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LA CURIOSITÉ EN ESPAGNE

renommée pour ses épées, ainsi que Barcelone, dont les armes étaient si estimées au moyen âge, qu'on les exportait dans les pays étrangers. D’autres villes, telles que Bilbao, Calatayud, Guadalajara, Ricla, Pampelune, Peñacerrada, Ségovie, Tolosa, etc., étaient également renommées pour leurs armes. Les ciseaux se fabriquaient particulièrement à Albacete. Les Mores de Grenade couvraient leurs épées des ornements les plus riches : l'or, l'argent, l'émail, l’ivoire, y étaient employés avec un goût exquis. Citons comme les plus belles pièces connues en ée genre : l'épée du marquis de Villaseca, à Madrid ; celle du marquis de Campotejar, dans la Casa de los Tiros, me la splendide épée moresque léguée par le duc de Luynes au Cabinet des

L'art du damasquineur, originaire d'Orient, fut sans doute introduit par les Arabes en Espagne, où 1l conserve encore son ancien nom : afaujia, d’où vient le vieux mot français fauchie. On l'appliquait même à des objets religieux : nous avons vu une monstrance du seizième siècle en fer damasquiné d’or et d'argent. A la même époque on fabriquait de beaux éperons à Ajofrin et à Ocaña, deux villes de la province de Tolède. Les éperons d'Aragon étaient connus en France au moyen âge. On lit dans l'inventaire du duc de Normandie, au quatorzième siècle, cette curieuse mention : « Uns esperons (des éperons) d'Arragon, garnis d'argent. »

Dès le quinzième siècle, l’art de travailler le fer était arrivé en Espagne à un très-haut degré de perfection ; le /er d'Espaigne était connu chez nous dès le moyen âge; celui des Provinces Basques était particulièrement renommé ; aussi le travail du fer fut-1il particulièrement pratiqué en cepays. Les rejeros, — c'est ainsi qu'on nommait les patients artistes qui forgeaient, limaient et ciselaient des ejas (grilles) ou des balcons, soit pour les églises, soit pour les palais, — les rejeros étaient assez nombreux pour être organisés en gremios (corporations) dans plusieurs villes. Plusieurs de ces rejas sont d'un travail merveilleux, qui approche parfois de la finesse de l'orfévrerie. Burgos, Séville, Palencia, Grenade, Alcala de Hénarès, Tolède, Avila, Ségovie, Valladolid,

et bien d’autres villes encore, possèdent de très-belles grilles; mais une des merveilles du genre .

est la reja gothique de la cathédrale de Pampelune. On connaît les noms de plusieurs de ces artistes : le maestre Juan Francés, Cristébal Andino, le maestre Bartolomé Francisco de Villalpando, sont les plus connus. Nous avons déjà dit quelques mots de ces énormes clous ouvragés qu'on voit encore sur les portes des églises et des maisons particulières.

La céramique espagnole occupe une place distinguée dans les cabinets d'amateurs. Les azulejos des Arabes d'Espagne, employés avant le douzième siècle, aussi bien pour le revêtement des édifices qu'à l'intérieur des habitations, avaient atteint un haut degré de perfection à une époque où les faïences du reste de l’Europe étaient encore très-grossières. L'usage de ces carreaux se conserva parmi les Espagnols; parfois ils représentaient divers sujets : Cean Bermudez cite un maestro de pintar azulejos qui vivait au seizième siècle. Les belles faïences hispano-moresques aux brillants reflets métalliques sont également les.premières en date. Dès le quinzième siècle, elles faisaient en France l’ornement des dressoirs princiers. Il y a douze ans déjà, nous avons fait connaître les centres les plus renommés de cette fabrication : Malaga, Valence, Manises, Majorque, Barcelone, Murcie, Teruel, ete. Nous pouvons citer, parmi les plus belles piées qui existent dans les collections privées, un magnifique vase de la forme et de la dimension de celui de l'Alhambra, et un azulejo du quatorzième siècle, également à reflets métalliques, de près d’un mètre de hauteur. Ces chefs-d'œuvre de la céramique hispano-moresque appartiennent à notre excellent ami Fortuny, ce grand artiste qui fait tant honneur à l'Espagne. La plupart des

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amateurs connaissent ces faïences à fond bleu, ornées de petits dessins à reflets métalliques, et.

qu'on à appelées sans raison plausible siculo-arabes. Elles doivent être restituées à l'Espagne : c’est à Manises, — nous en avons la preuve, — qu'elles étaient fabriquées. Les Arabes, notamment ceux de Tolède, faisaient de très-grands vases de terre non vernissée, d’une forme élégante, ainsi que des margelles de puits, qu'ils ornaïent de dessins et de caractères coufiques. Nous avons vu des vases du même genre, et même des fonts baptismaux, avec des inscriptions gothiques. Nous avons déjà parlé des btcaros, ainsi que des alcarrazas d'Andujar; ces élégants vases de terre poreuse étaient déjà renommés à la fin du seizième siècle, de même que ceux de Jaen.

