‹ L'EspagneChapitre 19 sur 287 · PA · texte numérisé non relu

PA

: (ne FL r « PS en TN ant Res | + LL : hs rt à NO VE EL LL 0 AR LEE SP : sun Ex a, ea san at n & n F : (J Pa si à 4 ds ds { pp t# (l { [A 4, 4 {x ] RS M NA Le if A ANR TR NOT A ; i 5 ; (RAT d Va (à ‘ qu 1e ñ ( d (1 Lo, Lai et MY lp" nn ‘ è " Û À 20 tv GUN oi LUEUR COUR de Fa mn! Eu OR *. 350% CEA «T7 |: . * Su LR RP ONS AA CS AO RH LP LETTRES \ 1 À LCA Ci a te ou a Vu À œ = ee LS AGP AUE = Al 9) LA i FAR a pi LAN ES BR ER ALL 7, ete ES A Aie f à Nu vu il; | 4 AA BA Al

Un qui le See il rt AIL! At ) 4 0) Ponts

eq

en)

Ne

L'ESPADA (page 41).

Ancienneté de la tauromachie. — Rois d'Espagne toreros. — Une Feste sur la Plaza Mayor de Madrid. — Costillares. — Pedro Romero et ses cinq mille six cents victimes. — Pepe Illo et son livre. — L'École Royale de Tauromachie à Séville. — Montès et le Chiclanero. — Les ganadertas. — La herradura. — Les novillos. — Les vaqueros et Les cabestros. — Voyage nocturne des taureaux. — L'encierro et l'apartado. — La plaza de toros. — Affiches et programmes des corridas. — Arrivée de la cuadrilla du Tato. — Les toreros.

— Parmi les choses d'Espagne — cosas de España, il faut mettre en première ligne le goût uational pour les taureaux. Tout Espagnol, dit un auteur qui a traité la matière ex professo, apporte ce goût en naissant. Il disait vrai : tout ce qu'on a dit et écrit contre ce « barbare divertissement, » dversion de España, n'a guère diminué la vogue dont il jouit depuis un temps immémorial, vogue qui ne paraît pas devoir s’affaiblir de sitôt. |

Si l’on en croit la tradition, les anciens habitants de l'Espagne combattaient déjà les taureaux, tandis que d’autres veulent que cet usage ait été apporté par les Arabes vainqueurs et conquérants ; la question a été longuement controversée : ce qui est reconnu généralement, cest que Je Cid Campeador, le héros populaire, l'Achille espagnol, était un torero consommé ; le célèbre Moratin, dans un poëme intitulé : Fiesta antiqua de toros, nous le montre, la lance au poing, monté sur un genet fougueux, déployant son adresse et son courage contre les fieras les plus redoutables. Au moyen âge, il n’yavait pas de grande solennité dont l'éclat ne fût rehaussé par des fes{as de to ros ; les romanceros sont pleins de récits d'exploits de ce genre. La noblesse musulmane n'étail pas moins passionnée pour ces exercices que les kidalgos chrétiens : la place de Bibrambla, qui existe encore à Grenade, servait de champ clos aux Mores pour combattre les taureaux qu'ils fai-

saient venir des montagnes de Æonda. Goya, le célèbre aqua-fortiste, qui était un grand amateur, un aficionado passionné, n'a pas manqué de nous retracer leurs exploits dans sa Tauromaguia «le vaillant More Gazul traverse de part en part un taureau qui se précipite sur Jui. La même suile représente l'empereur Charles-Quint à cheval, combattant le taureau dans une fête donnée à Val-. ladolid, en l'honneur de la naissance de Philippe I. | M ee Lise

