‹ L'EspagneChapitre 209 sur 287 · PTS CURIAL · texte numérisé non relu

PTS CURIAL

| be L'ESCURI I A ne | de Juda. Ces be She en pierre di pays, sauf les tte es mains et Le pie marbre blanc ; les couronnes, sceptres et autres attributs sont en bronze doré : ridor froid et sombre conduit de la cour des Rois à l'église; l'aspect général est nu et | mais l’ensemble est majestueux; la voûte plate, une des plus vastes qui existent, est d’une hardiesse surprenante. Au-dessus du maître-autel s'élève un retable gigantesque, le plus grand peut-être de toute l'Espagne. A droite se trouve le relicario, où Philippe Il avait rassemblé un prodigieux nombre de reliques, dont le P. Ximenez, un moine de l’Escurial, a fait une curieuse énumération : elles comprenaient onze corps, cent trois têtes de saints, six cents bras, etc., et

montaient de son temps (1764) à plus de treize mille. Les reliquaires étaient ornés d’or, d'argent et de pierres précieuses ; peu d’ églises possédaient un trésor aussi riche.

Le caveau royal, e/ Panteon, est placé au-dessous du maître-autel, et sa richesse en marbres et en bronzes défie toute description. La forme du panthéon est octogonale, et les niches destinées à recevoir les corps sont au nombre de trente-six. Malgré le luxe de l’ornementation, l'impression qu'on éprouve en pénétrant dans ce séjour des morts est des plus lugubres, et le froid

glacial qui vous pénètre jusqu'aux os contribue à l’augmenter encore. Le panthéon était réservé

aux rois et aux remes d'Espagne, et à leurs mères. Les corps des infants et des autres princes reposent dans un autre caveau, le Panteon de los Infantes, appelé aussi e/ Podridero, — le Pourrissoir. Parmi ces corps figure celui du duc de Vendôme, le fils naturel de Louis XIV, qui fut placé en cette royale compagnie comme Turenne à Saint-Denis. N'oublions pas le corps de l’infortuné don Carlos. On sait de combien de fables le fils de Philippe II a été le sujet. Cet enfant, de nature bizarre et maladive, qui mordait, dit-on, le sein de ses nourrices, montra plus tard un caractère sauvage et indomptable. «Il aimoit fort à ribler le pavé, dit Brantôme, et faire querelles à coups d’espée, fust de jour, fust de nuit... » On a prétendu qu'il s'était suicidé, et même qu'il avait été tué par l’ordre de son père. C’est au sujet de cette croyance que Saint-Simon s’amusait à tourmenter un des moines de l’Escurial : « Passant au fond de la pièce, le cercueil du malheureux don Carlos s’offrit à notre vue : « Pour celui-là, lui dis-je, on sait pourquoi et de quoi il est mort. » A cette parole, le gros moine s’altéra, soutint qu’il étoit mort de sa mort naturelle, et se mit à déclamer contre les contes qu'il dit qu’on avoit répandus. Je souris en disant que je convenois qu'il n’étoit pas vrai qu’on lui eût coupé les veines. Ce mot acheva d'irriter le moine, qui se mit à bavarder avec une sorte d’emportement. Je m’en divertis d'abord en silence. Puis je lui dis que le roi, peu après être arrivé en Espagne, avoit eu la curiosité de faire ouvrir le

cercueil de don Carlos, et que je savois d’un homme qui y étoit présent (c'étoit Liouville) qu’on y

avoit trouvé sa tête entre ses jambes, que Philippe Il, son père, lui avoit fait couper dans sa prison devant lui. « Hé bien! s’écria le moine tout en furie, apparemment qu’il l’avoit bien mérité ! car Philippe IT en eut la permission du Pape... » Quoique mon caractère me miît à couvert, je ne voulus pas disputer et faire avec ce piffre de moine une scène ridicule. Je me contentai de rire et de faire signe de se taire, comme je fis, à ceux qui étoient avec moi... Enfin il nous montra le reste du tour dela chambre, toujours fumant, puis nous descendimes au panthéon. »

La bibliothèque est une des pièces les plus belles et les plus grandioses. De magnifiques tables de marbre et de porphyre, des armoires d’ébène, d'acajou et d’autres bois précieux, forment le plus splendide mobilier de ce genre qu’on puisse imaginer. Les peintures qui décorent les diverses parties de la salle sont en rapport avec le sujet des différentes catégories d'ouvrages au-dessus desquelles elles sont placées. Une particularité, c’est que les livres, au lieu d’être posés comme ils le sont d'habitude, présentent au spectateur le côté de la tranche, sur lequel se lisent les titres, écrits de haut en bas. D'après ce qu'on rapporte, cet usage remonte au seizième siècle. Le savant Arias Montanus, dont la bibliothèque servit de noyau à celle de l'Escurial, avait l'habitude de placer ses livres de cette manière, et on adopta cette méthode, peut-être pour

