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LE PICADOR

entre le corps de son cheval, qui lui sert de bouclier, et la cloison de bois, qui le garantit du côté opposé ; or, lorsqu'il tombe désarconné au milieu de l'arène, il se trouve exposé de toutes

LA MORT DU CHEVAL (page 61).

parts aux coups de corne. Le courage de Calderon souleva dans tous les coins du cirque les applaudissements les plus frénétiques. Surexcité par cette ovation, il cèta le taureau, € est-à-dire l'appela.

“ai 2 Marins QUATAIÈME. +4 0 | CONONNEESSSSS re piqu L'animal restait immobile. Calderon fit avancer son cheval A.

le provoqua en brandissant Ar

d'un pas, et par un mouvement rapide, jeta son large chapeau devant le taureau, qui, étonné sans

doute d'une telle audace, ne bougea pas davantage : cela s'appelle en termes du métier où fiera, obliger la bôte farouche à attaquer. Calderon alla jusqu'à piquer de la pointe de sa lance | naseaux de l'animal: ce dernier affront le mit enfin en fureur, et il chargea avec tant d'impétuosité, que le cavalier et sa monture allèrent rouler ensemble sur le sable. Les chulos accoururent, leur cape à la main, le Tuto à leur tête : leur emploi consiste à attirer ou à détourner les 70 taureaux au moyen de leurs capes ; leur qualité la plus essentielle est une grande agilité, comme l'indique leur nom, qui signifie également gracieux et léger. Cependant le cheval s'éfait relevé, lançant des ruades furieuses ; Calderon, étourdi par sa chute, venait d'être foulé aux pieds en même temps par le cheval et par le taureau; le Tato, après quelques brillantes suertes de capa, parvint à entrainer l'animal, qui se mit à le poursuivre à outrance; mais lespada, faisant un détour subit, se laissa devancer et s'arrêta court, en s’embossant dans sa cape, avec une grâce parfaite ; le taureau étant revenu sur lui, il recommença plusieurs fois ces jeux de cape, tout en évitant sa poursuite de l'air le plus dégagé, laissant les cornes effleurer son vêtement sans jamais l’atteindre.

Les spectateurs s'étaient levés comme par un mouvement électrique en voyant les chulos empoiter dans leurs bras Calderon évanoui. Quand ils passèrent devant nous dans la va/la, nous apercümes avec effroi une large blessure qui s’ouvrait sur le front ensanglanté du picador : no es. nada, ee n'est rien, dirent les chulos, et ils se dirigèrent vers l’infirmerie. Calderon venait de courir un très-grand danger, et il aurait pu être tué sur la place, si le Tato n'était venu sià propos à son secours : délivrer ainsi un torero s'appelle en langage du métier faire un quete x heureux les picadors quand l'amo, le maitre, comme on appelle le chef de la euadrilla, vient ainsi à leur aide. Un des reservas, picador de réserve, venait d'entrer dans l'arène, en remplacement de Calderon qui s'était éutilizado, c'est-à-dire rendu inutile; son cheval ne tarda pas à partager le sort des autres ; cependant il ne fut pas tué roide : la corne avait pénétré sous le ventre, et de la large blessure qu'elle venait d'ouvrir, nous vimes sortir un énorme paquet d'intestins qui restèrent un instant suspendus entre ses jambes, et ne tardèrent pas à trainer jusqu'à terre, de sorte que le pauvre cheval s'embarrassait les pieds dans ses propres entrailles. Le picador redoubla des éperons ; mais la malheureuse bête ne marchait pas assez vite, et un muchacho vint la tirer par la bride pendant qu'un autre la frappait à coups redoublés de son bâton. Les cris Fuera ! fuera! (dehors) et otro caballo! (un autre cheval) retentirent de toutes parts; ce n'était pas qu'on eût la moindre pitié pour l'agonie de la pauvre rosse ; le publie des taureaux,est blasé sur le spectacle de ces souffrances ; on demandait un autre cheval, lout simplement parce que celui-ci avait à peine la force de porter son cavalier, et que /e service de la place était mal fait. Le taureau vint mettre fin à cette scène dégoûtante en renversant du premier choc la victime à moitié morte, et en l'achevant d’un seul coup.

