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LA CURIOSITÉ EN ESPAGNE. TE

L'art des tissus est très-ancien en Espagne : dès le neuvième siècle, les Arabes l'avaient déjà porté à un très-haut point. Plusieurs anciens auteurs arabes parlent des riches étoffes de soie aux brillantes couleurs, auxquelles des milliers d'ouvriers travaillaient à Valence, à Malaga, à Murcie, à Almeria. Cette dernière ville surpassait toutes les autres pour la beauté deses tissus ; on vantait surtout ses raz, « cette coûteuse étoffe où l’on tissait, dit un écrivain arabe, les noms des sultans, des princes et des personnages les plus riches. » Un beau coffret arabe en ivoire, que possède notre ami Fortuny, est doublé d’une étoffe de ce genre. On y fabriquait aussi une étoffe appelée atabr, etqui a donné son nom au fabis si connu des amateurs d'anciennes reliures.

Les tapis de Murcie étaient également renommés, et s’exportaient dans divers pays. Des inventaires français du quinzième siècle mentionnent des «appris velus de l'ouvrage d'Espaigne » , qui étaient probablement l'ouvrage des Mores espagnols, et du même genre que les tapis orientaux. Dans l'inventaire des meubles de Charles-Quint, fait à Yuste après sa mort, nous trouvons la mention de {apices de Alcaraz. Un auteur majorquin parle de tapisseries qui se faisaient dans son pays, au seizième siècle, et que Charles-Quint estimait assez pour les faire placer dans les plus belles salles d’un de ses palais. Dès le temps de Philippe I, on faisait des tapisseries à Madrid. La fabrique de Santa-Isabel y fut établie dans la première moitié du dix-septième siècle ; c’est celle que Velasquez a représentée dans son célèbre tableau de Las Hélanderas. Les tapisseries de la fabrique de Santa-Bdrbara, à Madrid, fondée en 1720 par Philippe V, ne sont pas sans mérite. On y employait une centaine de personnes, et on y travaillait d'après différents maitres étrangers, tels que Luca Giordano, Téniers, Amiconi, et quelques autres, sans compter les peintres espagnols, parmi lesquels nous citerons Maella, les deux frères Bayeu, Goya, etc. La fabrique existe encore dans son ancien emplacement; nous y avons vu quelques jolies tapisseries anciennes, notamment d’après Témiers.

Aux seizième et dix-septième siècles, Tolède, Valence, Séville, Grenade, et d’autres villes encore, fabriquaient de beaux tissus de soie. Ceux de Tolède étaient renommés par-dessus tous les autres : les anciens historiens de cette ville donnent sur cette industrie de nombreux détails. Une particularité curieuse, c’est que, comme le fait remarquer M. Juan F. Riaño dans son Cataloque of Spanish objects at S. Kensington Museum, on continua à travailler d’après les anciens dessins : ainsi, la cathédrale de Tolède possède des tissus qu'on pourrait attribuer au seizième siècle, et qui cependant sont datés de la fin du dix-huitième. On faisait en Espagne de belles guipures, comme ce « beau poinct d'Espagne d'or et de soye », autrefois renommé en France, et le «punto di Spagna,» encore connu sous ce nom en Italie. Vers le milieu du siècle dernier, une manufacture importante fut établie à Talavera de la Reina par des Français, transfuges de Lyon, sous la protection d'un ministre espagnol.

Les bordadores de Imajineria (brodeurs de figures) des quinzième et seizième siècles ont laissé de merveilleux ouvrages, qu’on peut encore admirer dans plusieurs églises d'Espagne : Séville, Burgos, Palencia, Grenade, Ségovie, Barcelone, possèdent des vêtements sacerdotaux de la plus grande beauté ; mais aucune ville n'est aussi riche en ce genre que Tolède, dont la cathédrale a une série complète de chasubles, chapes, dalmatiques, devants d'autel, ete., pour chaque fête de l'année. L'Escurial possède aussi des broderies de la plus grande beauté, dont ur certain nombre ont été faites d’après les dessins de Pellegrino Tibaldi, dans un atelier spécial élabli au seizième siècle, sous la direction d’un religieux du monastère. Les brodeurs espagnols savaient employer de la manière la plus ingénieuse le corail et les petites perles — a/jé/ar, — qu'ils

mêlaient à la soie, à l'or et à l'argent. On connaît les noms de plusieurs de ces habiles Zordadores, qui étaient de véritables artistes, et formaient un gremio, comme les plateros et Les vidrieros dont nous venons de parler. |

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