UNE VENDEUSE DE CERILLAS (ALLUMETTES DE CIRE), A MADRID
blanc où de cuivre poli, sur laquelle sont les azucarillos et quelques verres d'une dimension formidable, car les Madrilègnes sont grands buveurs d’eau. La plus estimée est celle de la Fuente del Berro ; un écrivain du dix-septième siècle raconte que le cardinal-imfant trouvait l’eau de Madrid si bonne, qu'il s’en faisait envoyer en Flandre dans des cruches de grès. Plus loin, ce sont des 1020 de cordel groupés sur l'angle du trottoir. On les nomme ainsi à cause du paquet de cordes de sparterie qu'ils portent, tantôt roulé autour du corps, tantôt suspendu à l'épaule, et dont ils
4 ne 6 manque pas d Lo avec celui sont renommés pour leur probité. Voici un quita-ma chas, dégrais je pastillas à détacher ; un gamin qui crie du papel de hilo, pape coy !
* pour nettoyer le cuivre et l'argent. Approchons-nous de ce groupe de gens qui caus
© mation devant le Café Impérial ; nous n’entendons que quelques mots détachés, tels c mulela, puy/azo et vara: ce sont des ombres de capa y calañes, gente torera, comme on dit ici. | reste, à leur pantalon collant serré par une ceinture de soie, à leur veste courte, à à leur chapeau LS andalou et à la petite natte de cheveux qui pend à leur nuque, nous avions déjà reconnu des | toreros. Indifférents à la foule qui cireule autour d'eux, ils paraissent tout entiers à leur discussion tauromachique, à leur puro ou à leur cigarette, et ne détournent la tête que lorsque se fait entendre sur le trottoir le frou-frou d’une robe de soie.
Il y a une vingtaine d'années à peine, la Puerta del Sol offrait un ue encore plus pittoresque. On y voyait des marchands de friture en plein air, et nous nous souvenons même dy
avoir vu une curieuse rifa, dont le gros lot était un animal qu'on appelait e/ cochino de San Anton.
Le cochino en question était exposé sur la place, à côté d’un bureau improvisé où les billets se distribuaient, au profit d’un bureau de bienfaisance, aux passants alléchés par ce lot appétissant.
Les modes @/ estilo de Paris n'avaient pas fait autant de progrès qu'aujourd'hui, et les mantilles
étaient plus nombreuses. Pauvres mantilles ! 11 y a déjà longtemps qu’on a commencé à décrier le voile national, et nous nous rappelons avoir lu dans un journal de Madrid une diatribe contre ces «ridicules mantilles dites andalouses, qui font ressembler nos /onnes, disait l’auteur, aux plus humbles villageoises. » Æsas ridiculas mantillas llamadas andaluzas, que asemejan nuestras leonas à las mas humildes lugareñas.
Avant de quitter la Puerta del Sol, le grand nuire des journaux de Madrid, jetons un coup d'œil sur la presse espagnole. Les grandes feuilles diffèrent trop peu des nôtres pour que nous en parlions longuement : elles sont ordinairement divisées en sections : Seccion oficial, Seccion judicial, Seccionreligiosa, ete. À la fin se trouve l4 Seccion de anuncios, où on lit en grosses lettres : Atencion ! Interesante ! Buena ocasion! Grande rebaja ! et autres amorces pour le publie crédule ; viennent ensuite les Perdidas y Hallazgos, — Objets perdus et trouvés, — les Spectacles publics et Academras de baile, les Casas de huéspedes, toujours nombreuses, et à des prix fabuleux de bon marché; puis les Sirvientes et les Nodrizas, ces dernières, bien entendu, toujours jeunes et robustes, ayant un lait frais et abondant, et enfin les Avis divers, comme, par exemple : Una señora veuda, de mediana edad, busca un caballero solo para ama de llaves.» Mais laissons de côté les grands formats pour nous occuper de la petite presse, très-peu connue chez nous. Les petits journaux sont nombreux, surtout dans la capitale ; il en est beaucoup dont l'existence est éphémère, et nous nous bornerons à passer en revue les plus intéressants.
Parmi les journaux satiriques de Madrid qui se publiaient avant la révolution de 1868, nous citerons d'abord le Padre Cobos, un des plus connus, très-florissant en 1855 et 1856. Le Père Cobos, un gros moine de bonne humeur, est représenté en tête du journal, riant sous son Capuchon et prenant sa prise de tabac. Vient ensuite la Sopa-boba, dont le titre, absolument intraduisible en français, est emprunté à une locution proverbiale : Æstar 4 la sopa-boba, qui signifie manger et se régaler aux dépens d'autrui. Citons encore e/ Cascabel (le Greloi), orné d’une vignette représentant un fou, la plume à la main, tenant une banderole sur laquelle se lisent ces mots :
pour compléter une exclamation Men r les pommes de ns Joy lisons el to Ceci demande une NAT Le LT ( test Eire is Chat, ue te ie était une petite feuille rivale du Cascabel ; sa vignette, également gravée sur bois, représente un énorme k chat grinçant des dents devant un grand maigre, — le rédacteur en chef du Cascabel, — qui essaye. ?: 100 de lui mettre un grelot au cou; et au-dessous se lit le programme du Chat, qui est «de ne pas se laisser attacher le grelot: » El programa del Gato està basado en el propsito de no dejarse poner el cascabel. j |
Voici la Luneta (la Stalle d'orchestre), el Heraldo de los espectäculos, journaux de théâtre, le Tio Patazas, Puntillon Semanal, — traduction littérale : le Père Grand-Pied, Coup de pied hebdomadaire. «Ledit Señor, ajoute le titre, promet d’en donner à qui en méritera. » Citons aussi, el Gil Blas, el Don Quijote, el Mosquito (le Moustique), las Animas, c'est-à-dire les Ames en peine, qui ne sont que des cesantes, pretendientes, et autres gens qui ont perdu leurs places, ou en sollicitent, — légion très-nombreuse en Espagne; e/ Garbanzo, puis la Gorda, c'est-à-dire La Grosse, épithète qui s'applique à une énorme calebasse représentée sur la première page; cette feuille était très-hostile au gouvernement né de la révolution de 1868, et qui était sakido calabaza, — devenue citrouille, — expression proverbiale équivalant à peu près à faire four ou fiasco. N'oublions pas les journaux tauromachiques : le To Caniyitas, dont le titre est emprunté à celui d’une Zarzuela populaire; le Tio Macan (le Père Macan), surnom commun en Andalousie, et sous lequel était connu l'original peint dans cette Zarzuela. « Le Tio Macan, porte le titre, paraît une demi-heure après la course. » ET Lidiador (le Combattant); el Clarin, dont le titre fait allusion au clairon qui annonce les différentes phases de la course ; e/ Tébano (le Taon) ; enfin une feuille de sport : la Caza, journal des chasseurs.
