SANTIAGO. — OVIEDO
Magosto, cette lêle qui se célèbre tous les ans à l’
R — occasion de la récolte des châtaignes. C'est là qu'on voit les fraîches et jolies Galegas, dans leurs habits de fête, danser au son de la gaita ; car
en ce pays il n y à pas de fête sans cornemuse, On voit même à Santia qgateros accompagner la procession.
go, le jour du Corpus, des
Santiago, plus connu en français sous le nom de Saint-Jacques de Compostelle, est le plus ancien et le plus fameux pèlerinage de l'Espagne. On sait que sant Jacques est le patron du pays, et que Santiago! était le cri de guerre des Espagnols du moyen âge, comme Montjoye ! Sainct Denis ! celui des Français. D'après la légende, l'apôtre, sé rendant en Espagne, débarqua à Padron, à quelques lieues de Santiago. Une étoile miraculeuse montra plus tard la place où était son corps, et on le transporta à la ville, qui reçut le nom de Campus stellæ, le Champ de l'étoile. Au moyen âge, l’affluence des pèlerins était énorme, et elle est encore considérable aujourd'hui. Ceux qui venaient de France étaient très-nombreux, de là le nom de camino francés donné au chemin qu'ils prenaient. La ville de Santiago, ancienne capitale de la Galice, est entourée de montagnes, et le climat y est fort humide, si l’on en croit le dicton qui l’appelle e/ orinal de España, — surnom qui rappelle celui de la capitale de la Normandie. La cathédrale. une des plus anciennes et des plus remarquables d'Espagne, date du douzième siècle; son plan rappelle celui de Samt-Sernin de Toulouse, qui lui a, dit-on, servi de modèle. La partie que nous admirâmes le plus est le prtico de la Gloria, magnifique portail orné de nombreuses figures en relief. Au sommet on voit la statue du Sauveur, et au-dessous celle de l'apôtre samt Jacques. Ce chef-d'œuvre du maestro Mateo a été surmoulé pour le South-Kensington Museum de Londres, où nous l'avons vu mettre en place, il y a deux ans. Le corps de saint Jacques occupe encore, assure-t-on, son ancienne place; à la droite du saint, qui est représenté en pèlerin, nous lûmes l'inseription : Hic est corpus Divi Jacobi Apostoli et Hispaniarum Patroni. Ses reliques étaient autrefois l'objet des plus étranges croyances : « On prétend, dit madame d'Aulnoy, que l'on entend à son tombeau un cliquetis comme si c’étoit des armes que l’on frappât les unes contre les autres, et ce bruit ne se fait que lorsque les Espagnols doivent souffrir quelque grande perte. » La Capülla de los Reyes, appelée aussi e/ Relicario, est une des plus riches d'Espagne. Ily a là des objets extrèmement intéressants et de précieuses pièces d'orfévrerie espagnole, antérieures au dixième siècle.
