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LES TOREROS DANS LA CALLE ZARAGOZA

L'Albufera de Valence : la chasse et la pêche; les batidas. — Alcira. — Carcagente. — Les oranges du royaume de Valence. — La huerta de Gandia. —- La pita (aloës) et son emploi. — Denia. — Alcoy. — Le papel de hilo. — La fête de saint Georges ; un combat entre Mores et Espagnols. — Jativa. — Almanza ; la pyramide, — Albacete, le Châtellerault de l'Espagne : navajas, cuchillos et puñales. — Le poignard dans la jarretière. — D’Albacete à Alicante. — Villena. — Alicante. — Elche et sa forêt de palmiers; les dattes et les palmes.

Les corridas de la saison d'automne étaient terminées à Valence ; chacun avait quitté ses habits de fête ; les habitants de la Auerta regagnaient le chemin de leurs villages ou de leurs cabanes de chaume ; les rues de la ville, si bruyantes hier, avaient déjà repris leur calme habituel. Le Tato et sa glorieuse cuadrilla employaient leurs loisirs à rouler entre leurs doigts des papelitos sans nombre, tout en arpentant les trottoirs de la calle de Zaragoza, la rue la plus fréquentée de Valence. L'entrée des toreros dans les cafés faisait sensation, car on ne s’entretenait guère que des incidents variés des deux superbes corridas, et tous se taisaient quand l'un d'eux faisait le récit de ses victoires. Chacun des journaux de la localité en publia un compte rendu très-détaillé, — chose qui ne manque jamais en Espagne, le lendemain d'une course. Les mérites divers des toreros et de leurs victimes furent examinés et discutés dans les feuilles locales, comme on eût fait pour un ténor ou pour un acteur, le lendemain d'un concert ou d’une représentation ? nous lûmes nolamment un article qui n'occupait pas moins de huit colonnes; ce chef-d'œuvre était en vers de différentes mesures, et représentait un nombre vraiment formidable de quatrans. Chaque taureau était passé en revue, et, grâce au déploiement inouï de périphrases et de synonymes, le poëte-aficionado fit un véritable tour de force en trouvant le moyen de mentionner toutes les chutes des péca-

dores, sans oublier les paires et les demi-paires de banderillas, les moindres piqüres faites par l'es-

pada, ete. + ia | DRE Quant à nous, lesémotions tauromachiques de ces deux journées nous suffisaient amplement, rt : un Valencien de nos amis, Nemrod intrépide, nous

aquatiques del Albufera comprennent plus de soixante espèces différentes, parmi lesquelles figure un superbe échassier au plumage couleur de feu, appelé amant ou phénicoptère. L'idée de faire la chasse au phénicoptère souriait beaucoup à Doré, aussi nous laissâmes-nous entraîner facilement.

L'Albufera n’est éloignée de Valence que de trois lieues environ, et en à plus de quatre de longueur, du nord au sud ; nous ne la connaissions que pour l'avoir aperçue du haut de la tour du Miquelete, sous la forme d'une immense nappe bleue se confondant avec la mer, dont elle n'est séparée que par une longue et étroite bande de sable, qu’on appelle la Defesa. En vertu d'un ancien usage, on permet au public d'y chasser et d'y pêcher librement deux fois chaque année, le jour de la Saint-Martin, qui tombe le 11 novembre, et celui de la Sainte-Catherine, le 25 du même mois. Ces chasses sont l’occasion de véritables fêtes populaires : notre ami nous assura que, ces jours-là, dix à douze mille personnes se donnaient rendez-vous, tant sur le lac que sur ses bords, et qu'on y voyait plusieurs centaines de barques de différentes dimensions, chargées de chasseurs.

Le moment de partir était venu ; nous avions eu la précaution de retenir plusieurs Jours à l'avance une tartane à la posada de Teruel, car les véhicules de toute espèce étaient mis en réquisition pour le grand jour. Avant le lever du soleil, notre farfanero nous attendait à la porte de la fonda ; peu de temps après, nous sortions de Valence, en jetant un regard d'adieu sur ses clochers : nous passâmes sous la superbe puerta de Serranos, — la porte des montagnards, construction du quatorzième siècle, dont les deux tours à mâchicoulis, éclairées en rose par les premiers rayons du soleil, ressemblaient tout à fait à une décoration d'opéra. Bientôt après nous traversâmes le Guadalaviar, et nous entrâmes dans la huerta.

Notre tartanero, qui se nommait Vicente comme les trois quarts des Valenciens, nous fit passer par des chemins abominables, sous prétexte de prendre le plus court, et notre véhicule, entièrement dénué de ressorts, se mit à faire des bonds effrayants, auxquels, fort heureusement, notre voyage de Barcelone à Valence avait commencé à nous habituer. Je dois dire cependant que Vicente ne nous fit pas verser, bien qu'il voulût dépasser les équipages de tout genre qui portaient de nombreux chasseurs ; il savait traverser les fondrières avec une rare adresse : il en était du reste rès-fier, et tenait beaucoup à justifier devant des étrangers la réputation qu'on a faite à ses compatriotes d'être les plus habiles ca/eseros de toute l'Espagne.

Les environs de Valence sont parsemés de jardins fruitiers qu'on nomme glortetas, et dont les arbres, courbés et tordus de cent manières, suivant la mode en usage au siècle dernier, présentent les formes les plus baroques ; ces enjolivements sont d'un goût très-contestable, mais la richesse de la végétation les fait oublier facilement. Au bout d'une lieue, nous quittâmes les jardins pour entrer dans les fierras de arroz (les terres à riz) : une partie de l'Albufera est entourée de ces rizières, qu'on appelle arrozales. Dans cette partie de la Auerta, le nombre des canaux d'irrigation est tellement considérable, que nous n'étions pas cinq minutes sans en traverser plusieurs. La culture du riz, qui a lieu dans des champs submergés une bonne partie de l’année, exige une abondance d'eau extraordinaire : on élève autour de chaque rizière un rebord de terre assez élevé pour empêcher l'eau de s'échapper, et, au moyen d'une vanne, on en règle le niveau.

Les rizières sont d'un rapport très-productif; malheureusement les exhalaisons marécageuses sont des plus malsaines, et font tous les ans de nombreuses victimes, ce qui est facile à comprendre dans un pays où la chaleur est excessive. Il est peu de laboureurs qui ne soient sujets aux fièvres

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