Après Madrid, c’est Barcelone qui a le plus grand nombre de journaux. Laissant toujours de côté les feuilles politiques de grand format, nous citerons d’abord les journaux de théâtre, tels que Un Tros de Paper (Un morceau de papier), entièrement rédigé en catalan, et qui a dans cha-
cun de ses numéros une Xarada, un Geroglfic et une Endevinalla, — espèces de rébus; — /a Tranca (la Massue), « journal hebdomadaire, Satirico-insecticide, artistique et théâtral, » qui, pour justifier son titre, est orné d’une vignette représentant un « A/cides » de foire assommant :
les acteurs à coups de massue. Nous pourrions citer encore bien d’autres feuilles, qui ne font que naître et mourir, et qui doivent leur existence éphémère à un tour de passe-passe des plus ingéuieux. Quelques jeunes gens se réunissent pour fonder une feuille théâtrale, et vont trouver, le premier numéro en main, l'impresario, qui s'empresse de leur donner leurs entrées pour toute la saison; bientôt le journal cesse de paraître, mais le tour est joué. Barcelone, amie dès le moyen âge de la Gaya Ciencia, possède, —ou a possédé, — de nombreux journaux de musique, tels que e/ Orfeon, la Gaceta musical, el Eco de Euterpe, et enfin e/ Correo de Teatros. Parmi les Journaux satiriques de Barcelone plus spécialement consacrés à la politique, il faut citer /a Escoba (le Balai), el Diablo suelto (le Diable seul). La Campana Eulalia (la Cloche Eulalie) — c'est le nom d’une cloche célèbre à Barcelone, — faisait une guerre acharnée à certaines administrations de chemins de fer. Nous avons sous les yeux un numéro dont la lithographie représente les actionnaires, nus comme Adam, se tordant de faim à côté de leurs titres, — dessin qui n’est que lrop vrai, hélas! Voici encore /a Charanga (la Fanfare), Azote del Vicio, c'est-à-dire le Fléau du vice, dont les articles, partie en espagnol, partie en catalan, sont signés el Cornetin (le Cornet), la Trompa (la Trompe), lo Cimbass (la Cymbale), lo Flauti (la Flûte), ete. La Flaca éait trèshostile au gouvernement de Prim, comme /4 Gorda de Madrid, et son titre faisait également
ullusion à la cafabaza dont nous avons parlé plus haut; il y a encore la Carcajada (l Éclat de rire), qui
ET ÊÈME.
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Juvénal, Cléopatra, Tücito, Aristôfanes, ete. — su". Séilee el Tio ue (le Père Tr rte petite feuille très-mordante ; e/ Tio Caniyitas, qui parut peu de temps après la cébreZ arsuela, EX et quelques feuilles théâtrales, telles que /a Cartera (le Portefeuille), la FH ('Orehed), ete.
à Cordoue, e/ Liceo, et el Palco Escénico (la Loge). Ca e À Nommons, pour finir, quelques journaux éclos à la suite des derniers éréne niet : el 03 (le Quatre-vingt-treize) ; la Bruja (la Sorcière), periddico de la canalla; el Petroleo, — titres qui se
passent de commentaires. Une charge ou pastiche de ces feuilles exagérées a paru sous le titre de los Descamisados (à peu près les Va-nu-pieds ou les Sans-culottes). Les feuilles républicaines sont nombreuses : 67 Päjaro verde et el Pdjaro pinto (l' Oiseau savant) ; el Trueno gordo (le Bouquet du feu d'artifice) ; el Monaguillo (le Sacristain) de las Salesas (un ancien couvent de Madrid); el Jaquemate (Echec et mat) ; la Justicia federal; el Cencerro (la Sonnaille) ; la Cola del diablo (la Queue du diable). La Loca Gamus est un journal réactionnaire dont le titre contient une anagramme fort irrévérencieuse pour la République. Il y a plusieurs journaux carlistes : La Pitita (c’est le nom de la marche royale); e/ Papelito ; la Reconquista; la Regeneracion; la Esperanza. Bornons-nous à cette énumération, car nous n’en finirions pas si nous voulions nommer bien des feuilles mortnées, dont un bon nombre ont à peine quelques numéros.