‹ L'EspagneChapitre 21 sur 287 · TAUREAUX · texte numérisé non relu

TAUREAUX

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mème manége Re e autant de fois qu'il ya de taureaux. Au-dessus des divers compartiments ou cellules, règne une espèce de galerie avec balustrade à hauteur d'appui, où viennent aboutir des cordes sérvant à ouvrir el à refermer les portes de chaque cellule; les taureaux y sont placés suivant l'ordre qu'ils doivent occuper dans le combat,

L'apartado dure quelquefois assez longtemps, à cause des complications qui surviennent. Ainsi, il arrive qu'au moment où le cabestro sort de l'enceinte, deux taureaux se précipitent sur ses pas ; il s'agit alors de faire rétrograder celui qui a devancé son tour; il arrive encore parfois qu'un taureau entre dans une cellule qui ne lui était pas destinée : il faut alors l'en faire sortir, pour l'obliger à passer dans une autre ; ces changements ne s'effectuent pas sans quelques vigoureux coups de pique, administrés par les vagueros du haut de la galerie, et auxquels les taureaux répondent par des coups de corne qui font trembler les planches de la cloison. |

Les courses ont régulièrement lieu, à Madrid, tous les dimanches, depuis Pâques Jusqu'à la Toussaint ; dans les villes de province, on en donne de temps en temps, à l’occasion des prineipales fêtes, mais rarement l'hiver, car le froid fait perdre aux taureaux beaucoup de leur furie ; en outre, le plus grand nombre des spectateurs étant à ciel découvert, ils risqueraient fort d'être velés sur place sous un climat comme celui de Madrid, où assez souvent le froid est aussi vif qu à Paris. La douceur des hivers dans le royaume de Valence en Andalousie permet quelquefois d'y donner des courses en cette saison. Ainsi, à Séville, il nous est arrivé d'en voir une très-brillante au mois de décembre.

Il est peu de villes en Espagne qui n'aient leur p/aza de toros. Quelquefois, ces amphithéâtres appartiennent aux municipalités ou aux hospices, qui en tirent d'assez bons revenus en les affermant aux asentistas ; l'asentista est exactement ici ce qu'est l'émpresario en Italie : il entreprend à ses risques et périls de donner les combats de taureaux, comme l’impresario donne des représentations d’opéras ou de drames. Les frais occasionnés par une corrida sont quelquefois assez considérables : ainsi la plaza de Madrid se loue environ sept mille francs pour une seule course ; les taureaux coûtent fort cher : quelques-uns vont jusqu'à huit cents francs, et même au delà.

Le nombre des taureaux tués en une seule course varie entre six et huit ; il arrive quelquefois à neuf, quand, à la demande du public, on accorde le /0ro de gracia. Nous avons même vu des courses où dix taureaux furent tués. Quelques jours avant la course, on voit les murs de la ville tapissés d'affiches de toutes couleurs, et de dimensions gigantesques: nous en avons rapporté quelques-unes de près de deux mètres de hauteur; ces affiches donnent le programme trèsdétaillé de la corrida ; elles indiquent les noms des toreros et ceux des taureaux, ainsi que les ganadertas. En outre, on distribue des programmes avec plusieurs colonnes laissées en blanc, dont chacune est destinée à noter les coups de pique, les chutes de picadores, les chevaux morts et blessés, les coups d'épée, etc. Les aficionados les plus passionnés, qui tiennent à conserver une statistique exacte des différents horions donnés et reçus pendant la course, en prennent soigneusement note en piquant sur ce papier, au moyen d'une épingle, autant de petits trous, exactement comme font les joueurs à Baden ou à Hombourg, pour marquer les différents coups de la roulette. On peut dire que presque tous les trous faits dans le programme correspondent à autant d’autres trous dans la peau d'un taureau, ou dans celle d’un cheval, et quelquefois, hélas ! dans celle d'un torero. Un de ces programmes ou es/ados, scrupuleusement pointé pendant une course à Valence, nous apprit à quel joli total de chutes et de coups on peut arriver pendant les deux heures que

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dure la funcion : trente et un chevaux, tués ou blessés par huit taureaux, qui eux-mêmes ont reçu vingt-neuf estocades ou piqûres, et vingt-cinq chutes de picadores. Si on prend ces chiffres pour base, et qu'on se reporte aux fêtes données à Madrid en 1833, et où furent’ tués quatrevingt-dix-neuf taureaux dans une seule semaine, on trouvera, par un calcul bien simple, trois cent quatre-vingts chevaux tués ou blessés, trois cent soixante-deux estocades, et le reste à l'avenant.

