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VIII

La place nous manque pour parler des Zluminadores, dont on conserve de beaux ouvrages, depuis les bibles, missels, Xbros de coro, etc., dont quelques-uns remontent au dixième siècle, jusqu'aux chroniques, romanceros, ouvrages de chevalerie, et aux execulorras, ou titres de noblesse sur parchemin, dont les miniatures sont quelquefois des chefs-d’'œuvre de finesse.

Nous aurions voulu dire aussi quelques mots des commencements de la gravure en Espagne, si peu connus encore. Bornons-nous à mentionner deux curieuses estampes sur métal, de la fin du quinzième siècle, que possède la Biblioteca Nacional de Madrid : la Vérjen del Rosario, de Fray EF. Domenech, et le portrait du Préncipe de Viana. Joan de Diesa grava au burin, en 1524, une planche représentant des anges adorant la sainte Trinité, et qui sert de frontispice à un livre de théologie.

Disons seulement, pour terminer, que le goût des choses d'art était très-répandu en Espagne dès le seizième siècle. Laissant de côté les souverains, dont les mventaires prouvent la richesse en ce genre, citons quelques particuliers, comme Hurtado de Mendoza, l’auteur présumé de Lazarillo de Tormes ; Felipe de Guevara, Gentilhombre de boca de Charles-Quint. Au dix-septième siècle, le goût des tableaux était à la mode chez les plus grands personnages espagnols : Le célèbre comte-duc d’Olivarès, qui fut l’ami et le patron de Rubens ; le marquis de Leganes et les comtes de Monterey et de Lemos ; les ducs de Medina-Celi et de Medina de las Torres, et d’autres encore, dont les galeries n'avaient de rivales que celles de Rome. Philippe IV avait déjà donné l'exemple en faisant acheter à Londres, par l'ambassadeur d'Espagne, les plus beaux tableaux de la vente de Charles [*, sur lesquels il demanda à Velazquez un mémoire, qui fut imprimé de son vivant : précieux mémoire qu'on croyait perdu, et dont un exemplaire vient d’être heureusement retrouvé *. Un des plus grands seigneurs d'Espagne faisait aussi acheter, à la vente de Charles [°. des tapisseries de Flandre, exécutées d’après les cartons de Raphaël. Don Juan de Espina avait en outre, au dire de Carducho, une collection de belles sculptures en ivoire. Palomino cite un bou nombre d'amateurs qui se plaisaient à réunir des objets d'art ; il nomme aussi plusieurs peintres espagnols, notamment Solis, qui possédaient des collections d'armes. Un voyageur du dix-sepüème siècle parle encore de Lastanosa, qui passait, dit-il, « pour un des plus curieux de toute l'Espagne Il a dressé un cabinet, qui est un agréable théâtre de l'antiquité grecque et romaine: on y voit une quantité de statues, de pierres anciennes, de vases, d’urnes, de lampes, de camaieux, el un ramas de monnoyes des vieux temps, de médailles et d’anneaux. Aussi s'est-il si fort estudié sur toutes ces antiquailles, qu'il en a tiré un livre.…., etc.» Ponz mentionne deux amateurs de Madrid qui, vers la fin du siècle dernier, possédaient de belles faïences italiennes.

Il y a vingt ans, l'enficuario ou recolector de antigüallas, était représenté dans les Españoles pèntados por si mismos, — un recueil de types nationaux, — comme un idiot, ou tout au moins un maniaque malpropre et mal vêtu, un fou ridicule vivant complétement en dehors de son siècle. «Comme tous les anricuarios, dit l’auteur, se ressemblent entre eux de même que les glands d'un chène, il suffit, pour faire connaître cette classe, de tracer le portrait d’un seul individu.. Or l'amateur de tableaux ne possède que des mamarrachos, — d’affreuses croûtes, — al bas desquelles il met le nom du Titien ou du Corrége : l'amateur d'armes, outre une des épées

! Mémoire de Velazquez sur les tableaux envoyés à l'Escurial, traduit par le baron Dawvillier {avec un portrait de Velasquez, gravé à l’eau-forte par Fortuny). Paris, 1874.

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