‹ L'EspagneChapitre 25 sur 287 · ARS · texte numérisé non relu

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sonne : un FU nous ne oi S nes de r à la première vue du sang. Fo na Espagne 5)

généralement habitués à voir des combats de taureaux dès leur enfance, ils assistent à ce specta= à

cle comme à un drame quelconque ; on y voit un assez grand nombre de femmes et de jeunes filles, et il nous est arrivé bien des fois d'y apercevoir une mère allaitant son enfant.

L'arène étant déblayée, l'orchestre fut subitement interrompu par la fanfare criarde des elairons et le roulement sourd des famboriles ; la porte du tort! s'ouvrit avec fracas, et le second taureau, annoncé sous le nom de Cuguillo (le coucou), fit son entrée dans le redondel. Le coucou ne plut guère, à première vue, aux aficionados nos voisins; sa démarche un peu lourde n'annoncait pas un de ces taureaux qu'on appelle boyantes, claros, sencillos, c'est-à-dire francs et intrépides ; il alla flairer successivement les deux picadors, qui lui administrèrent chacun un vigoureux coup de pique, sans qu'il parût se soucier de venger ces affronts ; puis il se retira d’un air penaud à l’autre extrémité du cirque, où les chulos allèrent le relancer à grand renfort de capes. C'était décidément un taureau cobarde, blando, lâche et mou, et de plus querenciado. Ce dernier mot demande une explication particulière. Presque tous les taureaux affectionnent un endroit quelconque de l'arène et y reviennent de préférence, soit qu'ils refusent le combat, soit qu'ils veuillent seulement jouir d'un instant de trêve ; ceux qui abusent de la querencia qu'ils ont choisie sont flétris du nom de querenciados : le coucou était de ceux-là. Cependant, après avoir reçu avec résignation un certain nombre de puyazos, il s'anima un instant, et finit par tuer deux chevaux; mais, glorieux sans doute de ce bel exploit, il parut décidé à se reposer sur ses lauriers ; aussi, dès que le clairon annonça qu il était temps de poser les Oanderillas, les cris de fuego ! fuego! (le feu) retentirent de toutes parts. Les banderillas de fueyo étaient demandées au président de la place, qui les accorda aussitôt. Voici en quoi consiste le perfectionnement apporté à ces flèches de bois que nous avons déjà décrites : au lieu de papier frisé, elles sont garnies de différentes pièces d'artifice, disposées de manière à s'enflammer au moment où le fer pénètre dans la peau de l'animal.

Le malheureux Cuquillo reçut ses deux premières banderillas de /uego des mains du Gordito ; à peine étaient-elles posées, qu'une longue traînée de feu siffla le long de ses flancs, et fut bientôt suivie de l'explosion de plusieurs de ces bruyants pétards qu'on appelle des marrons ; deux autres banderillas de feu vinrent prendre place à côté des premières, et furent encore suivies d'une trotsième paire; l'animal beuglait en tournant sur lui-même, partait au galop, puis s'arrêtait pour repartir de nouveau, furieux d’être en même temps écorché par le fer, grillé par la poudre et étourdi par le bruit ; cela n'empêcha pas un des banderilleros de vouloir lui poser une quatrième paire ; mais une seule banderilla le toucha, et en touchant à terre éclata sous son ventre, ce qui mit le comble à sa rage. On sonna enfin la mort, et le soéresaliente, c'est-à-dire l’espada doublure, après avoir prononcé son brindis devant le président et jeté sa montera en l'air, se prépara à tuer à son tour. Après plusieurs pases de muleta, il lui fit quelques penchazos, ou piqüres, dont une, ayant porté sur un os, faussa son épée, ce qui souleva quelques murmures de mécontentement parmi les amateurs des plus sévères ; sans se déconcerter, le sobresaliente redressa du bout de son pied la lame dont il avait appuyé la pointe sur la terre, et donna au Cuquillo une estocade plus heureuse, qui ne tarda pas à lui faire rendre le sang; bientôt le cachetero apparut de nouveau et

recommença son office de bourreau ; puis les mules vinrent, suivant le cérémonial obligé, enlever

les chevaux et le taureau.

| © Sans Voulot . er en revue je A ae pont na nt le ler nous en signalero quelques-uns qui méritent d'être rapportés : ce fut d'abord la

commencement de la course. I semble vrañment que les picadores ne soient pas faits de la même étoffe que les autres hommes : ils sont tellement habitués à recevoir à chaque instant des coups et des horions, qu'ils paraissent insensibles aux chutes les plus formidables. La moitié de la figure de Calderon disparaissait sous un bandeau qui soutenait les compresses appliquées sur sa blessure. Je bandeau, sa maigre haridelle, la longue pique qu'il brandissait de la main droite, tout lui don-

naitune certaine ressemblance avec l'ingénieux Hidalgo de la Manche monté sur Rossinante.