Ladisposition intérieure desamphithéâtres est à peu près la même partout. L'arène— e/redondel, parfaitement cireulaire, est garnie d'un sable fin qui empêche les combattants de glisser. Autour

du redondel s'élève une muraille en planches de la hauteur d’un homme, couverte d’une peinture

rouge. De chaque côté de ces planches, qu'on appelle las tablas ou los tableros, un marchepied, composé d'une pièce de bois formant saillie, règne cireulairement, et aide les {oreros à franchir la barrière d’un seul bond, lorsque le taureau les poursuit de trop près. Les tablas sont percées de quatre portes qui se font face et qui s’ouvrent à deux battants. La principale communique avec le toril et livre passage à chaque taureau ; les autres servent pour le service de la place. Tout autour de l'arène existe une espèce de couloir ou de ruelle, qu'on appelle val//a ou callejon, fermée d’un côté par les tablas, et de l’autre par une seconde barrière, au-dessus de laquelle s'élèvent les gradins destinés aux spectateurs ; ces gradins sont tantôt en bois, tantôt en pierre ; les places les plus recherchées par les vrais amateurs sont celles du premier rang, d'où l’on peut voir de près tous les incidents du combat, et même toucher de la main le taureau lorsqu'il vient à franchir les tablas ; pour empêcher l’animal de sauter jusqu'aux gradins, on tend circulairement une forte corde retenue par des montants en fer: cette barrière de corde a fait donner à ces places le nom de delanteras de cuerda ou de barrera ; on les appelle aussi barandillas.

Les noms des différentes places varient beaucoup, suivant les villes; cependant on appelle ordinairement gradas les degrés qui s'élèvent immédiatement au-dessus des delanteras ; les gradins supérieurs sont appelés tendidos ; plus haut encore sont les Zabloncillos, puis enfin les palcos ou loges couvertes. Toutes ces places se divisent, suivant qu'elles sont exposées au soleil ou à l'ombre. en asientos de sol et de sombra ; il y a même une classe intermédiaire, qu'on désigne sous le nom de so/y sombra, parce que pendant une partie de la course on est au soleil, et pendant l'autre à l'ombre. Ces distinctions influent naturellement sur les prix : ainsi les places à l'ombre varient ordinairement entre dix et vingt-quatre réaux, deux francs cinquante centimes et six franes, tandis que celles au soleil ne coûtent guère que moitié.

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POSE DE BANDERILLAS (page 65).

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EL GORDITO (page 65).

In combat de taureaux à Valence. Aspect du cirque. — Le despejo. — Le défilé de la Cuadrilla. — Les alquaciles. —

Les espadas. — Les banderilleros. — Les chulos. — Les picadores. — Sortie du taureau. — Les suertes et les cogidas. — Le picador Calderon est blessé. — Un quite. — El Gordito. — Le Tato. — L’épée et la muleta. — La estocada & volapiés. — Une avalanche de sombreros. — Le cachetero. — Les tiros de mules. — Les banderillas de fuego. — Le sobresaliente. — Les suertes de capa. — Le Gordito et sa chaise. — Un banderillero en danger. — Le taureau sauteur, — La suerte de descabellar.

Le grand jour de la corrida arriva enfin: c'était un dimanche, la fête promettait d'être splendide. La cuadrilla réunissait les premiers sujets de l'Espagne : Antonio Sanchez, si connu sous le nom du Tato, la meilleure épée du jour; Calderon, un pécador vaillant comme le Cid, et le Gordto, un banderillero dont l'adresse égale la témérité.

Une ville espagnole présente, un jour de course, un spectacle des plus curieux : une animation extraordinaire contraste avec le calme des autres jours ; nous ne rencontrions que gens qui allaient et venaient : les uns cherchaient leurs amis pour se réunir par groupes; d'autres, les retardataires, se dirigeaient en foule vers l’hospice pour y prendre leurs billets; toute la ville était en liesse. Derrière les grands rideaux de toile rayée, on entendait le bourdonnement sourd des guitares ou le grincement métallique des cétaras ; les paysans arrivaient en troupes serrées, les uns à pied, les autres sur leurs petits chevaux noirs, couverts de la mante rayée en guise de selle. La Auerta tout entière avait envahi Valence, en costume de gala ; les brunes /abradoras avaient mis leurs plus beaux bijoux. Depuis le matin les plus splendides modèles défilaient devant nous ; Doré les dévorait des veux et en était ébloui. Tout à coup, à l'angle d’une rue, apparut un picador en grand costume fièrement campé sur son cheval : «C'est Calderon! » nous dit un de nos amis, un Valencien pur

