‹ L'EspagneChapitre 237 sur 287 · HO · texte numérisé non relu

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LES POBRES DE SOLEMNIDAD,;, A BURGOS

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Il en est même qui sont philosophes, comme un guirarrero aveugle que nous enten mes chanter cette seguidilla : | jééas: UMR Era

Los pobres mas hambrientos sé de PAR "40 2

Son los mas ricos, Su he

Porque todo lo comen :

Con apetito; CRC: 2.

No asi los grandes,

Que aunque todo les sobra, Les falta el hambre.

« Les pauvres les plus affamñés — Sont les plus riches, — Parce qu'ils mangent tout — De bon appétit. » « Il n’en est pas ainsi des grands : — Bien qu'ils aient tout en abondance, — Il leur manque la faim. »

Parmi les anciennes maisons de Burgos, la Casa del Cordon est une des plus intéressantes. On lui a donné ce nom à cause d’un cordon sculpté en relief autour de la porte d'entrée, décoration très-originale empruntée aux armes du Condestable de Castilla qui la fit construire. L'Arco de Santa-Maria, construit sous Charles-Quint, et qui fait face à l'E£spolon, la promenade à la mode, a de curieuses statues représentant des hommes d’armes dans le costume du temps. Quant à l'Ayuntamiento, c’est un édifice fort ordinaire, où l’on nous fit voir, dans une des salles, des os du Cid et de doña Ximena, conservés... Ô profanation! dans une bouteille placée dans une vulgaire vitrine en noyer.

La cathédrale de Burgos est unique en Espagne pour la légèreté de sa construction et la richesse des détails : malheureusement il est difficile de juger de l'ensemble à l'extérieur, à cause des constructions qui l'entourent de tous côtés. L'entrée principale donne dans la calle de Lain- Calvo — un nom emprunté aux chroniques du Cid. — Nous montons un haut escalier, et nous pénétrons dans l’église après avoir soulevé la lourde portière de cuir qui en ferme l'entrée. La première chose qui nous frappe, c'est une porte à deux battants, en noyer sculpté, où sont représentés saint Pierre et saint Jean, Adam et Éve, et l'entrée de Jésus-Christ à Jérusalem. Ce chefd'œuvre d'un seulpteur inconnu du quinzième siècle a inspiré à Théophile Gautier quelques lignes enthousiastes. « C’est assurément, dit-il, la plus belle porte du monde après celle du baptistère de Florence, par Ghiberti, que Michel-Ange, qui s'y connaissait, trouvait digne d'être la porte du paradis. Il faudrait mouler cette admirable page et la couler en bronze, pour lui assurer l'éternité dont peuvent disposer les hommes. » Le chœur est orné d'une centaine de stalles, également en noyer sculpté, avec des ornements de marqueterie dans le ooût de lentarsatura qu'on voit dans les églises italiennes de la Renaissance. Ces stalles, datées de 1497 à 1512, peuvent compter parmi les plus belles qu'il y ait en Espagne. N ’oublions pas la belle rea de fer forgé et ciselé, grille gigantesque qui ferme la Capilla del Condestable, et qui passe pour le chefd œuvre de Cristobal Andino, un des premiers rejeros espagnols. Cette chapelle du Connétable est d’une richesse qui défie toute description. Le dôme est de ce travail que les Espagnols

appellent cresteria, du mot cresta, crête; c est festonné, fouillé, découpé à jour comme de la euipure. Nulle part l'architecture du quinzième siècle n’a ätteint plus de légèreté. N' oublions n pas, dans le transsept du nord, un escalier double, dont on attribue la construction à Diego de Siloé,

sculpteur et architecte de Burgos. C’est une merveille d’ élégance, et nous le recommandons aux

peintres comme fond de tableau pour une procession. .