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© éviter de rompre l’uniformité. Cette disposition avait sans doute été adoptée parce que la tranche,

plus large que le dos, offre plus de place pour le titre, et ne présente Re ut la saillie produite par les nerfs, saillie très-prononcée dans les anciennes reliures. FT N oublions pas une des curiosités de l'Escurial : l'appartement occupé par Philippe If, et où le sombre monarque, comme Charles-Quint à Yuste, vécut en moine plus qu'en roi. Ces humbles pièces contrastent par leur simplicité avec la richesse des autres parties du monument. On les montre aujourd'hui à tous les visiteurs, mais autrefois personne n'y pouvait pénétrer, et les plus grands personnages eux-mêmes n'y étaient pas admis. C'est en vain que Saint-Simon tenta d'y ETCRER, ; |

Avant de quitter l'Escurial, faisons le tour des appartements royaux, qui représentent le manche du gril dans le plan de l'édifice. C'était autrefois la résidence d'automne des rois d’Espagne, et ils y venaient chaque année passer six semaines. Nous y remarquâmes un certain nombre de tapisseries exécutées d’après les cartons de Goya dans la fabrique de Santa Barbara, et qui représentent des scènes champêtres, des zoreros, etc. L'Escurial n'est plus ce qu'il était autrefois : les moines hiéronymites, jadis si puissants en Espagne, ont depuis longtemps cessé d'habiter leurs nombreuses cellules. Les longs corridors, froids et humides, sont à peu près déserts, et dans les vastes cours aux échos sonores, l'herbe et la moisissure verdissent les pavés et les murs.

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Alcalä de Hénarès, la cité savante, l'ancienne rivale de Salamanque, n'est plus qu'une petite ville de dix mille habitants, station peu importante du chemin de fer de Saragosse. Notre premuère visite fut pour l’Université, bâtie par ordre du cardinal Ximenez, le bienfaiteur de la ville. La façade, malheureusement fort détériorée, est ornée de belles sculptures du style espagnol de la Renaissance, si élégant dans ses ingénieuses fantaisies. La chapelle conserve encore des traces de son ancienne richesse, et ses ornements, dans le goût moresque, sont un des plus beaux spécimens du style rudejar du seizième siècle. L'université d’Alcalà était la plus célèbre après celle de Salamanque. Les étudiants, qui étaient aussi nombreux, — on assure que leur nombre dépassait dix mille, — firent à François [* un accueil splendide. Navagiero, qui visita la ville en 1523, donne de curieux détails sur l'Université, «dans laquelle, dit-il, tous les cours se font en latin, et non comme dans les autres universités d'Espagne, où on les fait en espagnol. Fra Francesco Aimenes, archevêque de Tolède et cardinal, y fonda une bibliothèque pleine de nombreux livres latins, grecs et hébreux. Il fit bâtir une église à côté, de très-belles écoles, et Les dota d’un revenu suffisant. En outre, il embellit beaucoup la cathédrale, non loin de laquelle il fit bâtir un palais pour lui...» Le plus illustre des étudiants d’Alcalà fut l'infant don Carlos, qui avait plus de goût pour les armes que pour les livres : c’est dans un des escaliers de l'Université qu'il fit cette chute dont il se ressentit toute sa vie. Philippe 11, qui était à Madrid, accourut en toute hâte, amenant avec lui le corps du bienheureux Diéso, de l’ordre de Saint-François, qui passait pour guérir miraculeusement les malades. On étendit le corps du moine sur celui de don Carlos, qui échappa heureusement à la mort. La cathédrale d’Alcalà, qu'on appelle la Magistral, date du quinzième siècle, et renferme des détails très-intére

ssants. Mentionnons surtout la reja ou grille du chœur, qui porte cette inscription : Maestro

Juan Francés, maestro mayor de las obras de fierro en España. On sait que plusieurs villes d'Espagne se sont disputé la gloire d’avoir donné naissance à Cervantès, comme jadis à Homère quelques villes de Grèce. Il est démontré aujourd'hui que l’immortel auteur du Don Quichotte naquit à Alcalä le 9 octobre 1547, et qu'il y fut baptisé dans l'église paroissiale de Santa Maria /a Mayor. On nous fit voir la maison où il naquit, et qu'une Inscription gravée signale aux passants.

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