Le goût pour les combats de taureaux était devenu général vers le milieu du séizième siècle : il suffit, pour en donner une idée, de citer une bulle de Pie V, conservée à la Biblioteca nacional de Madrid, par laquelle ce pape (qui venait d'en publier une en faveur de l’Inquisition) fulmine contre les ecclésiastiques et contre les séculiers qui assistaient aux courses de taureaux. Néanmoins il est permis de croire que cette prohibition ne fut pas très-efficace, puisque vers la même époque parurent un certain nombre de traités sur les exercices du oreo et sur ceux de la ginela, où sont exposées les règles de l'équitation appliquée à la tauromachie; car alors on ne combattait guère les taureaux qu'à cheval. Les ecclésiastiques eux-mêmes ne firent que peu de cas de la bulle de Pie V. comme le prouve un manuscrit de la Biblioteca nacional, contenant la relation d’une fête de taureaux en 1626, asistendo un cardenal legado a latere, «en présence d’un cardinal-légat a latere. » 3. Pellicer de Tovar publia, en 1631, un petit livre pour célébrer une suerte — un coup extraordinaire, que Philippe IV, le roi forero, avait fait dans une fête au mois d'octobre de la même année. La plaza Mayor de Madrid, qui existe encore dans son état primitif, servait d'enceinte pour ces combats, ainsi que pour les cruels actes de for de l'Inquisition : c'étaient les deux spectacles favoris de la cour. « La plaza Mayor, dit Aarsens de Sommerdyck, est fort belle, et ses maisons ‘sont les plus hautes de Madrid. Elles sont entourées de balcons pour servir au spectacle des festes de taureaux, qui sont les plus célèbres cérémonies de l'Espagne. C’est, à ce que l’on dit, un divertissement qui est resté des Mores, et qui tient beaucoup de la barbarie ancienne : il est tellement du goust de la nation, que toutes les villes ont leurs festes de cette nature, et ne croiroient pas avoir aucun bonheur si elles manquoient à le solemniser… Il n’y a pas un bourgeois de Madrid qui ne veuille voir la feste de taureaux toutes les fois qu’elle se fait, et qui n'engageast ses meubles plutost que d'y manquer faute d'argent. »

Le même voyageur nous raconte une des /estes de la plaza Mayor :

QI entra d'abord parmi les champions un homme de Valladolid, monté sur un taureau qu il avoit dressé et accoustumé à la selle et à la bride. Il alla tout droit où estoit le roy, et, après lui avoir fait une profonde révérence, il voulut montrer ce que savoit faire son taureau. Il le fit galoper et le fit tourner à toute main ; mais cet animal, ennuyé de la longueur du manésge, se mit à ruer avec ant de violence, qu'il jeta le pauvre paysan par terre, lequel, sans s'étonner de son malheur, courut après son taureau qui s'enfuvoit. Les risées et les huées de tout le monde l'accompagnèrent jusqu'à ce qu'il l'eust repris, mais elles recommencèrent dès qu'on eut lâché un des taureaux sauvages qui, tout furieux, venoit contre son semblable ainsi apprivoisé et enharnaché. IL se retira enfin après diverses tentatives. après que son taureau et lui eurent recu

quelques coups des autres. En tout ce divertissement on remarque une cruauté Invétérée qui est venue d'Afrique, et qui n'y.est pas retournée avec les Sarrasins. »

Nous connaissons plusieurs sermons imprimés contre les combats de taureaux. Le père Pedro de Guzman, jésuite, qui écrivait au commencement du dix-septième siècle, assure que de son temps ny avait pas de fête de taureaux qui ne coûtat la vie à deux ou trois personnes ; souvent même le nombre des victimes était plus considérable, A Valladolid, en 1512, dans une course donnée à l'occasion des fêtes de la Sainte-Croix, et où parurent seulement quelques taureaux, dix des combattants restèrent morts sur la place. Il dépeint les fêtes d'Aragon comme une barbarie intnitable ; et c'est un fait avéré, ajoute le père jésuite, que dans de pareils exercices il meurt en moyenne, dans toute l'étendue de l'Espagne, deux ou trois cents personnes chaque année, Madame

ses | M nr ans acné di state + sous Sete Y, AE étaient en pleine décadence : la cour du: petit-fi k del

dominée sans doute par l'influence française, affecta de dédaigner ces spectac es; i s ne fu P cependant jamais abandonnés tout à fait ; le goût finit même par s’en accroître encore avec le temps. Seulement, l’art de la tauromachie changea de face : autrefois, la noblesse figurait activement dans ces fêtes, et il suffisait, pour combattre le taureau, d'un cheval et d'une lance ;

vers la fin du siècle dernier on commença à voir les picadores. puis les adroits banderilleros, les agiles chulos, et enfin l’espada, qui combattit le taureau à pied, face à face, sans autres moyens que son épée et sa uleta, petit morceau d'étoffe rouge qu’on appela aussi l'engaño, c'est-à-dire le leurre, parce qu'il est destiné à tromper l'attention de l'animal. Si nous en croyons les Mémoires secrets, il fut question, en 1778, de donner à Paris des combats de taureaux «dans le goût de ceux d'Espagne. IT s’agit de former une magnifique enceinte capable de contenir vingt mille spectateurs et l'on feroit venir du pays des maîtres capables de diriger ces sanglantes boucheries. » Le projet en resta là.