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sang, @fcionado consommé, qui se rendait avec nous à la coursé. La foule se rua vers le picador en poussant des cris de : O/e! señor Calderon ! Les chapeaux volaient en l'air, c'était à qui l'approcherait de plus près; bientôt il fut rejoint par les autres picadores ; la foule enthousiaste augmentait à chaque instant, et devint bientôt si serrée qu'ils furent obligés de marcher l’un devant l’autre. Peu après, la masse imposante de l'amphithéâtre se dessina, éclairée par un soleil éblouissant ; nous Suivimes le torrent, et au bout de cinq minutes nous étions installés aux places du premier rang, impatients d'assister au drame qui allait se jouer devant nous.

Quand nous pénétrâmes dans l'intérieur de la p/aza, nous fûmes éblouis par un de ces spectacles qu'on n'oublie jamais, ne les eût-on vus qu'une fois. Qu'on se figure douze ou quinze mille spectateurs aux brillants costumes, éclairés par un soleil splendide et grouillant comme une immense fourmilière ! En face de nous, les asientos de sol, les places, au soleil, étaient déjà presque au complet ; à chaque instant de nouveaux arrivants venaient combler les derniers vides. Bientôt il n y eut plus une seule lacune dans cette mosaïque humaine, dont les couleurs variées se détachaient sur le bleu cru du ciel valencien. Au-dessus de cette foule s'élevait un bourdonnement sourd, interrompu de temps en temps par les cris des marchands d'eau et de chu/as, et par ceux des naranjeros, dont les oranges, habilement lancées, arrivaient jusqu'aux gradins les plus élevés ; les marchands d'éventails à deux cuartos (un peu plus d’un sou) faisaient d'excellentes affaires aux asientos de sol, où les labradores de la huerta cuisaient comme des lézards au soleil. On voyait circuler dans leurs rangs d'énormes botas, outres de cuir pleines d’un vin noir, qui se dégonflaient à mesure qu’elles passaient de main en main. Il y eut bien çà et là quelques disputes, mais tout se borna à des mots échangés, comme il arrive souvent aux courses, ce qui a donné naissance à la locution proverbiale : &romas de toros, querelles de taureaux, c’est-à-dire sans résultat.

Bientôt une grande rumeur annonça le despeo, opération qui consiste à faire place nette dans l’arène et dans la va/la ; les soldats poussaient peu à peu devant eux les retardataires, aux eris du public impatient de voir la course commencer. Le redondel fut enfin évacué, mais non sans peine, car c'était à qui sortirait le dernier ; une musique commença un air d'Offenbach, compositeur qui n’a pas cessé d’être en vogue en Espagne, et bientôt commença le défilé, cérémonie qui précède invariablement toutes les corridas. En tête marchaient deux a/quaciles, montés sur des chevaux noirs couverts de housses de velours cramoisi ; léur costume, entièrement noir, est celui du seizième sièele : chapeau à bords relevés, surmonté d’une épaisse touffe de plumes, fraise blanche empesée (l’ancienne golilla), justaucorps serré par une large ceinture de.cuir, petit collet flottant sur les épaules, culotte courte et bas de soie. Les alquaciles ne jouissent pas d’une très-grande popularité, si nous en jugeons par la formidable décharge de sifflets et d’apostrophes qui salua leur entrée en scène.

Après eux venait la gente de & pré, les gens à pied, qu'on appelle aussi /os peones ; on comprend sous ces différents noms les espadas, les banderilleros, et enfin les chulos, appelés aussi capeadores. Dès qu'ils parurent les sifflets se changèrent en bruyants applaudissements ; ils portent un costume d'une grande élégance : la tête est coiffée de la monterilla de velours noir, chargée de chaque côté d'une grappe de pompons de soie ; derrière la nuque, la moña, espèce de chignon de soie noire, est attachée à la coletu, cette petite tresse de cheveux que tous les toreros se laissent pousser. Ce chionon, qui ressemble beaucoup à celui d'une femme, forme un étrange contraste avec une paire d'épais favoris noirs. La veste courte à retroussis et le gilet, chaleco, disparaissent sous une couche de franges et d’agréments de soie qui S'agitent sur les broderies et le paillon ; de chaque côté de la veste s'ouvre une poche d'où sort le coin d'un mouchoir de fine batiste, ordinairement brodé par la main de la querida ; sur un jabot également brodé tombe une mince cravate nouée à la Colin: La culotte courte, qui dessine les formes aussi bien que le ferait un maillot, est de satin bleu, rose,

