EL COFRE DEL CID (CATHÉDRALE DE BURGOS
Burgos. — Costumes des paysans : la montera. — Le Mercado de la Llendre. — La Casa del Cordon et l'Arco de Santa Maria. — L'Ayuntamiento ; les os du Cid. — La cathédrale : une porte en bois sculpté ; la capülla del Condestable ; un christ recouvert de peau humaine : le Santo Cristo; le Papa-moscas ; el Cofre del Cid. — Les oiscaux dans les églises espagnoles d'autrefois. — Encore les processions religieuses; quelques usages singuliers ; l'ivrogne et le Saint- Sacrement. — Le monastère de Las Huelgas et la cartuja de Miraflores ; les religieuses. — San Pedro de Cardona : le tombeau du Cid ; le Cid a-t-il réellement existé ? — Les gorges de Pancorbo. — Miranda de Ebro. — L'Ebre. — La Rioja. — Calahorra. — Tudela. — Les Navarrais.
Le train s'arrête : nous voici à Burgos. Le froid est très-vif, malgré un ciel bleu et un soleil brillant ; nous sommes cependant au mois d'octobre ; mais Burgos, situé au milieu d’une plane très-élevée, est un des endroits les plus froids de l'Espagne : nous nous souvenons d’y avoir vu deux pieds de neige au mois de novembre. L’Arlanzon, une petite rivière presque à sec lété, v sèle quelquefois l'hiver. Navagiero, qui visita Burgos en 1524, dit que cette ville lui parut aussi triste que le ciel, souvent chargé de nuages; on disait que Burgos portait le deuil pour toute la Castille : Trae duelo por toda Castilla. C'est sur la Plaza de la Libertad, entourée de portiques couverts, qu'il faut voir le vrai Castillan, embossé dans sa mante, se chauffer au soleil, à l'abri du vent. « Pourvu qu'il ait, dit la chanson populaire, — Du vin, de l'ail, du blé et de l'orge, — Ine quitte pas la place en juillet, — Ni son manteau en janvier : »
En teniendo el Castellano Vino, ajos, trigo y cebada, No deja la plaza en julio, Ni en enero la capa.
C'est sur cette place que se réunissent, les jours de marché, les paysannes des environs avec leurs jupons d’un jaune éclatant, et les paysans coiffés de la montera de peau. Cette coiffure, trèsancienne, qui leur donne un aspect farouche, à un faux air de casque. Ponz en faisait déjà la remarqué au siècle dernier : «Le peuple, dit-il, est le meilleur dépositaire des coutumes et des usages anciens. La variété des monteras des diverses provinces de l'Espagne ne représente, suivant moi, que la figure des anciens morions, salades, cabassets et autres casques en usage à différentes époques. Ce peuple, presque entièrement militaire, a conservé dans son costume nonseulement l'image vivante des casques dans ses monteras, mais encore celle de toutes ses anciennes armures dans les co/etos (pourpoints), les polaynas et les abarcas (espèce de guêtres), et jusque dans ses a/pargatas. Qu'on entre dans une ancienne armeria : si lon connaît bien les monteras sévillanes, grenadines, manchoises, valenciennes, castillanes, galiciennes, on verra combien ces différentes coiffures ressemblent aux casques d'autrefois. » Ce qu'on peut étudier à Burgos, ce sont les guenilles et les haillons sous lesquels s’abritent les mendiants castillans, ces mendiants qu'on à comparés à des tas d’amadou séchant au soleil, et qu'on trouve partout, — jusque sur l'escalier de la fonda. « Tout cela, dit Théophile Gautier, est si râpé, si sec, si inflammable, qu'on les trouve imprudents de fumer et de battre le briquet. Les petits enfants de six ou huit ans ont aussi leurs manteaux, qu’ils portent avec la plus ineffable gravité. »
Burgos était jadis une ville florissante, témoin ce vieux refrain :
Ea ! ea ! que Burgos no es aldea, Sino ciudad, y buena !
« Holà ! holà ! Burgos n’est pas un village, — Mais une ville, et une belle !»
« Burgos offre aujourd'hui l'image de la pauvreté, de la fainéantise et de la dépopulation, » disait un voyageur du sièele dernier. Cette peinture est encore vraie ; il semble que la mendicité y soit une profession : nous avons vu bon nombre de mendiants portant au-dessus du front, attachée à leur #ontera, une plaque de fer-blanc sur laquelle se lisaient, estampés en relief, les mots : Pobres d Solemnidad. C'étaient des pauvres patentés, officiellement reconnus et autorisés par l’ayuntamiento de Burgos : le mot so/emnidud est synonyme de notoriété. Un jour que nous errions dans une des rues qui avoisinent la place, nous remarquâmes, à l’entrée d'un ancien portique, un va-et-vient de gens dont la plupart étaient couverts de haillons. Ayant avisé une jeune marchande de charbon, nous lui demandämes ce qu'était cela : après un moment d'hésitation, elle nous répondit en rougissant que c'était le HMercado de la Llendre, ce que nous rendrons
honnêtement, — mais non littéralement, — par marché aux guenilles, car lesdites guenilles ne sont que le récipient de la //endre, nom que l'on donne aux œufs d’un certain insecte parasite Guz-
qui se montre très-attaché à la chevelure humaine; insecte qu'un poûte espagnol, Cepeda man, fait figurer en tête d’un sonnet, «et qui naît, dit-il, dans les cheveux les plus dorés...
1) Piojos cria el cabello mas dorado…
Ce marché très-pittoresque, mais trop grouillant, nous rappela celui de Houndsditeh, que uous avions visité à Londres avec Doré. Et, puisque nous sommes en si bonne compagnie, disons que l’insecte en question, dont l'£/oge a été imprimé plus d’une fois, n'est pas le seul qui ail inspiré les poûtes. La célèbre Puce de madame Desroches est là pour le prouver. Déjà l'auteur d'un Tractatus de pulicibus, imprimé au seizième siècle, avait pris la défense des puces, dont il fait l'éloge : laudem et defensionem pulicum,.… et qu'il appelle les esprits familiers des femmes : splrétus familiares mulierum, hoc est pulices…. Un poëte espagnol, l'élégant Cetina, contemporain de Boscan et de Garcilaso, a chanté dans ses vers les pu/gas, cet insecte qui a donné son nom äl doigt qui sert à le tuer : e/ dedo pulgar. Revenons, sans qu'il soit besoin de transition, aux MENT
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