Cette manière de combattre face à face fut imaginée par un Andalou, Francisco Romero, de . Ronda, qui, le premier, fit du {oreo un art véritable et une profession lucrative. Il instruisit son fils Juan dans son art, et celui-ei eréa plus tard les cuadrèllas régulières de picadores, de banderilleros et de chulos. Après lui vint Joaquin Rodriquez, si connu en Espagne sous le nom de Costillares, à qui l’on doit l'invention de la plupart des suertes ou coups d'épée usités depuis ; c’est lui qui a élevé l'art à la hauteur actuelle, et les amateurs le considèrent comme le véritable créateur de la tauromachie moderne. Lors de l'apparition de Costillares, on connaissait bien quelques coups assez utiles, mais l’espada, faute de moyens de défense suffisants, était souvent à la merci de son ennemi. Costillares régularisa l'emploi de la muleta, au point de dominer complétement les taureaux, et d'arriver à les mettre, suivant l'expression technique, en sazon para la muerte, à point pour recevoir la mort. Autrefois l'espada se bornait à attendre que le taureau se précipitât sur lui, et vint de lui-même s'enferrer sur l'épée; quant à celui qui devenait aplomado, c'est-à-dire alourdi, où qui, étant d’un naturel rusé, refusait obstinément d'attaquer, il recevait la mort des mains d’un profane, chargé de le transpercer au moyen d'une longue lance appelée punzon ;

‘ quelquefois aussi on lui coupait traîtreusement les jarrets au moyen de la media luna où demilune, croissant de fer emmanché au bout d’une longue perche. C'est pour éviter ces exécutions barbares que ce torero inventa la fameuse suerte de volapiés, sur laquelle nous reviendrons plus lard, et qui, en permettant à l’espada de foncer sur les taureaux qui refusent d'avancer, le met à même de venir à bout des animaux les plus difficiles.

Pedro Romero, fils de Juan Romero, est encore un des plus fameux espadas dont on ait gardé la mémoire : à une haute taille et à une force herculéenne, il joignait une confiance et une sérénité parfaites ; aussi ne le vit-on jamais reculer devant un taureau. Un jour, il donna une preuve de son sang-froid dans une circonstance des plus critiques : c'était à la fin d’une course, il venait de tuer le dernier animal, et déjà la foule commençait à s ’écouler; tout à coup il entend ces cris : « Sauve-tol, Romero ! sauve-toi ! » À peine avait-il eu le temps de retourner la tête, qu ‘il se trouva presque en face d'un taureau qui venait de s'échapper du toril par suite de la négligence d'un garçon de place. Sa position était très- pese et la moindre hésitation devait lui être fatale ;

Le De 4 forme. C'est cé qu'il fit, et il lui porta une si belle estocade, qu'il l’étendit roide mort à ses pie ue EL RO

Romero était très-aimé de ses camarades, qu'il ne mani uait jamais de secourir d une manière efficace au moment du danger. C'est à. Ronda, sa ville natale, qu'il donna sa dernière course; ce fut une journée mémorable, dont on conserve encore le souvenir dr € pays. IL est mort en 1839, et on a constaté qu'il a tué dans le cours de sa longue carrière cinq malle six CERTA ce qui est assurément un chiffre assez respectable. Fo | … | |

Parmi les espadas modernes, il en est un autre non moins célèbre : c'est José Delgado, plus connu sous le nom de Pepe Illo, le premier torero qui ait publié un traité sur les règles de la tauromachie nouvelle; quoiqu'il ait été éelipsé depuis par le fameux Montès, tant comme espada que comme auteur didactique, son livre n’en est pas moins curieux. Pepe [lo commence par constater avec indignation qu'aucun traité n'a encore été publié sur un art si brillant et si goûté, non-seulement par les Espagnols, mais aussi par les étrangers, et cela dans un siècle si avancé, où l’on a fait des livres sur tout, hasta de las castañuelas ! même sur les castagnettes !

«Le spectacle des taureaux, poursuit-il, fait la joie des enfants et la jubilation des vieillards ; loin d'ici les esprits faibles qui ont osé traiter de barbares ces nobles exercices ! leurs raisons sont filles de la peur et de l'envie; qu on aille voir une course de taureaux, et l'expérience même sera | la meilleure réfutation du système de ces timides moralistes ! Que signifie l'argument qu'on m'oppose, en prétendant que de temps en temps on voit périr quelques toreros ? Existe-t-il un seul exercice qui soit exempt de quelque danger ? Le Jeu du mail, par exemple, et celui des barres, ne causent-ils pas aussi des accidents ? Le goût de la natation et celui de l'équitation n'ont-ils pas coûté la vie à un plus grand nombre de personnes que les taureaux n’en ont tué et n’en tueront jamais? Enfin notre art est arrivé aujourd'hui à un tel degré de certitude, que nous traitons les laureaux avec autant de mépris que si c'étaient des moutons, suivant l'expression dont se servit un seigneur marocain la première fois qu'il vit une course à Cadix. »

