STATUE DE PHILIPPE III SUR LA PLAZA DE ORIENTE (MADRID
penitence, portant des cierges de cire Jaune, et condamnés à la prison ou aux verges; Ces
derniers avaient une corde au cou, avec autant de nœuds qu'ils devaient recevoir de coups de
verves.
Cinquante-quatre judaïsants condamnés à la prison perpétuelle ou au bannissement,
‘ee confiscation de leurs biens; ils portaient des sambenitos, avec la croix de Saint-André.
Enfin vingt re/arados condamnés au leu, parmi lesquels cing femmes et un Turc. Douze d’entre
CUX élatent bâillonnés, et portaient des robes et des cagoules semées de flammes; des dra-
tons,
peints au milieu de ces flammes, signalaient les hérétiques les plus endurcis. Après
les condamnés marchaient les familiers et le conseil suprême de l’Inquisition, l’ayuntamiento. les tribunaux et enfin le Conseil de Castille, la première magistrature de l'Espagne. La marche anne par le grand inquisiteur, à cheval et vêtu de violet, suivi de douze valets portant une livrée de même couleur. La procession, après avoir parcouru les principales rues de la ville, arriva à la Plaza Mayor, qu'elle trouva encombrée de foule, et il fallut un certain temps pour la déblayer, comme aujourd’hui à la Plaza de Toros, les jours de course.
Enfin l’Acte de foi commenca.
Le grand inquisiteur recut le serment du roi, qui jurait, pour lui et pour ses successeurs, de maintenir l’Inquisition dans ses États.
La messe commença ensuite, et après l/ntroïr, le célébrant prononça un sermon très-long, qui peut se résumer en quelques mots : « Il n’est pas de plus grands criminels que les juifs, les hérétiques et les mahométans, et le devoir de l’Inquisition est de les faire disparaître. » Le sermon fini, on appela les causes. Devant le balcon du roi, on avait placé
deux cages rondes où étaient successivement introduits les accusés, et, à peu de distance, deux chaires destinées aux juges. Pendant ce temps, on fit circuler des rafraichissements sur les gradins destinés aux dames et aux personnes de distinction. La lecture des jugements terminée, les re-
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laxados furent dirigés vers le lieu
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du supplice, où nous les suivrons un instant. I} était quatre heures de l'après-midi. Sur le bûcher s'élevaient des poteaux disposés de manière que ceux des eri-
minels qui témoignaient du re-
PAYSANS DES ENVIRONS DE MADRID COIFFÉS DE LA MONTERA. pentir pussent être, par faveur spéciale, étranglés avant d'être
atteints par les flammes. Notre auteur admire l'humanité du tribunal en cette circonstance, et fait observer que ceux qui s'étaient montrés repentants moururent avec résignation, et qu'aucune marque de désespoir ne parut sur leurs figures. Les autres furent brûlés vifs, et on les vit faire en mourant les grimaces et les contorsions les plus horribles. Le bûcher, allumé à quatre heures, brüla toute la nuit, et le lendemain, à neuf heures du matin, tous les corps n'étaient pas encore consumés. Retournons à la Plaza Mayor, où la cérémonie dura jusqu'à neuf heures du soir. « Le roi était resté à son balcon, sans être incommodé par la chaleur, sans être gèné par la foule
UN AUTO DE FE SUR LA PLAZA MAYOR. b
et sans être ennuyé par d'aussi lôngues cérémonies. Sa dévotion et son zèle furent tellement supérieurs à la fatigue, qu'il ne sortit pas même un quart d'heure pour manger, et, à la fin de la cérémonie, 11 demanda s'il y avait encore quelque chose, et s’il pouvait se retirer. »
La plus gracieuse galanterie qu’un cavalier püt faire à une dame, était de lui offrir, un jour de taureaux, un balcon sur la Plaza Mayor et la collation. « On loue un balcon jusqu'à quinze ou vingt pistoles, dit un auteur du temps, et il n’y en a aucun qui ne soit occupé et paré de riches tapis et de beaux dais.. Les dames sont parées de toutes leurs pierreries et de tout ce qu'elles ont de plus beau. On ne voit que des étoffes magnifiques, des tapisseries, des carreaux et des tapis tout relevés d’or. Je n'ai jamais rien vu de plus éblouissant. » Les courses de taureaux offraient plus d’imprévu que celles d'aujourd'hui : tantôt c'était un paysan qui entrait dans l'arène, monté sur un taureau ou sur un âne; tantôt c'était un More qui allait droit à l'animal et le foudroyait d'un coup de poignard sur la nuque. Un jour, c'était un cavalier qui entrait dans l'arène pour
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