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unie tro des quadrupèd l des environs les chevaux, les mulets, les änes, tout enrubanés, devant 'églis 0 Abad, à Madrid; on vend là de petits pains d'orge, panecillos, bénits par un prêtre et portant le portrait du saint d'un côté, avec une croix de l’autre. Un prêtre bénit aussi l'orge qu’ ‘on. apporte. et, une fois que les animaux en ont mangé, ils sont à l'abri de toutes sortes de maladies. On en vend encore dans la Calle Hortaleza. La rue, toute pavoisée, est pleine de petits marchands ambulants qui crient les vrais petits pains du saint, — « Vos lejitimos panecillos del Santo,» au citron et à la cannelle, — « de lèmon y canela, qué ricos! » Le même saint passe aussi pour protéger particulièrement les cerdos, ces utiles animaux auxquels on doit les jambons et les saucissons. Nous vimes un Jour deux cerdos mis en loterie par une maison de bienfaisance : l’un était exposé dans la rue de Tolède, et l’autre à la Puerta del Sol. Les billets coûtaient quatre cuartos (treize centimes), et pour cette faible somme nous aurions pu gagner, avec la protection de A toine, un superbe animal du poids de vingt arrobas. Il paraît que San Antonio rend aussi des services aux jeunes filles en quête d’un fiancé ; et vraiment, c'est par elles que nous aurions dû commencer. Seulement, elles se servent d'un moyen assez singulier, bien que des plus faciles à employer : elles prennent tout simplement une image du saint, qu’elles descendent au fond d'un puits, en lui disant : « Tu resteras dans l’eau jusqu’à ce que j'aie mon fiancé ! » Qu'on ne croie pas que nous inventions : si étrange qu'elle puisse paraître, la coutume existe; nous n’en voulons pour preuve que ce couplet populaire, adressé à une jeune fille qui ne trouve pas de prétendu :
ë Fuiste tu la que metiste À san Antonio en un pozo,
Y lo hartaste de agua, Por que saliera un novio?
« N'est-ce pas toi qui mis — Saint Antoine dans un puits, — Et qui l’abreuvas d’eau — Pour quil te fit trouver un fiancé ? »
Cet excellent saint ne borne pas son pouvoir à procurer des fiancés; il paraît qu'il sait encore les retrouver quand ils sont égarés : ’
Mi amante se perdio anoche, ; Buscädmelo, santo mio !
« Mon fiancé s’est perdu hier soir, — Cherchez-le-moi, mon saint ! »
Voici encore deux autres coplas qui pourraient nous faire croire que saint Aa est également imploré par les femmes en d'autres circonstances ; c'est d'a bord la supplique des laides
contre les belles :
Todas las feas del mundo
Se juntaron una tarde, À pedirle à san Antonio Que las bonitas se acaben.
« Toutes les femmes laides du monde — Se réunirent un soir, — Pour demander à saint Honue # Qu'ilnyen eûl plus de jolies. »
Vient ensuite la prière de celles qui comparent le saint à un bouquet de fleurs, pour obtenir de lui les couleurs qui leur manquent :
San Antonio bendito, Ramo deflores, À las descoloridas Dales colores.
« Saint Antoine béni, — Bouquet de fleurs, — A celles qui sont pâles, — Donnez-leur des couleurs. »
qu ES CHAPITRE VINGT-SEPTIÈME.
L'histoire de saint Antoine plongé dans un puits nous remet en mémoire un usage des plus singuliers, pratiqué dans quelques villages à l’occasion de la fête de saint Jean. Cette fois-ci, par exemple, ce n’est pas le saint qu’on met dans l’eau, bien qu'il soit toujours question d’une jeune fille à la recherche d’un fiancé. La muchacha doit, à l'heure où minuit sonne, se plonger la tête dans une fontaine, moyennant quoi elle ne peut manquer de trouver son novio dans le courant de l’année. Il faut dire que cette immersion se fait le plus souvent par plaisanterie, mais non, suivant toute apparence, sans une secrète arrière-pensée de réussite, Quant à saint Jean-de-Dieu, on le traite d’une façon fort irrévérencieuse : témoin ce couplet qui nous le montre grimpé dans un figuier, et visant une figue avec son tromblon :
Estaba san Juan de Dios Subido en una higuera, Con un retaco en la mano, Apuntando à una breva.
Il y a une variante, où le figuier est remplacé par un chêne-liége, — alcornoque, — et où saint Roch, — San Roque, — remplace la figue, sans doute pour la rime.
Chose étrange dans un pays religieux et catholique comme l'Espagne, on ne saurait croire le nombre de chansons de ce genre qui circulent parmi le peuple, et où bon nombre de saints du paradis sont traités de la manière la plus grotesque. Voici maintenant le tour de saint Pierres
San Pedro, como estaba calvo, Le picaban los mosquitos,
Y su madre le compré
Un sombrero de tres picos.
« Saint Pierre, qui était chauve, — Était piqué par les moustiques, — Et sa mère lui acheta — Un chapeau à trois cornes. »
«Glorieux saint Sébastien, — Tout criblé de flèches, s'écrie ailleurs un homme marié, — Que mon âme soit comme la tienne, — Et comme ton corps, celui de ma belle-mère ! »
Glorioso San Sebastian, Todo Ileno de saetas :
Mi alma como la tuya, Como tu cuerpo, mi suegra !
Nous n’en finirions pas avec les chansons populaires sur les saints : citons encore saint Ambroise et sa carabine : /« carabina de san Ambrosio : — sainte Marguerite, surnommée la pleurnicheuse : santa Rita la Uorona ; — santa Lucia, qui guérit les maux d’yeux ; — san Rafael, san Alejo (saint Alexis), et bien d’autres encore, sans préjudice de Noé, de Salomon, et du padre Adam. On se tromperait si l’on croyait qu'il y à dans ces chansons populaires la moindre idée d’impiété : plus d’une fois, des prêtres et des moines donnèrent l'exemple de composiions de ce genre; c'est ainsi que, vers le milieu du siècle dernier, un chanoine de Saint- Augustin eut l’idée de mettre en séguidilles comiques, — seguidillas jocosas, — la vie de saint
Benoît de Palerme. Il y à de curieux traits contre les moines; l’auteur nous dépeint leur vie au couvent :
En fin la union de todos Fué tan notable,
Que algunos preguntaban :
à Son estos frailes ?
«Enfin l’unic das Pat atn = J J RE l'union de tous — Fut si remarquable, — Que quelques-uns demandaient : — Sont-ce bien là des moines 2»
LA VIE D'UN SAINT EN SEGUIDILLAS. Fur
Plus loin, le bon chanoine parle des miracles du saint, qui vient de guérir une folle :
Dié juicio à cierta loca, i Raro portento!
Y el marido decia :
à Si serà cierto ?
i Mi mujer cuerda !
i Mi mujer buena, padre !
Mi mujer buena!
«Il rendit la raison à certaine folle, — Rare prodige ! — Et le mari disait : — Est-ce bien pour de bon ? «Ma femme est raisonnable! — Ma femme est bonne, mon père ! — Ma femme est bonne! »
Dans une certaine circonstance, il fut donné à san Benito de voir les onze mille vierges, tandis que bon nombre d’autres moines qui étaient à côté de lui ne voyaient rien du tout :
à Quién ha logrado El ver tantas y juntas, No siendo un santo ?
« Qui a été assez heureux — Pour en voir autant réunies, — À moins d’être un saint ? »
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