Une des chapelles les plus curieuses de la cathédrale est celle du Santo Cristo. Ce Christ est célèbre dans toute l'Espagne pour ses miracles. La légenderapporte qu'il fut trouvé naviguant dans la baie de Biscaye, par un marchand de Burgos qui revenait de Flandre. On le porta au couvent des Augustins de cette ville, où madame d’Aulnoy raconte l'avoir vu : «Onne l’apercoit, dit-elle, qu'à la lueur des lampes qui sont sans cesse allumées ; il y en a plus de cent; les unes sont d’or et les autres d'argent, d’une grosseur si extraordinaire, qu'elles couvrent toute la voûte de cette chapelle. Il y a soixante chandeliers d'argent plus hauts que les plus grands hommes, et si lourds qu'on ne les peut remuer à moins que de se mettre deux ou trois ensemble. Ils sont rangés à terre des deux côtés de l'autel, ceux qui sont dessus sont d’or massif. L'on voit entre deux des croix de même garnies de pierreries et des couronnes qui sont suspendues sur l'autel, ornées de diamants et de perles d’une beauté parfaite... On m a conté que de certains religieux de cette ville le volèrent autrefois, et l’'emportèrent, et qu'il fut retrouvé le lendemain dans sa chapelle ordinaire, qu'alors ces bons moines le remportèrent à force ouverte une seconde fois, et qu'il revint encore ; quoi qu'il en soit, c’est une des plus grandes dévotions de l'Espagne. » Autrefois le Santo Cristo était caché sous trois rideaux brodés de perles et de pierreries, qu’on n’ouvrait qu’au son des cloches, dans les grandes cérémonies, et pour les personnes distinguées. C'était l'usage, en Espagne, de couvrir de plusieurs voiles les images les plus vénérées, et de ne les montrer au peuple qu'avec un certain mystère. Un prédicateur du dix-septième siècle, Fray Diego Niseno, dit que “« Dieu a besoin de ces artifices (necesita Dios de estas industrias) pour augmenter et tenir en haleine la dévotion des fidèles. » Aujourd'hui la chapelle est ouverte, et le Christ exposé à tous les regards. On croyait jadis qu'il suait tous les vendredis, et que sa barbe croissait régulièrement ; on ajoutait même qu'il était recouvert d’une peau humaine. Le sacristain ne voulut pas nous garantir ce dernier fait, mais il nous affirma qu'il l'avait vu plusieurs fois remuer la tête et les bras. Ayant obtenu la permission de monter sur un escabeau placé au-dessus de l'autel, il nous fut facile de voir de près et de toucher le Santo Cristo. C'est un Christ de grandeur naturelle en bois sculpté et pet, attribué à Nicodème, mais sans doute l'ouvrage de quelque sculpteur naturaliste de la fin du serzième siècle, comme Gregorio Hernandez. Les pieds et les mains sont réellement couverts de peau humaine : on dirait des gants tendus sur un moule. Les ongles, qui adhèrent encore à la peau. ne laissent pas le moindre doute; ceux des pieds sont en partie rougés, mais ceux des mains sont beaucoup mieux conservés. La tête, inclinée sur l'épaule, est également en bois, avec la barbe et les cheveux naturels; elle est reliée au buste au moyen d'une peau parfaitement adaptée ; quand on la relève, elle retombe naturellement. et il en est de même des bras, qui sont attachés aux épaules de la même façon. Cette peau est-elle aussi celle d’un homme ? Nous ne saurions l’affirmer, mais nous le croyons, à cause de l’analogie qu'elle présente avec celle des pieds et des mains. Quant à celle-ci, nous pouvons d'autant mieux affirmer que c'est bien une peau humaine, que nous l'avons, avec Doré et une autre personne, vue de nos veux et touchée de nes mains. Les amateurs de singularités peuvent done placer le Santo Cristo de Burgos à côté des fameuses reliures en peau humaine.

Le sacristain nous fit remarquer au-dessus du chœur, près de l'horloge, une figure connue du peuple sous le nom de Papa-moscas, littéralement le gobe-mouches, un livre de plein-chant à la main, et dans l’attitude d’un homme qui chante. Toutes sortes de fables circulent sur son compte : il aurait été autrefois de Chair et d'os ; il serait l'ouvrage du diable, etc. Le Papa-moscas,

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