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LA CURIOSITE EN ESPAGNE. 745 verres à été orné, par un orfévre espagnol du seizième siècle, d’une élégante monture d'argent doré. Plusieurs sont émaillés en diverses couleurs et dorés. Le British Museum et le Musée de Kensington possèdent également des verres espagnols remarquables, qui ont été longtemps confondus avec ceux de Venise. Notons une particularité intéressante : quelques-uns de ces verres, bien que fabriqués d’après les procédés vénitiens, sont d’une forme purement arabe. Nous parlerons ailleurs de l'emploi curieux, et qui n’a pas encore été signalé, qu’on fit du verre, au quinzième siècle, dans certaines églises espagnoles. Il n’est pas question ici, bien entendu, des vitraux peints, que nous ne comprenons pas dans ce rapide aperçu. ,
Il n'est guère de pays où le travail du bois ait attemt un aussi haut degré de perfection qu'en Espagne. Les sculpteurs en bois des quinzième et seizième siècles mériteraient d’être plus connus hors de ce pays : les ouvrages de Diego de Siloé, de Philippe Vigarny (qu’on appelait aussi Felipe de Borgoña), de Berruguete, de Guillermo Doncel, et de bien d’autres grands artistes, sont encore dans les églises pour le prouver. Dans aucun pays on ne voit des retables en bois sculpté comparables à ceux de l'Espagne ; il en est quelques-uns, notamment celui de Tolède, dont la richesse dépasse {out ce qu'on peut imaginer. Presque toujours ces retables étaient peints et dorés, ce qu'on appelait estofado. La plus belle chaire sculptée que nous connaissions en Espagne est celle de la cathédrale de Palencia ; elle date du commencement du seizième siècle, et le bois a conservé sa couleur naturelle. Nous avons parlé des pasos, qu’on faisait toujours en bois sculpté; comme la plupart des statues de saints, ils étaient ordinairement peints; nous avons vu plusieurs de ces statues auxquelles on avait fixé des yeux de verre. De même que les orfévres, les sculpteurs espaenols travaillaient principalement pour les églises et les couvents ; aussi les meubles de cette époque sont-ils rares. Le travail est souvent excellent, bien que les figures soient parfois trop courtes; mais ils pèchent sous le rapport de l'architecture, el la forme n’a pas l'élégance particulière aux meubles français de la Renaissance. Dès le commencement du seizième siècle, on faisait en Espagne des escritorios où cabinets sculptés, composés de nombreux tiroirs, et supportés par une table plus ou moins ornée. Nous en possédons un qui porte la date de 1529. Le noyer, qui abonde dans le pays, était généralement employé; cependant les sculpteurs faisaient quelquefois venir du chène de Hollande. Nous avons vu aussi, te de en Andalousie, des sculptures des quinzième et seizième siècles en pin et en alerce, bois résineux qu'employaient souvent les Arabes, comme le montrent les belles portes de l’Alhambra. FRE
Quelquefois la marqueterie en bois de différentes couleurs, — {aracea, — contribuait à enrichir les stalles etles meubles sculptés. Nous en avons vu de très-remarquables, ornés de figures et d’arabesques, qui rappellent les travaux des éntarsiatori de la renaissance italienne. La marqueterie de bois, d'ivoire et d'argent était aussi appliquée sur d’autres meubles, notamment sur les fauteuils à X, — sillas de tijera, — et sur de petits cabmets d’un travail précieux. | |
Les Arabes d'Espagne savaient travailler l'ivoire d’une manière remarquable. Il existe dans les musées et dans lescollections particulières quelques coffrets, boîtes. ete., de différentes formes et d’un très-beau travail, souvent ornés d'inscriptions en caractères coufiques, et dont HUE uns remontent au dixième siècle. On en voit aussi qui sont ornés de figures d'hommes et d’animaux, malgré l'interdiction du Coran. Nous en possédons deux de ce genre, dont le na ee offrent la plus grande analogie avec ceux des sculptures de l'Alhambra. Le Musée d'artillerie de Paris possède une jolie poignée d'épée en ivoire sculpté, de travail hispano-arabe.