Pepe Ilo, dans le cours d'une assez longue carrière, reçut des blessures innombrables. parmi lesquelles vingt-cinq coups de corne, cornadas, qui ne l’empêchèrent pas de continuer son métier : mais le plus triste démenti qu'il donna à ses théories sur le peu de danger qu'offrait son métier, fut sa mort même : renversé par un taureau dans la plaza de Madrid, il fut tué roide à la suite de coups de corne répétés. Ce fut une mort affreuse; Goya en a fait le sujet de la dernière feuille de sa Tauromaquia.

Un autre espada célèbre, Francisco Herrera Guillen, est resté dans la mémoire des aficionados, el surtout dans celle des 4fcionadas, comme le type du torero à bonnes fortunes ; 1] était d'un courage et d'une habileté extraordinaires : une fois, bien qu'il eût reçu plusieurs blessures, il ne voulut pas abandonner la place, et se surpassa lui-même en tuant Auit taureaux de Auit estocades. Sa fin ne fut pas moins triste que celle de Pepe Illo. Un jour qu'il figurait dans une course : #1 à Ronda, 1l reçut dans la tête un si terrible coup de corne, qu'il en mourut à l'instant même.

Il y eut à cette époque un véritable enthousiasme pour la tauromachie ; on vit jusqu'à des frailes (moines; jeter le froc aux orties, pour se faire toreros : témoin le fraile de Pinto et le fruile de Santa-Lucia. Le licencié de F'alcos, qui suivit leur exemple, a été illustré par Goya, qui lui donne le titre de d'estrisimo, le très-habile. Il ne manquait plus à la tauromachie que d’être reconnue par l'Etat, et officiellement enseignée comme art national : en vertu d’un décret royal du 28 mai 1830, l'Unwversité tauromachique fut établie à Séville, la terre cla

6, à JELAATT à

sa seule chance de salut était d'attendre l'ennemi de pie

La.

ssique, l’a/ma parens des loreros ; celle inscription en style lapidaire, vraiment digne de passer à la postérité, fut placée au-dessus du portail de l'établissement : Fernando VII, pio, feliz, restaurador, para la enseñanzu preservadora de la Escuela de lauromaquia. «Ferdinand VII, pieux, heureux, restaurateur, pour | enseignement conservateur de l'École de tauromachie. » Deux chaires, avec appointements fixes.

l ] UJ à

il A Dar a garnies Au MU enfin, après avoir pris tous leurs degrés, ils s’attaquaient à

reAUx pour de bon. Bien qu ‘elle ait formé des qe remarquables, Le Escuela de FREE D ; à se souténir longtemps. 4 ; PO RICE

. C'est peu après, vers 1839. nt fe Le Francisco Monts, de Chiclana, le Gé et le Na de la tauromachie ; admirablement doué de toutes les qualités physiques, d'un courage à toute épreuve, il réunissait toutes les conditions requises chez un diestro ; son adresse extraordinaire et la sûreté de ses coups inspiraient aux spectateurs une telle confiance, que lorsqu'il figurait dans une course, toute crainte d'accident disparaissait ; beaucoup de gens étaient persuadés que les taureaux obéissaient à sa voix et à son geste, comme aurait fait le cheval le mieux dressé. Montès fut très-regretté du public et de ses camarades: d’un excellent naturel, généreux, délicat; il sut acquérir l'amitié de personnages haut placés, et sa vie privée fut des plus honorables. Son neveu, José Redondo, acquit également une très-grande réputation sous le nom du Chiclanero.

Nous mentionnerons encore Manuel Diaz, surnommé Labi : quoique peu agile, il était d’une témérité qui allait souvent jusqu’à la folie ; nous l’avons vu plus d’une fois attendre le taureau à genoux, les bras croisés ; celui-ci, étonné sans doute d'une pareille audace, lui donnait le temps de se relever et de se mettre en garde. Labi mourut tranquillement dans son lit. N'oublions pas non plus Julian Casas, el Salamanquino, cet étudiant en chirurgie de Salamanque, dont la vocation était si violente, qu'il abandonna le scalpel pour l'épée, ce qui, après tout, n'était que changer à demi de métier. Parmi les toreros du jour, il en est qui ne sont pas indignes de leurs prédécesseurs : nous ne tarderons pas à les voir à l'œuvre.

Page 1