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celui des espadas se fait remarquer par une plus grande richesse OP il n'est pas rare

qu'un habillement complet d’espada revienne à plus de mille ancs.

Les toreros s’avançaient avec une désinvolture charmante, fièrement del dans leur capa, long manteau de couleurs éclatantes au moyen duquel ils détournent le laureau, et qui Joue un très-grand rôle dans l’action. Derrière eux venaient les cinq picadores, solidement campés sur leurs chevaux, et coiffés du chapeau de feutre à larges bords, de forme basse et arrondie, surmonté d’une énorme touffe de rubans s’élevant en cône sur le côté ; une veste courte et étroite, surchargée de pompons, de broderies et de paillons, souvre sur la poitrine et laisse voir un gilet non moins orné d'où sort un jabot brodé; une large ceinture de soie retient un pantalon de

cuir jaune sous lequel est cachée une armure ou jambart de tôle-gregoriana, qui rend imoffensifs les nombreux coups de corne que le päcador recoit sur les jambes. La selle est très-élevée devant et derrière, à la mode arabe; le cavalier, souvent exposé à être désarçconné, s'y trouve comme emboîté ; les étriers, également à la mode arabe, sont en bois, et le pied y disparait comme dans une boîte. Les éperons, d’une longueur démesurée, rappellent ceux du moyen âge, et sont tels qu'il en faut pour galvaniser de malheureux chevaux qui ont à peine le souffle.

Viennent ensuite les deux #ros ou attelages de mules empanachées, couvertes de housses rouges, et faisant résonner de nombreux grelots ; au-dessus de leur tête s'élèvent plusieurs étages de pompons, et de petits drapeaux aux couleurs nationales flottent an sommet de leur collier. Ces mules sont attelées trois de front à un palonnier ; comme elles sont ordinairement très-rétives. deux #uchachos les tiennent par la bride, et un troisième, placé en arrière, soutient le palonnier auquel est fixé un erochet de fer qui sert à enlever de l'arène les taureaux et les chevaux tués. La marche est fermée par la troupe des garcons de service en costume andalou. Parfois, le cortége s’augmente de huit ou dix perros de presa, vigoureux molosses retenus en laisse par autant de muchachos, et qu'on lance sur les taureaux dont la défense est trop molle; les perros ne sont plus guère employés aujourd'hui : on se sert pour exciter les taureaux lrop mous de banderillas de fuego, engins que nous verrons fonctionner tout à l'heure.

Le cortége défila lentement autour de l'arène et alla saluer le senor alcade, président de la place, qui venait d'entrer dans son palco ; puis chacun gagna son poste de combat. Le cérémonial veut qu'un des a/quacrles recoive du président la clef du toril ; un mucharho S'avança en courant vers l’alguacil qui se trouvait au milieu du redondel et lui tendit son sombrero, dans lequel tomba la clef, ornée d’un gros nœud de rubans. Le peuple attendait ce moment pour huer de nouveau l'alquacil, qui n'eut que le temps de fuir au galop, accompagné de sifflets et de quolibets, comme à son entrée. Il n'avait pas encore quitté l'arène, quand les m0z0s ouvrirent à deux battants la porte du toril, la frappant de leurs mains à coups redoublés, et poussant des cris pour appeler le taureau, qui bondit aussitôt, rapide et furieux.

