autre auteur espagnol disait que « Madrid, où les pourceaux erraient en liberté, était la ville la plus sale qu'il y eût en Europe, et que, sans compter les conséquences désastreuses pour la santé publique, on remarquait que l'air était tellement vicié, qu'il ternissait la vaisselle d'argent, les galons et les broderies des vêtements. » Un voyageur italien qui visita la capitale de l'Espagne vers la même époque, dit que l'odeur révoltante qui y dominait le faisait repentir d’y être venu. « J'avais beaucoup entendu parler de sa malpropreté, ajoute-t-1l, mais je m'imaginais qu'on l'avait fort exagérée ; mes yeux et mes narines m'ont convaincu du contraire... Je veux quitter la ville, et ne jamais songer à la revoir, à moins que le roi ne réalise le projet de la rendre plus propre, ce qui vaudrait bien un des travaux d’Hercule. » Les vœux du voyageur se sont réalisés sous le règne de Charles TI ; à partir de 1760, Madrid devint méconnaissable : non-seulement ses rues furent assainies et soigneusement entretenues, mais des édifices magnifiques, des fontaines, de vastes promenades, des jardins vinrent l’'embellir. C’est de cette époque que date la transformation de la ville.

Le climat de Madrid est-il salubre ? C’est une question très-controversée. Les uns prétendent que l'air, qui est très-vif, est également très-sain : cette raison, dit-on, détermina Philippe II à en faire la capitale du royaume. Anciennement, on y envoyait les reines faire leurs couches, afin que les princes y respirassent dès leur naissance un air pur. D'un autre côté, bon nombre de proverbes donneraient à croire que cette renommée est surfaite; celui-ci surtout, d’après lequel « Pair de Madrid est si subtil, qu'il tue un homme sans éteindre une chandelle : »

El aire de Madrid es tan sutil, Que mata à un hombre Y no apaga à un candil.

C'est des montagnes de Guadarrama, couvertes de neige jusqu'au printemps, que vient ce souffle perfide ; aussi la plupart des habitants ont-ils la précaution de s’embosser dans leur manleau, — embozarse en la capa, — et d'en ramener les plis sur leur bouche. Un fait certain, c’est que les changements de température sont très-fréquents et très-brusques, ce qui occasionne, assure-t-on, surtout vers la fin de l'hiver, certaines maladies, dont la plus dangereuse est la pulmonta. C'est sans doute la fréquence de ces maladies qui a donné naissance à ce proverbe rimé :

Aun las personas mas sanas, Si en Madrid son nacidas, Tienen que hacer sus comidas

De pildoras y tisanas.

«Les personnes les mieux portantes, — Si elles sont nées à Madrid, — Doivent faire leurs repas — De pilules et de tisanes, »

Si le froid est très-vif pendant l'hiver, les chaleurs de l’été sont souvent intolérables à Madrid, ce qui a fait dire qu’on y a trois mois d'hiver et neuf mois d'enfer : — Tres meses de invierno, — Nueve meses de infierno. — Du reste, bon nombre d'écrivains satiriques espagnols ont exercé leur verve sur la capitale, à commencer par Gongora, qui prétendait qu’elle méritait le nom d'enfer : (Este es Madrid, dit le poëte, mejor dijera infierno ! » Quoi qu'il en soit, avec ses récentes améliorations, Madrid est aujourd'hui une des premières villes d'Europe, surtout sous le rapport

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intellectuel : il en est peu qui possèdent les ressources que ses bibliothèques et ses musées offrent aux artistes et aux savants ; cela soit dit cependant sans aller aussi loin que ces enthousiastes qui prétendent que le monde entier doit se taire devant Madrid : Donde està Madrid, calle el

mundo !