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notamment celle de San Isidoro de Léon, aujourd’hui au Musée archéologique de Madrid. Par-
licularité curieuse : plusieurs de ces croix sont couvertes d’ornements de style arabe, et sont évidemment l'ouvrage d'artistes musulmans. On voit également un assez grand nombre de christs, d'enfants Jésus, de petits saint Jean, de vierges, de saints, etc., d’une dimension extraordinaire, souvent ornés de peinture et de dorure. Ces ivoires, d’une basse époque et d’un mauvais travail, ont été faits pour la plupart aux Philippines ou dans d’autres colonies espagnoles. Nous en dirons autant de certains coffrets couverts de sculptures du travail le plus baroque.
Disons aussi quelques mots de ces cabinets, qu’on appelait escritorios ou contadores, et qui commencèrent à être en vogue vers la fin du seizième siècle. Les uns sont couverts de plaques d'ivoire ornées de gravures, comme les s#peth italiens ; d’autres sont en ébène et en écaille, avec des figures, cariatides et autres ornements de bronze doré. « On apporte des Indes à Séville, dit Covarrubias (1610), beaucoup d’ébène, dont on fait des escritorios (cabinets) et des mesas (tables) du plus beau travail. » La mode de ces meubles était venue d'Allemagne ; onimitait ces fameux « cabinets d'Allemagne » ou de « Nuremberg » dont parlent madame de Sévigné et Tallemant des Réaux. Les plus beaux escretorios se faisaient à Salamanque : nous en avons acheté un dans cette ville, qui dépasse tout ce que nous avons vu en ce genre.
Mentionnons encore certains cabinets qui sont particuliers à à l'Espagne, où ils sont connus sous le nom de éarqueños, parce que, suivant la tradition, ils se faisaient à Bargas (à deux lieues de Tolède). Ces meubles d’un goût baroque, surchargés de colonnettes d’os ou d'ivoire, avee plaques de nacre, le tout peint et doré, sont indignes d’entrer dans le cabinet d’un homme de goût.
Les lits étaient : «... tout de cuivre doré avec des pommettes d’yvoire et d’ebeine ; le chevet garni de quatre rangs de petits balustres de cuivre très-bien travaillez. » Ainsi s'exprime madame d’Aulnoy, qui donne de très-curieux détails sur l'ameublement somptueux des grandes demeures espagnoles du dix-septième siècle, « tendues de tapisseries toutes relevées d’or, meublées de velours cramoisy à fond d'or, » avec le lit «de damas, or et vert, doublé de brocart d'argent, avec du point d'Espagne, » ou «de velours, chamarez de gros Do d’or... Il y avoit autour des draps un passement d'Angleterre de demie aûne de hauteur.» Des « tables d'argent, et des miroirs admirables, tant pour leur grandeur que pour leurs riches bordures, dont les moins belles sont d'argent. Ce que Jj’ay trouvé de plus beau, ce sont des escaparates : c’est une espèce de petit cabinet fermé d'une grande glace, et rempli de tout ce qu’on peut se figurer de plus rare. Tous les meubles que l’on voit iey sont extrêmement beaux, mais ils ne sont pas faits si proprement que les nôtres. Ils consistent en tapisseries, cabinets, peintures, miroirs, argenteries, broderies.
statües.. » Les palais. de même que les églises, étaient ornés de lustres, — arañas ; dans l'État présent d'Espagne (1717), on parle d’un lustre de cristal si beau que, « celui que l’on voyoit dans le cabinet de feu Monseigneur n’a jamais approché de celui-là. » On se servait, pour les tentures des appartements, de ces guadamaciles ou «cuirs dorez » dont la fabrication était si florissante à Cordoue au seizième siècle, et qu'on envoyait encore à Paris sous Louis XIII ; —- de ces fameux « Cordouans de Ciudad-Rodrigo » . L'art de travailler le cuir avait sans doute été légué aux Espagnols par les Arabes, qui savaient l’orner de broderies de soie et de fils d'argent, comme le montre le fourreau de la belle épée léguée par le duc de Luynes au Cabinet des Médailles.