SALAMANQUE : LA VILLE ET LE PONT ROMAIN
Avila. — La cathédrale; el Tostado. — Les Toros de Guisando. — Un posadero. — Salamanque ; son université. — Épitaphe d’un baudet. — Alba de Tormès. —Les Charros et les Charras. — Les Batuecas. — La Sierra de Francia. — Quelques mots sur la langue castillane. — L’argot espagnol ou germanta; richesse du vocabulaire ; analogies avec l’argot français. — De Salamanque à Zamora. — Toro. — Medina del Campo; Charles-Quint à Medina. — Les Braseros. — Valladolid : la Plaza Mayor; encore les autos de fe. — La calle de la Plateréa; les anciens orfévres de Valladolid, — Le Musée ; Pompeo Leoni, Berruguete et Gregorio Hernandez.— San Pablo et San Gregorio. — Quelques maisons historiques.
Avila, une des plus anciennes villes de la Castille, mérite d’être visitée par le touriste, même après Fontarabie, Tolède et Cuenca. L'aspect extérieur est des plus saisissants : une haute ceinture de murailles, surmontée de nombreuses tours rondes, l'entoure de tous côtés. C'est encore la vieille ville du quinzième siècle, telle que la décrit le chroniqueur Marineo Siculo : « Avila cercada de muchas torres con sus almenas. — Avila entourée de nombreuses tours avec leurs
échauguettes. » La cathédrale, importante construction du douzième siècle, ressemble autant à
une forteresse qu'à une église. Les stalles du chœur sont un des chefs-d'œuvre de ce genre à
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fait Arts ions l'histoire du Chevalier de la Forêt. Ces toros se tro en à nn. me ee
distance d'Avila. La sculpture de ces prétendus taureaux est informe. Ces monstres de granit eo
étaient autrefois nombreux dans la contrée ; diverses opinions ont été mises en avant sur leur origine, qui est restée inconnue. Ils en à une époque très-reculée, et sont sans doute contemporains des premiers habitants de l'Espagne. La gloire d’Avila, c'est d’avoir donné le jour à sainte Thérèse, santa Teresa de Jesus, comme on appelle ici la célèbre réformatrice de l’ordre des Carmélites. On montre aux étrangers le couvent qu’elle habitait, quelques meubles de sa cellule et des manuscrits de sa main. | F
Après deux jours passés à Avila, nous primes place dans la diligence de Salamanque. Le pays est assez triste, et les auberges justifient la réputation des anciennes posadas espagnoles. Dans une de celles où nous nous arrêtâmes, nous trouvâmes un type du vrai posadero d'autrefois. C'était un gros homme d’une soixantaine d'années, portant la veste et la culotte courte, et coiffé d’une épaisse gorra de laine. En causant avec lui, nous aperçûmes une grande image coloriée qui nous parut assez curieuse : cette gravure, très-naïvement exécutée, représentait un posadero assis, un doigt en l'air, un sac d’écus à la main et elignant de l'œil. Au-dessous se lisait cette inscription : Aôre el ojo, — il ouvre l'œil; — et au-dessus ces vers, qui renferment toute la philosophie de l’aubergiste :
Hoy no fian aqui, Mañana asi ;
Si fio, no cobro,
Si cobro, no todo; Pues, para no cobrar, Mas vale no fiar.
« Ici on ne fait pas crédit aujourd'hui, — Demain non plus ; — Si je fais crédit, je ne touche pas, — Si je touche, ce n'est qu'une partie ; — Donc, pour ne pas toucher, — Mieux vaut ne pas faire crédit. »
Outre ces sages maximes, qui nous rappelèrent le fameux Crédit est mort, l'estampe contenait aussi quelques proverbes parfaitement appropriés à la profession de posadero, tels que ceux-ci : Dame, y darte he, Donne-moi, et je te donnerai; — Mel en boca, y quarda la bolsa, Du miel dans la bouche, et garde ta bourse ; — Æ7/ ombre que en hombre fia, queda cual ciego sin
quia, L'homme qui se fie à un autre, est comme un aveugle sans guide ; et autres sentences également dignes de Sancho.
Salamanque est une ville qui ne répond guère à l'attente du voyageur; ce n’est plus celle que dépeint Marineo Siculo : en la qual ay asaz de todas las cosas que son necesarias à la lumana vida en grande abundancia, — dans laquelle on trouve en abondance toutes les choses
h Eu - > D aa Salemanque en riant s'assied sur {rois collines, ! S'endort au son des mandolines, Et s'éveille en sursaut aux cris des écoliers.