‹ L'EspagneChapitre 24 sur 287 · LT · texte numérisé non relu

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nres et de toutes formes, les sombreros calañeses des Andalous, les larges chapeaux valenciens, et les tuyaux de poële de la civilisation : il y avait

aficionadas lancer leurs bouquets dans l'arène, tandis que d'autres applaudissaient de toute la

force de leurs petites mains. *

Pendant ce temps-là l'espada, drapé dans sa cape et le poing sur la hanche, les remerciait du regard et les saluait cavalièrement, sa montera à la main. Autour de lui gisaient quelques chevaux; les uns morts, d'autres soulevant leur tête, et la laissant retomber en rendant, avec le dernier soupir, des flots d’un sang noir; çà et là des monçeaux d° entrailles encore palpitantes. Étranges contrastes ! Des fleurs, du sang et du satin, n est-ce pas l’image d'un combat de

taureaux ?

Quand les transports des amateurs commencèrent à se calmer, Les garçons de service ramassèrent

les chapeaux et les renvoyèrent très-adroitement à leurs propriétaires, depuis les £endèdos jusqu'aux gradas les plus élevées, et chacun rentra en possession de son couvre-chef quelque peu endommagé, pour en faire le même usage à la prochaine occasion. Il y à certains chapeaux qui font ainsi une demi-douzaine de.voyages quand la corrida est brillante. Cependant le taureau n était pas encore tombé, quoique la lame de l'épée eût disparu tout entière dans soi corps, et qu'on n'apercüt plus que la garde au-dessus de l'épaule; mais l'animal commençait à chanceler, en décrivant des courbes, comme ferait un homme pris de vin ; puis il se mit à tourner sur lui-même, ee qui indiquait qu'il allait bientôt tomber. Se marea ! se marea ! (il se trouve mal !) eria la foule. Les chulos formèrent alors le cercle autour de lui et commencèrent à faire jouer leurs capes l'un après l’autre, de manière à accélérer encore le mouvement du taureau, qui ne tarda pas à s'affaisser sur lui-même. Mais l'animal était encore vivant. Bien que ses yeux fussent devenus ternes et vitreux, bien que le sang coulât de sa bouche en abondance, il portait encore la tête droite. On eût dit qu'il ne voulait pas mourir. Nous vimes alors arriver le cachetero, personnage tout de noir habillé, qui ne s'était pas montré jusqu'à ce moment ; car sa seule mission est de terminer d'un coup les souffrances du taureau, au moyen d'un petit poignard appelé cachete, de forme arrondie, dont la pointe va en s’élargissant et ressemble exactement à la lame d'un orattoir.

Le taureau, qui s'était couché le long des tableros, regardait d'un air impuissant les ennemis qui venaient de le combattre et qui tardaient tant à mettre un terme à son agonie :, pendant ce temps-là, le cachetero s'était glissé entre le taureau et la barrière, en suivant le rebord qui sert aux {orer0s à prendre leur élan ; se retenant de la main gauche, il se pencha vers le taureau, et choisit un point entre les deux cornes; sa main droite s’abaissa et se releva immédiatement ; aussitôt la tête de l'animal tomba lourdement à terre. comme frappée par la foudre ; le cachete avait traversé la moelle épinière, et la mort avait été instantanée.

Pour célébrer la mort du taureau, l'orchestre joua un de ces airs de danse andalous qui passionnent tant les Espagnols, et qui sont si pleins d'originalité ; le publie en accompagnait le mouvement saccadé en battant des mains. Deux #r0s ou attelages de trois mules empanachées entrèrent au grand galop dans l'arène et les garcons de service acerochèrent au gancho, crochet de fer préparé pour la circonstance, le taureau et un des chevaux mor ts; celte opération ne s accomplit pas sans quelque difficulté, car les mules étaient impatientes de s'élancer. Elles partirent enfin à fond de train, excitées par de vigoureux coups de fouet, et guidées à droite et à gauche par deux m#uchachos qui les dirigeaient à grand'peine ; puis on les vit reparaitre autant de fois qu'il restait de corps à enlever.

Pendant l'entr'acte, — si on peut donner ce nom à l'intervalle de quelques minutes qui sépare la mort d'un taureau de la sortie du suivant, — des garcons de service nivelèrent le sol de l'arène,

tandis que d'autres couvraient de sable quelques mares qui indiquaient la place des chevaux tués,

Ainsi qu'on vient de le voir, la lutte contre chaque taureau peut se diviser en trois parties bien

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