Nous avons dit combien étaient importantes au seizième siècle les fabriques de faïence de Séville et de Talavera; on arrivera sans doute à mieux connaître leurs produits, qui ne sont pas encore parfaitement définis. Tolède eut également des faïenceries importantes vers la même époque. Plus tard la fabrique d’Alcora, fondée en 1729, occupe le premier rang; ses faïences, d'un goût français très-prononcé, rivalisent avec celles de Moustiers, qui leur servirent de modèles, et qu’elle a souvent dépassées sous le rapport de la finesse, On sait que cette fabrique, qui occupait plus de trois cents ouvriers, appartenait au comte d’Aranda, ce ministre espagnol devenu presque Parisien ; il était l'ami de Voltaire, à qui il envoyait à Ferney un service de sa fabrique, « la plus belle fayence, disait celui-ci, dans laquelle on puisse manger après la porcelaine de Saxe et celle de Sèvres. » Tolède, Puente del Arzobispo, Ribesalbes, Ségovie et d’autres villes d'Espagne eurent au siècle dernier des fabriques de faïence fine.

L Espagne eut aussi plusieurs fabriques de porcelaine : celles de la manufacture du Buen Refiro, fondée en 1759 par Charles IL, ont les mêmes mérites que les porcelaines de Capo di Monte, fabrique établie à Naples par ce prince dès 1736. Quand il vint prendre possession du trône d’Espagne, il amena avec lui tout le personnel de cet établissement, composé de deux: cent vingtcinq artistes, ouvriers, etc. Il ne fallut pas moins de quatre bâtiments pour transporter le matériel. Citons aussi en passant les porcelaines, peu connues des amateurs, d'Alcora et de Madrid. La première de ces fabriques produisait des porcelames tendres et des porcelaines dures, assez rares aujourd'hui. Le comte d’Aranda envoya plusieurs de ses ouvriers étudier à Sèvres.

Les verres espagnols sont aussi peu connus des amateurs que les verres français. Cependant les deux pays ont eu très-anciennement des fabriques importantes, dont les produits, grâce à la routine, sont ordinairement confondus avec ceux de Venise. Dès l'époque romaine, on faisait du verre en Espagne : nous possédons une coupe antique trouvée à Palencia. Un passage de saint Isidore de Séville montre que de son temps le verre était connu en Espagne. Plus tard, divers auteurs arabes parlent de la fabrication du verre. Ils mentionnent surtout, au treizième siècle, les verreries d'Almeria, où se faisaient toutes sortes de vases et d’ustensiles. Malaga et Murcie avaient également des verreries renommées. On fabriquait dans cette dernière ville de grands vases de verre, des formes les plus exquises et les plus élégantes ; ils devaient avoir beaucoup de ressemblance avec ces beaux « voirres de Damas », siestimés au moyen âge, et aujourd'hui si recherchés par les amateurs. Les Arabes d'Espagne faisaient aussi des mosaïques de verre, qu'ils appelaient «7 foseyfasd.

Dès 1455, les vidrieros de Barcelone étaient organisés en gremto ou corporation. Un auteur du quinzième siècle compare les produits de cette ville à ceux de Venise. Ceux de Cadalso de los Vèdrios, une petite ville de la province de Madrid, et de Caspe, en Aragon, étaient renommés dès le quinzième siècle. Plus tard d’autres localités, telles que Matar6, Cervellé, Cebreros, San Martin de Valdeiglesias, Valdemaqueda, Recuenco, la Granja, eurent aussi leurs verreries. Parmi une trentaine de verres des seizième et dix-septième siècles que nous avons rapportés d'Espagne, et dont quelques-uns sont d’une très-belle forme, nous retrouvons les différents procédés employés à Murano : reticella, calcèdonio, filigrana, avventurina, ghiacciato, ete. Un de ces

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