Résolu à venger sa blessure, ilse plaça le plus près du #0r27 pour recevoir le premier choc du Brujo (le sorcier), le troisième taureau, et il s'en tira le mieux du monde, au moyen d'un vigoureux puyazo qui fit couler quelques filets de sang ; à partir de ce moment, Calderon, échauffé par les bravos et poussé par l’amour-propre commun à tous les toreros, tint à se surpasser lui-même : sa terrible pua ne laissa pas de repos au taureau. Ses camarades l'avaient engagé à ne pas reparaître ce jour-là, mais il ny voulu pas consentir. On aurait de la peine à se faire une idée de l'obstination que montrent souvent les toreros dans des circonstances analogues. Ainsi Roque Miranda, surnommé Rigores, ayant reçu un jour trois coups de corne dans la plaza de Madrid, voulut figurer peu après dans une course qui se donnait à plus de cent lieues de là. à Bilbao : bien qu'il fût à peine guéri, il entreprit ce long voyage ; mais le célèbre Montès ne voulut pas lui permettre de prendre l'épée, et l'engagea à retourner à Madrid. Peu de temps après il prit part à une

corrida dans l'amphithéâtre de cette ville; mais ses blessures s’envenimèrent, et il mourut après

avoir subi deux eruelles opérations.

La course continuait avee un entrain parfait; le Tato se multipliait, et se trouvait toujours

à secourir un des {oreros au moment du danger : ce jour-là fut, au dire d'aficionados très-experts.

un des plus brillants de sa carrière tauromachique : il exéeuta les suertes de capa les plus brillantes et les plus difficiles, telles que la suerte de espaldas, qu'on appelle ainsi parce que le destro se place devant l'animal en lui présentant les épaules, puis, grâce à un mouvement rapide, le laisse passer à côté de lui; Ta suerte à la navarra, une des plus gracieuses, et celle de las tijeras ou des ciseaux, où il s'embosse en face du taureau en se croisant les bras. Didi arriva le moment de. luer le troisième taureau, il l'immola d'un superbe coup d' HE le mete y saca, littéralement : met et retire ; c'est-à-dire, qu'après avoir enfoncé la lame jusqu'aux trois quarts, 1l la retira de suite et la conserva à la main.

Le quatrième taureau était attendu par les spectacteurs avec une très-grande impatience, car on avait annoncé que le Gordito devait lui poser une paire de banderillas sentado, © est-à-dire assis sur une chaise. La chose nous paraissait difficile, et il nous tardait de voir comment le fameux banderillero se tGirerait d'un tour de force aussi dangereux ; le clairon annonça enfin le moment attendu, et nous vimes un garcon de service apporter une chaise grossière recouverte de paille, qu'il placa au milieu de l'arène. Le Gordito vint s'y asseoir, et, ses deux dards à la main, il attendit dun air souriant le choc de l'animal : eelui-ci, attiré par les capes des chulos, ne tarda pas à prendre le Gordito pour point de mire. Des milliers de poitrines palpitaient à la pensée du danger auquel l'exposait sa témérité. Le taureau se précipita bientôt, faisant voler des tourbillons de poussière ; quand il ne fut plus qu'à deux pas de la chaise, un immense cri de terreur retentit : nous eûmes à peine le temps de voir le Gordito élever les bras, et se jeter rapidement de côté en lisant une pirouette ; puis l'animal, doublement furieux de se sentir piqué par le fer et de voir

inattendue du picador Calderon qui, on se le. rappelle, avait été emporté sans connaissance dès le

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ans idée de vouloir EE encore une pare de Re mas, ee fait un faux pas, Ton elissa, et tomba la face contre terre, les bras étendus en avant ; il n'avait pas encore eu le temps de se relever, que les chulos étaient déjà venus à son secours, les uns attirant le taureau au moyen de leurs capes, un autre le saisissant par la queue. Cependant la tête de l'animal venait de s’abaisser vers le malheureux, qui fut enlevé les bras et les jambes pendantes; on le crut perdu en le voyant ainsi suspendu aux cornes du taureau, qui avait déjà fait deux fois le tour de l'arène en le sécouant d'une manière furieuse. Tout à coup, le pauvre diable tomba à terre sans mouvement, ‘et le taureau continua sa course, emportant au bout de ses cornes quelques lambeaux de satin. Voici ce qui s'était passé : le banderillero, par-un bonheur providentiel, avait eu sa ceinture et sa veste accrochées par les cornes de l'animal, qui, à force de saccades, les avait déchirées, envoyant l'homme rouler à quelques pas. Étourdi par sa chute, il fut relevé par ses camarades, qui s’assurèrent, à leur grand étonnement et à celui du public tout entier, qu'il n'avait pas reçu la moindre blessure. |