La Puerta del Sol est ici ce que l’Agora était dans Athènes, et le Forum dans la Ville éternelle : c’est le cœur où viennent aboutir les artères de la ville, le centre de la vie et du mouvement, le rendez-vous des flâneurs, des oisifs et des chercheurs de nouvelles ; aussi est-ce par cette célèbre place que nous commencerons notre revue de la capitale de l'Espagne. Disons d’abord que la Puerta del Sol, malgré son nom, n’est pas une porte, mais bien une place. Comme il convient à une place aussi célèbre, elle a des titres de noblesse authentiques et suffisamment anciens, puisqu'ils remontent au moins au quinzième siècle. Il y avait à cette époque une véritable porte sur laquelle était peint un soleil ; elle fut détruite sous Charles-Quint, et on construisit sur le même emplacement l’église du Buen Suceso, qui jouissait d’un certain privilége : on y pouvait célébrer la messe Jusqu'à deux heures après midi, aussi était-elle fréquentée par les élégantes. La façade du Buen Suceso occupait encore, il y a quelques années, un des côtés de la place, et elle est tou- Jours présente à notre souvenir, avec son énorme cadran qu'on éclairait la nuit. Il y avait au milieu de la place une fontaine d'assez mauvais goût, ornée d’une statue de Vénus que le peuple de Madrid appelait Mariblanca. La place, mal pavée et à peine entourée de trottoirs, était bordée sur un de ses côtés de constructions hideuses, tout à fait indignes d’une capitale, Depuis quelques années, l’aspect de la Puerta del Sol a complétement changé : sur l'emplacement du Buen Suceso s'est élevé un immense édifice, contenant le plus grand hôtel et le plus grand café de la ville : les misérables constructions ont été abattues et ont fait place à des maisons régulières; en même temps, plusieurs des rues avoisinantes, étroites, sales et tortueuses, ont été alignées et reconstruites. La fontaine d'autrefois a été remplacée par un vaste bassin d’où un Jet d’eau s’élance à une grande hauteur. La Gobernacion, imposant édifice du siècle dernier, qui occupe un des côtés de la place, contribue à donner à l’ensemble un aspect monumental.

Les loyers sont très-chers à Madrid; les terrains qui avoisinent la Puerta del Sol atteignent presque les prix de Paris : le so/ar, comme on dit ici, qui se vend au pied castillan, dépasse parfois quinze cents francs le mètre superficiel. En outre les matériaux, qui viennent pour la plupart de l'étranger, sont excessivement chers, notamment la pierre, que l’on tire, — chose curieuse, — des carrières voisines d'Angers et d’Angoulème, et qui est expédiée par chemin de fer. Du reste, la cherté des immeubles n'est pas chose nouvelle à Madrid, car un voyageur hollandais disait, il y a plus de deux cents ans, que les maisons y étaient « extraordinairement chères, ainsi que toutes choses... Une maison qui passeroit pour chère ailleurs à huit mil escus, se vend iey des vingt et vingt-cinq mil escus. Quand un homme bastit, on tient qu’il a beaucoup d'argent en bourse. » Les boutiques de la Puerta del Sol et des rues avoisinantes sont louées des prix exorbitants ; elles sont occupées par des cafés, des tailleurs, des marchands de nouveautés, des modistes et des orfévres. On y voit également des #endas de quincalla, où l’on vend toutes sortes de marchandises, mais principalement les objets connus sous le nom d'articles de Paris. À côté de ces riches et élégants magasins, de nombreux industriels exercent en plein air; les plus bruyants de tous sont les marchands de journaux, ordinairement des femmes et des enfants, qui s'égosillent à crier, surtout vers le soir, la feuille qui vient de paraître : Que acaba de salir ahora ! Aux cris des vendeurs de Journaux se Joignent ceux des marchands de cerillas, petites

de 5 dE dates ni nt at dé. à Coitiédiés > tit anal fr fe ii dut LES PETITS MÉTIERS DE MADRID. 567

allumettes de cire, les seules qui se consomment en Espagne. A peine vêtus, chaussés de pauvres alpargalas, quand ils ne sont pas nu-pieds, leur établissement consiste en une petite boîte attachée avec une ficelle passée derrière le cou, et c’est à qui criera de sa voix la plus stridente : À dos y à tres, cerèllas ! Vient ensuite l'aguador, qui lance à chaque instant son eri bien connu : Agua ! Quën quiere agua? où bien encore : Æ£7 aguador ! Agua y azucarillos ! D'une main, il porte un porron de terre au large orifice et au goulot étroit, et de l'autre une petite table basse, de fer-

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