La cathédrale d’Oviedo, malgré ses dimensions restreintes, est un édifice d’une grande élégance ; mais la partie la plus curieuse est la Cémara Santa, qui contient autant de reliques, dit-on, que toutes les églises d’Espagne réunies. Pour donner une idée exacte de ses richesses en ce genre, nous traduirons la notice imprimée qui se vend dans l’église avec le sceau de l’évêque, et qui porte le titre de : Breve sumario de las santas reliquias que en la Cämara Santa de Oviedo se veneran, c'est-à-dire : « Résumé sommaire des saintes reliques que l’on vénère dans la Chambre Sainte d'Oviedo. » La plus grande partie du drap avec lequel le Christ, notre Rédempteur, fut enseveli dans le sépulcre, et son précieux suaire teint de son très-saint sang ; — Un morceau du roseau que les Juifs lui mirent dans la main en guise de
sceptre ; — Un morceau de sa tunique; — Un fragment de son tombeau; — Un lambeau des langes qui l’enveloppaient dans la crèche; — Du pain de la Sante Cène; — De la manne que Dieu fit pleuvoir pour les enfants d'Israël; — Un grand morceau de la peau de saint
Barthélemy, apôtre ; — La chasuble que la Reine des Cieux donna à saint IIdephonse, archevèque de Tolède; — Du lait de la Mère de Dieu elle-même (leche de la misma Madre de Dios) ; —
De ses cheveux et une partie de ses vêtements ; — Des cheveux avec lesquels la DIenHEUTEnE Magdeleine essuya les pieds du Christ; — Un des rameaux d’olivier que le Christ ds à la main lorsqu'il entra dans Jérusalem ; — Un morceau de la pierre sur laquelle était assis Rose quand il jeûna sur le mont Sinaï ; — Un fragment de la baguette avec laquelle le HÈMe Moïse sépara les eaux de la mer Rouge; — Un morceau du poisson grillé et du gâteau de miel que N otre-Seigneur mangea avec ses disciples, quand il leur apparut après sa résurrection ; — Des reliques des saints Prophètes, Martyrs, Confesseurs et Vierges sont conservées ici, et il y en a un si grand nombre que Dieu seul le sait. »
Oviedo est la capitale de la province de ce nom, et la principale ville des Asturies, un des pays les plus accidentés et les plus sauvages de la Péninsule. C’est des montagnes de l’ancien Prinçipado de Asturias que descendent chaque année ces mozos de cordel et ces aguadores, au bonnet en pointe et au pantalon court d’où sort un caleçon de toile, tels que nous les avons vus à Madrid. Pélage, premier roi des Asturies, qu'on appelle ici Don Pelayo, défendit avec succès ce pays contre les Arabes. C’est dans les défilés de Covadonga, à douze lieues d’Oviedo, qu'il les arrêta avec mille hommes contre vingt mille, — quelques historiens disent même trois cent mille, Aussi regarde-t-on Covadonga comme le berceau de l'indépendance espagnole :
Covadonga, el sitio triunfante, Cuna que fué de la insigne España.
Les Asturies, seule province où ne s’exerça jamais la domination musulmane, sont encore peu connues, à cause de la difficulté des communications. C’est le pays de l'Espagne où l’on retrouve le plus de souvenirs des Goths. Quelques églises, qui remontent au neuvième siècle, sont trèsintéressantes sous le rapport de l'architecture et des inscriptions. En voici une des plus curieuses, portant le nom d’un des successeurs de Pélage, le roi Silo, qui régnait dans les Asturies vers la fin du neuvième siècle; nous la tenons d’un de nos amis d’Oviedo ; elle a été relevée à Sanliyanes de Pravia, à six lieues de cette ville, et est célèbre dans le pays. Elle se compose des mots : Solo prènceps fecit, qu'on peut lire de plusieurs manières différentes en partant toujours du centre :
TICEPS PECNCE PS FE OUT ICEFSPECNINCEPSFECI CEFSPECNIRINCEPSFEC EFSPECNIRPRINCEPSFE FSPECNIRPOPRINCEPSF SPECNIRPOLOPRINCEPS PECNIRPOLILOPRINCEP ECNIRPOLISILOPRINCE PABIOIN LR PONT OUPRUN CE P SPECNIRPOLOPRINCEPS FSPECNIRPOPRINCEPSF EFSPECNIRPRI NCEPSFE CEFSPECNIRINCEPSFEC LCEFSPECNI NCEPSFECI ML FSPECNCOCEPSFEC LT
Ces singulières inscriptions furent aussi à la mode dans d’autres pays, témoin celle, beaucoup plus simple, il est vrai, relevée au château de Rochemaure, sur les bords du Rhône, et qui consiste en une devise de trois mots : Sutor opera tenet (littéralement : le semeur tient son ouvrage, — Où : comme on sème, on récolte). En lisant de droite à gauche, de haut en bas, et réciproquement, 0n retrouve toujours le même sens, comme dans l’inscription du roi Silo :