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La corrida est le sport des Espagnols, et la plaza est leur Æpsom ou leur Derby; les taureaux d'Espagne ont leur stud-book, leur généalogie en règle; de tout temps ils ont été célèbres. Her cule, qui était un habile dompteur de taureaux, fut, dit-on, attiré en Espagne par ceux de Géryon, qui paissaient dans les vastes pâturages de la Bétique ; voilà une noblesse un peu plus ancienne que les croisades.
Chaque ganaderia — c’est ainsi qu’on appelle les troupeaux de taureaux de combat, est parfaitement connue des a/ficionados, qui n’ont pas besoin, pour la reconnaitre, de regarder la couleur de la divisa ; la divisa est un nœud de rubans qu'on fixe sur le cou de l'animal avant la course, et qui sert à désigner à quelle casta, à quelle race il appartient ; ainsi les taureaux de la ganaderia Gijona, propriété du marquis de Casa Gaviria, se reconnaissent à la devise rouge; ceux de Ves/a Hermosa portent le bleu et le blanc, et ainsi de suite.
Les taureaux de chaque casta ont leurs qualités et leurs défauts particuliers : les uns, tels que ceux de Salvatierra, sont braves et agiles, et se défendent bien, mais leur feu ne dure guère, etil ne faut pas les combattre trop longtemps; ceux de Gijon, très-légers au commencement de la course, deviennent lourds, aplomados, vers la fin. Parmi les ganaderias les plus estimées nous citerons celle de Cobmenar Viejo, à quelques lieues de l Escurial : ; ces taureaux offrent beaucoup d'égalité dans la taille et dans le pelage ; ceux de Vesta Hermosa jouissent d'une réputation partieulière en Andalousie. |
" “ , ; y < CNT Les taureaux paissent dans de vastes prairies, ordinairement éloignées de toute habitation, el
ne voient guère d’autres hommes que les vagueros chargés de les garder. Bien que la pureté des
races soit entretenue avec le plus grand soin, tous les sujets ne sont pas dignes d'être élevés pour le combat ; quand ils ont atteint l’âge d'un an, un des vaqueres, qu'on appelle le connaisseur, el conocedor. leur fait passer une espèce d'examen ; monté sur un cheval vigoureux, il les charge,
- la pique (garrocha) au poing, pour juger de leurs dispositions ; ceux qui prennent la fuite, ou re-
coivent le choc avec trop de mollesse, sont mis de côté comme indignes de périr par l'épée; condamnés à devenir des bœufs, ils porteront le joug, ou seront engraissés pour la boucherie. Quant à ceux qui annoncent dé la bravoure, ils sont marqués au moyen d’un fer chaud, opération qui s'appelle la kerradura ; au bout de quelque temps, le jeune sujet devient un novillo ; 1l doit alors subir une nouvelle épreuve, mais comme il a déjà acquis assez de force pour devenir dangereux, il faut qu'il soit préalablement embolado. Cette opération, qui n’est pas toujours des plus faciles, se fait au moyen d'une machine assez compliquée, composée de pièces de bois destinées à assujettir la tête de l'animal; une fois qu'elle est solidement fixée, on garnit ses cornes, comme on ferait pour moucheter la pointe d'un fleuret. |
Les novilladas, ou courses de novillos, sont ordinairement réservées aux petites localités qui
ne peuvent subvenir aux dépenses d’une course de {oros de muerte ; les vrais aficionados méprisent les novtlladas comme de vains simulacres, comme un drame sans dénouement, puisque le novëllo, après avoir recu quelques coups de pique et quelques paires de banderillas, rentre paisiblement à l’étable pour servir encore à la prochaine occasion. C’est vers l’âge de cinq ans que les {oros de muerte sont jugés dignes de figurer dans une corrida : il faut alors les diriger vers la ville. Ce voyage n'est pas exempt de danger, car il s’agit de diriger une troupe d'animaux farouches, que la vue du premier objet venu peut mettre en fureur; il serait même tout à fait impossible d'en venir à bout sans les cabestros, grands bœufs, ordinairement d'un pelage clair, et parfaitement inoffensifs, malgré la longueur de leurs cornes ; ils paissent dans les pâturages en compagnie des taureaux qui, habitués à eux dès l’âge le plus tendre, les suivent avec une étonnante docilité ; pour diminuer les risques d'accidents, le voyage des taureaux à presque toujours lieu pendant la nuit. Les cabestros ouvrent la marche, et sont appuyés par les vaqueros qui, la pique au poing, chargent les animaux récalcitrants. Un jour, la rencontre d'un de ces troupeaux nous fit ressouvenir de l'aventure du Chevalier de la Manche, lorsque, campé au beau milieu d'un grand chemin, 1l défia des vagueros qui conduisaient des taureaux... « Sancho resta moulu, don Quichotte épouvanté, le grison assommé, et Rossinante fort peu catholique. »
Avant d'arriver au terme de leur voyage, les taureaux $'arrêtent ordinairement dans un endroit peu distant de la vilie ; de là, les vagueros les conduisent rapidement jusqu'à la plaza, la veille de la course. Ce dernier voyage n'est pas non plus sans danger pour les passants et pour les sens du peuple qui, très-avides de tout ce qui touche aux taureaux, se portent en foule sur leur passage. Une fois arrivés à la place, les taureaux sont enfermés dans le corral (étable), en attendant quon procède à l'apartado ; c'est le nom qu'on donne à une opération qui consiste à les faire passer un à un dans une espèce de cellule étroite et obscure, le toril, dernière prison du taureau, prison quil ne doit quitter que pour aller au combat, c’est-à-dire à la mort. L'apartado à lieu quelques heures avant la course ; les aficionados S'y donnent rendez-vous. comme chez nous les sporismen dans l'enceinte du pesage; seulement, c’est un plaisir beaucoup moins dispendieux, puisqu'il ne coûte qu'une modeste vese{a, environ un franc. On introduit les cabestros dans l'enceinte où sont réunis les taureaux, qui s'amusent à échanger de temps en temps quelques horions. L'arrivée des pacifiques animaux au milieu de la troupe belliqueuse met fin à ces escarmouches ; un des vaqueros appelle un cabestro, une porte S'ouvre pour lui donner passage, et un taureau le suit Jusque dans un compartiment où on le laisse seul. Le cabesrro est ramené dans l'enceinte. et le
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