‹ L'EspagneChapitre 23 sur 287 · LA EN , ; TA · texte numérisé non relu

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longueur du bras ; comme nous l'avons dit, c'est l'engaño, le leurre, qui sert à détourner l'attention du taureau. Quant à l'épée, elle est de longueur ordinaire, à lame plate et flexible ; la poignée, courte et pesante, pour être mieux en main, ne se tient pas comme celle des épées crabe l'es pada pose l'index sur le talon de la lame, et porte le coup en appuyant le pommeau sur la paume de la main. A voir le Tato se placer en face du taureau, l’attirer avec sa muleta et recevoir avec in-

souciance l'attaque de l'animal, on eût dit un enfant jouant avec un jeune chien : ces évolutions,

que l'espada répète plus ou moins de fois suivant la nature du taureau, s'appellent pases de muleta. Tous les espadas n’y réussissent pas au même degré ; on en cite un, Juan Gimenez, surnommé el Morenillo, qui avait acquis une habileté extraordinaire en ce genre : il était ambidextre, se servant aussi bien de la main droite que de la gauche pour tenir l'épée et la muleta, ce qui lui fut très-utile dans des situations dangereuses.

__ Revenons au Tato. Il multipliait les passes de muleta devant le taureau, qui commençait à perdre de sa vigueur et devenait aplomado, c'est-à-dire de plomb, alourdi, refusant obstinément de charger. Le torero s’approcha de lui, soulevant par manière de défi les banderillas avec la pointe de son épée; puis il se mit en position, tenant son arme horizontale et sa muleta inclinée à terre. Le Tato était superbe à voir dans cette attitude. Que bien plantado! qu'il est bien campé ! disaient avec admiration des voix de femmes autour de nous. L'instant du dénoûment approchait ; tous les regards’ étaient fixés sur lui : tout à coup nous vimes l’espada foncer sur le taureau, en sautant légèrement du pied gauche ; les cornes effleurèrent le satin de sa veste, et l'épée s'enfonça tout entière dans l'épaule du taureau. Le Tato venait de donner une magnifique estocada à volapné. Ce coup a été mventé, comme nous l'avons dit, par le célèbre Joaquin Rodriguez, dit Costillares ; il permet de tuer les taureaux aplomados, qui refusent d'attaquer. C'est alors l’espada qui doit se précipiter vers l'animal. Voici, du reste, la définition que Pepe Hlo, aussi connu comme torero que comme auteur didactique, donne de la suerte de volapié, dans son Traité sur la tauromachie : «Le Diestro se met en position pour donner la mort, et aussitôt que le taureau, trompé par le mouvement de la muleta, baisse la tête et découvre ses épaules, il court vers lui, enfonce son épée et saute sur un pied... Coup très-brillant, ajoute Pepe Ilo, mais qu'on ne doit mettre en pratique que quand les taureaux ont perdu leur agilité, et refusent de se précipiter sur l'espada. » Les suertes de espada sont de deux sortes principales : celle de volapiés, que nous venons de voir, et la suerte de recibir ou recibiendo, qui est tout le contraire de la première ; c'est-à-dire que dans le cas où l'espada l'exécute, il doit foncer sur le taureau au lieu d'attendre son attaque. On compte encore une autre suerte de espadu, celle de descabellar, assez difficile à bien réussir : nous aurons tout à l'heure l'occasion de la voir.

La belle estocade 4 volapié que venait de donner le Tato lui valut un tonnerre d'applaudissements, et on vit de toutes parts quantité de chapeaux voler en l'air et retomber drus comme

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