C'était un superbe animal de haute taille, au pelage noir et aux longues « cornes écartées : ; Sa divisa de ruban grenat indiquait une ganaderia de Colmenar- Viejo. mn a où

Calderon le picador était à son poste, c'est-à-dire à huit ou neuf pas à gauche de la porte et à deux pas de la barrière ; déjà il avait assuré sur l'œil de son cheval le foulard rouge destiné à l'empêcher de voir le taureau, et avait solidement fixé à son pouce le doigtier de peau qui empêche la lance de alisser. La bête farouche, qui sortait de l'obscurité, hésita quelques secondes, éblouie par le soleil et par la foule, puis fondit tête baissée sur Calderon. La pique, passée sous le bras nerveux du ?rcador el retenue par un poignet d'acier, arrêta un instant le taureau en le frappant à l'épaule, et un long filet rougeâtre se dessina sur son flanc d'ébène ; mais le fer, auquel un bourrelet de chanvre ne laisse que quelques centimètres de saillie, n'avait fait qu'entamer la peau. L'animal ayant fait un mouvement de côté, la pointe glissa en lui faisant une léeère blessure, et on vit une de ses cornes s'enfoncer presque entière dans le poitrail du cheval, d'où le sang jaillit à flots. Le pauvre animal se cabra, puis bientôt commença à chanceler ; le picador lui laboura les flancs de ses éperons pour s'assurer s'il lui restait encore quelques minutes à vivre; mais le cheval s'affaissa après avoir fait trois ou quatre pas en boitant, et le cavalier, sans faire la moindre attention à cet incident: eria aux muchachos de lui amener un autre cheval. Embarrassé par ses jambarts, il se dirigea d'un pas lourd vers sa nouvelle monture, tandis que l’autre, gisant à terre au milieu d’une mare de sang, ne donnait plus signe de vie qu'en agitant par quelques saccades convulsives la queue et les jambes.

Pendant ce temps, le taureau avait repris sa course vers l’autre extrémité de l'arène, et se ruait sur Pinto, surnommé e/ Bravo, le second picador, qui le recevait avec un bon coup de pique dans l'épaule. Le bois plia un instant sous le choc, mais le cavalier désarçconné alla rouler à terre, et le cheval retomba lourdement sur lui. On dit que la vue du sang excite les taureaux : c’est un fait que nous avons remarqué; mais ce qui est singulier, c'est que l'animal furieux, ne sachant pas distinguer son véritable ennemi, exhale presque toujours sa rage sur les malheureux chevaux, au lieu de s'attaquer aux pécadores démontés. Pendant que deux chulos, soulevant Pinto par les épaules, essayaient de le dégager et de le remettre sur ses jambes, d’autres faisaient flotter leurs capas devant le taureau pour détourner son attention du cheval mourant, dont il labourait le flanc de ses deux cornes. Il abandonna enfin sa victime, et se mit à poursuivre un des chulos, qui prit sa course en faisant des crochets, et en laissant trainer derrière lui sa capa ; mais, se sentant serré de très-près, 11 ne tarda pas à l'abandonner, et disparut en sautant d'un seul bond par-dessus le tablero ; le taureau s'arrêta comme surpris, et tournant sa fureur contre la barrière, il Fébranla en y laissant l'empreinte de ses cornes.

Les exploits du Morito avaient provoqué des salves d’applaudissements ; en moins d’une minute il avait désarçonné deux picadores et tué deux chevaux; les cris : Bravo, toro! bravo, toro! étaient répétés par des milliers de voix; on applaudit ou on siffle un taureau, exactement comme on ferait pour un acteur ; les picadores eurent aussi leur part de bravos, car ils avaient vaillamment fit leur devoir, et les suertes de pica n'avaient pas été moins brillantes quelles cogidas ; on entend par ,suerte, tout acte offensif ou défensif du torero. et par cogida, toute attaque du taureau ; lorsqu un torero est atteint d'un coup de corne, on dit qu'il est enganchado.

Le Morito était un taureau courageux, boyente et duro, c'est-à-dire franc et n'hésitant pas à

attaquer; dès le matin, lors de l'apartado, nous avions remarqué ses proportions parfaites ; des chulos qui se trouvaient là nous l'avaient signalé comme cornabierto, aux cornes écartées, et nous avaient assuré qu'il ne cramdrait pas le castigo, le châtiment, ainsi que disent les gens du métier.

Calderon, qui avait une chute à venger, voulut montrer à ses nombreux admirateurs qu'il ne craionait pas ce terrible adversaire. Done, enfonçant ses éperons dans les flancs de son racèn, il arriva en quelques temps de galop à peu de distance de l'animal qui s'était arrêté au milieu du cirque,

lisant voler le sable sous ses pieds et poussant des beuglements effr oyables. C'était une extrème témérité, Lorsqu'un picador attaque le laureau il S'errange autant que possible pour tomber

L'ARRIVÉE DES PICADORES (page 56).

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