Cet accident nous fit encore penser à l’eau-forte de Goya, qui représente la mort de Pepe [lo ; le malheureux torero était tombé sur le dos : ce fut une mort affreuse; bien que ses entrailles sortissent de-son corps et qu'il eût plus de dix côtes de brisées, il eut encore la force dé chercher à saisir les cornes du taureau ; mais, lancé en l'air à plusieurs reprises, il ne tarda pas à rester inanimé sur la place. La course ne fut interrompue qu'un instant, et Pedro Romero fut chargé de le remplacer.

Le cinquième taureau, le Sevillano, fut tué sans mcidents particuliers : ensuite vint le Judio, le juif, qui était un taureau sauteur, de ceux qu'on appelle de muchas Piernas, « de beaucoup de jambes. » Plusieurs fois il essaya inutilement de franchir la barrière, mais il y réussit enfin, etsauta d'un seul bond par-dessus les /ableros ; tous ceux qui se trouvaient dans la valla SOON de sauter dans l'arène ou de grimper sur les gradins. Le taureau, resté seul dans le couloir, s y promena quelque temps, accompagné de nombreux coups de canne qe lui portaient les spectateurs ; mais il ne tarda pas à rentrer dans l'arène par une des portes qu'on venait d'ouvrir, et qui se referma aussitôt sur lui. |

Goya, dont la pointe a reproduit la plupart des incidents de la tauromachie, a représenté un taureau sauteur qui, après avoir franchi la barrière, est arrivé jusque sur les tendidos garnis de spectateurs : plusieurs sont déjà étendus morts à ses pieds, d'autres prennent la fuite, épouvantés ; au milieu de cette scène de carnage se tient le taureau, portant embroché sur ses deux cornes le corps inanimé de. l'alcade de Torrejon. Une autre planche rappelle le tour de force que nous vimes faire au Gordito, c'est celle qui a pour titre : « Témérité de Martincho dans la place dé Saragosse. » Cet espada, assis sur une chaise et les pieds retenus par des entraves de fer, est armé, au lieu de banderillas, d’une épée qu'il saura plonger dans l'épaule du taureau, en évitant, malgré ses entraves, le choc de l'animal. |

Le septième taureau, le Perdigon, venait d'être tué, non sans peine, car il s ‘était vigoureuse ment défendu, malgré son nom pacifique de Perdreau. Quant au huitième et dernier, il avait nom Zapatero, le Savetier. Le Gordito termina dignement sa tâche en exécutant par-dessus son dos le sallo de la garrocha, ou salto trascuerno, saut qui s'exécute au moyen d'une longue perche, exacte-

| | se 78 CHAPITRE QUATRIEME.

ment comme S'il s'agissait de franchir un fossé; Calderon venait déjà d'enlever du bout de sa pique la divisa du Zapatero, et quand retentit le signal de la mort, le public demanda au Tato de le descabellar. La suerte de descabellar consiste à piquer le cervelet de la pointe de l'épée an moment où le taureau baisse la tête ; il meurt alors comme s'il était frappé par la main du cachetero, Cucharès, qui excellait dans cette suerte, l’a apprise au Tato, son gendre ; celui-ci voulut montrer qu'il avait profité des leçons du célèbre espada, et le taureau foudroyé tomba à genoux devant son vainqueur, La course était terminée : en un instant l'arène fut envahie par les gens du peuple, qui s'empressèrent d'aller toucher le taureau de la main ; puis la foule s'écoula peu à peu, chacun appréciant à sa manière les divers incidents de la journée. |

Ce n’est pas ici le lieu d'examiner le côté moral des courses de taureaux ; il est certain qu'elles sont fort attaquables à un point de vue très-digne de considération. La Société protectrice des animaux flétrirait assurément la manière cruelle dont des chevaux inoffensifs sont voués à la mort, et il n'est pas d'étranger qui ne soit saisi de dégoût à la vue d’une semblable boucherie; nous avons vu des personnes qui finissaient par prendre plus d'intérêt au sort de ces malheureux chevaux qu'à, celui des toreros. Il existe en Espagne un parti assez nombreux contre les corridas ; cependant ce divertissement, dont il n’est pas facile de nier la barbarie, fait tellement partie des mœurs nationales, qu'il y a lieu de douter qu'il disparaisse de sitôt.

ILest très-probable que dans cent ans on écrira encore contre les combats de taureaux. et qu'il y aura encore des corridas.

JEU DE CAPE (page 14).

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