C'était le troisième cheval tué depuis peu d'instants : deux autres périrent bientôt sous les cornes du terrible Morito, sans compter les trois qu'il blessa. La course commençait bien : cinq chevaux tués et trois blessés, vingt-cinq coups de pique (puyazos), huit chutes de picadores, sans parler de Calderon mis hors de combat, tel était le résultat des cinq premières minutes ; aussitôt qu'un cheval était tombé, les muchachos venaient lui frapper les naseaux à coups de bâton pour voir sil pouvait être utilisé; quand l'animal était trop malade, ils s'empressaient d'ôter la selle et la bride, ainsi que le mouchoir rouge qui couvrait l'œil droit : d'autres parcouraient l'arène, tenant de petites corbeilles pleines de sable et en semant quelques poignées sur les mares de sang. Deux trompettes, accompagnés d'un roulement de timbales, tamboriles, sonnèrent quelques notes d'une fanfare aigre et fausse, pour annoncer que la tâche des picadores était finie, et que celle des

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a, qu'on appelle ussi palillos, rehiletes, ete., sont de petits morce ouce, longs

e centimètres environ, et enjolivés dans toute leur

la grosseur du pouce, longs de soixante de papier de différentes couleurs, frisé et découpé ; à une extrémité est fixé un dard de fer de. quelques centimètres, qui ressemble exactement à la pointe d’un hamecon : les banderilleros doivent piquer dans les épaules du taureau ces espèces de flèches qui, une fois entrées dans la peau, y restent solidement fixées : il s'agit de rendre plus furieux, sans le blesser, l'animal déjà excité par sa lutte avec les picadors. Les banderillas sont piquées par paires, une de chaque côté de l'épaule : c'est une opération des plus difficiles, qui exige beaucoup d'agilité et de sang-froid, car il faut lever les deux bras à la fois par-dessus les cornes du taureau, de manière à les toucher presque : la moindre hésitation, le moindre faux pas peut exposer le banderillero à un trèsgrand danger. Il arrive quelquefois qu'un banderillero remplit en même temps le rôle de media espada, c'est-à-dire demi-épée, ou espada en sous-ordre. On cite un torero qui remplit un jour, dans la même course, le triple rôle de picador, de banderillero et d'espada.

Le taureau, provoqué par le Gordito, fondit sur lui comme l'éclair; le torero fit un pas de côté en battant un entrechat, et l'animal continua sa course, secouant les deux banderillas qui venaient d'être piquées sur ses épaules. Un second banderillero ne tarda pas à en ajouter deux autres, qui mirent l'animal au comble de la fureur : l'effet produit par ces petites flèches est tellement irritant et agace tellement les taureaux, qu'il a donné lieu à la locution populaire poner banderillas, mettre des banderillas à quelqu'un, lorsqu'on veut parler d'une personne qu'on taquine, ou à qui on adresse des paroles satiriques.

Bientôt nous entendimes dire autour de nous que le Gordito allait poser des banderillas de à cuarta. La cuarta est le quart de la vara, qui a un peu moins d'un mètre ; les banderillas de d cuarta ont donc moins de vingt-cinq centimètres de longueur, ce qui augmente considérablement le danger, puisqu’en les posant, les mains du banderillero doivent effleurer les cornes du taureau. Ce tour de force, qu'on ne voit exécuter que rarement, fut réussi de la manière la plus habile, et très-chaleureusement applaudi. 1

Le Gordito est aujourd'hui un des espadas les plus renommés de | Espagne ; sa hardiesse #t son agilité contrastent singulièrement avec son embonpoint, qui lui a valu le nom de Gordito, httéralement /e Grassouillet. Nous nous rappelons un autre banderillero, Blas Meliz, quon avait surnommé e/ Minuto, le Menu, à cause de l’exiguité de sa taille, ce qui ne l'empêchait pas d’être un des plus adroits qu’on eût jamais vus; de plus, il était boiteux, par suite d’une blessure au talon droit, qu'il avait reçue d’une façon assez singulière dans la plaza de Ségovie : un taureau venait d'être frappé par l’espada, et l'épée était restée engagée dans le cou, ainsi que cela se voit fréquemment ; l'animal, en se débattant, rejeta l'arme en l'air, et elle alla retomber la pointe en avant sur le talon du Minuto.

Le Gordito, pour répondre aux nombreux bravos qui avaient salué son tour de force, se préparait, à poser une quatrième paire de banderillas, quoique le nombre réglementaire soit de trois paires seulement ; mais il s'arrêta tout à coup. ‘À #atar suena el clarin! Le clairon venait de sonner la mort. oi

L'honneur de porter e

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